Archi-culte
Michel Legrand - archi-cordes

En 1964 sortait « Archi-cordes » un album peu connu de Michel Legrand. Il est alors, à cette époque, un jeune compositeur fort talentueux et très en vogue auprès des cinéastes de la Nouvelle Vague. Il est aussi quelque peu échaudé par la nouvelle déferlante des chanteurs de variété, la mode « yéyé » et leur « salut les copains » mais aussi par ces ensembles de cordes reprenant des classiques dans des orchestrations mièvres…

Devant ce tsunami médiatique sixties, le maestro n’y voit qu’une médiocre vaguelette… En réaction, et dans un esprit de dérision, il compose avec talent et imagination des thèmes de jerk, twist, hully-gully, musiques en vogue chez la jeunesse. A sa demande, les cordes y sont enregistrées sans basses, tout en aigus, histoire d’y apporter du grinçant…

Ironie de l’histoire, à sa sortie nul n’en a perçu le second degré, pris au premier degré comme musique dansante, l’album connu même un petit succès. Le temps passa et tout le monde oublia l’album…

Mais l’histoire a parfois l’ironie bégayante… En 1996, le duo de Djs londoniens Karminsky Experience Inc, exhume de son tombeau analogique, cette œuvre de jeunesse de Michel Legrand tombée dans l’oubli. On retrouve « Come Ray an Come Charles » et « Di-gue-ding-ding » sur leur excellente compilation « Inflight Entertainement », un must du easy-listening pour les connaisseurs !

Face au succès de cette compilation, l’ « Archi-cordes » quittait la catégorie du kitsch méprisé pour rejoindre celle du culte prisé… Même dans la dérision, la musique de Michel Legrand ne se départit pas d’un certain génie, précurseur pour le coup puisqu’il fallut attendre trois décennies pour s’en rendre compte…

Michel Legrand « Archi-cordes » (1964, Mercury)

"Di Gue Ding Ding"

"Noix De Coco"

"Come Ray And Come Charles"

Machine Infernale

Nous vous avions déja proposé une excellente vidéo des américains de chez OK GO, détournement génial du tapis de course.

Issue de leur dernier album "Of the Blue Colour of the Sky", leur dernière vidéo est tout aussi inventive. Le concept est basé sur une "machine de Rube Goldberg", du nom de leur créateur, un cartooniste américain du début du siècle dernier qui créa nombre de machines compliquées faites pour exécuter des taches simples... Toute ressemblance avec l'administration française ne serait que fortuite.

L'idée a d'ailleurs été reprise maintes fois, souvent pour des effets un peu surréalistes comme dans ce clip, filmé avec maestria en un seul plan. Les répétitions ont du être quelque peu fastidieuses...

OK GO - "This Too Shall Pass" - Réalisé par James Frost - tiré de l'album "Of the Blue Colour of the Sky" (2010, Capital Records)

L’éclat du Diamant Noir
Marvin Gaye - Whats Going On

Trop au charbon à extraire ses pépites soul formatées pour le public blanc, Berry Gordy, patron de la Motown et beau-frère de Marvin, ne cru pas en cet album… A l’écoute du premier titre proposé par Marvin Gaye « What’s Going On » il n’en voulu pas, refusant de le produire de peur de dérouter son public…

Dans l’aube des années 70, entre misère sociale et guerre au Vietnam, dans laquelle se trouvait son frère, Marvin Gaye broyait du noir. L’encre de son écriture s’en ressentait, l’œuvre serait donc plus intimiste, plus sombre, dans l’ombre du sex-symbol, chanteur sensuel et consensuel.

Traitant de guerre, de misère et même d’écologie, cet album est un tournant dans la musique soul. Les partitions et la production de Marvin Gaye ne sont pas en reste, le jazz et la soul s’y marient dans un minimalisme luxuriant. Ils auront pour enfants les fécondes intuitions du maestro qui laissait tourner les bandes en off capturant les discussions des musiciens ou une envolée de sax qui finiront sur le titre éponyme.

Mais il fallut tout son talent et la menace de ne plus rien enregistrer pour que le titre sorte. Devant l’immense succès Marvin pouvait enfin enregistrer son album.

Un an avant une autre œuvre remarquable, la BO de « Trouble Man », en 1971 sortait donc « What’s Going On », diamant noir de l’œuvre de Marvin Gaye. Des voix, des notes comme autant de carats dont la poussière du temps n’altère en rien l’éclat…

Marvin Gaye « What’s Going On » (1971, Motown)

"Whats Going On"

"Inner City Blues (Make Me Wanna Holler)"

Duel #5 - Gloria Gaynor vs The Sandpipers
Gloria Gaynor vs The Sandpipers

Rappelez-vous 1998. L'équipe de France dominait alors la planète football. C'est dire si c'est loin.

A l'époque nos amis footballeurs choisirent "I Will Survive" de Gloria Gaynor comme hymne de stade, une chanson reprise jusqu'à la nausée par des hordes de supporters. Je me suis toujours étonné d'ailleurs du choix de ce morceau alors que "I Will Survive" parle d'une femme qui se bat pour surmonter une séparation difficile. Mais passons.

Choix plus intéressant, Gloria Gaynor reprit en 74 le tube des Jackson 5 "Never Can Say Goodbye", une version disco d'une chanson assez nostalgique. Mission réussie puisqu'elle atteint à l'époque la 9éme position dans les charts US et que sa version de ce standard est sans doute la plus connue aujourd'hui. D'autres s'y essayèrent aussi comme les Communards ou Junior Walker.

En face, une alternative très easy-listening interprétée par le trio folkeux The Sandpipers. Eux aussi abonnés aux reprises puisque leur version du classique cubain "Guantanamera" reste à ce jour leur plus grand succès.

Entre la disco et les choeurs surrannés, c'est sans doute un choix entre l'apéro et le début de soirée auquel nous vous invitons...

Gloria Gaynor - "Never Can Say Goodbye"

The Sandpipers - "Never Can Say Goodbye"
Le Mystère des Voies Bulgares
Kottarashky - Opa Hey

On connaissait la Bulgarie pour ses fameux yaourts brassés et pour être la terre natale de Sylvie Vartan… Pas de quoi exciter la communauté des grooveurs… Voilà pourtant un artiste qui devrait vous faire changer d’avis, une chronique qui devrait révolutionner votre vision de la géo-politique musicale de l’Europe de l’Est !

Kottarashky possède une sacrée collection de disques, et à l’occasion il ne dédaigne pas promener son micro dans les caves de Sofia et les campagnes bulgares. Des artères urbaines aux sentiers ruraux, les voies bulgares parcourent des paysages sonores entre flore jazz et faune électro. Une nature artificielle qui ne perd rien de sa sève gipsy.

Le sampling est une pratique parfois, ou souvent, décriée. Superposition de son il n’est qu’un vulgaire copier-coller, espoir déchu des sans talents. Mais avec Kottarashky, touche après touche, le sample confine à l’impressionnisme sonore.

Si les voies du Sampleur sont impénétrables, nous enseignent les Saintes Partitions, cette voix bulgare prêche haut et fort un groove contagieux…

Kottarashky « Opa Hey ! » (2009, Asphalt Tango Records)

"Chetiri"

"Opa Hey"

"I want you to sleep"

UM Podcast #30 : El Freeman - Renacimiento
El Freeman Renacimiento

El Freeman a toujours plusieurs arcs à ses cordes, enfin je veux dire le contraire. Après nous avoirabreuvé de substances musicales psychotropes lors de son dernier podcast, le voici maintenant qui nous ramène un mix de Tech/House plutôt minimalist dont les montées d'acide ne dépareillent finalement pas trop avec son précédent mix.

Un beau set pour vous accompagner pendant les folles nuit du week-end et qui fera fuir à coup sur votre belle-mère dimanche midi.

El Freeman - "Renacimiento"
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Tracklisting:

01 - Hypnotic Duo - Twilight
02 - Fergie - Breakout
03 - Smaltown Collective - Gruen wandler ( Lopazz remix )
04 - Mark Brown & Mihalis Safras - Jelle
05 - Alessio Mereu & Attimo Vicente - Siberia
06 - Johnny Dj - Reforced 2010 ( second version mix )
07 - Slam - Positive education ( Fergie remix )
08 - Reset Robot - Softie
09 - Adler & Lonna - Restless
10 - Kevin Gorman - Insomnia
11 - Mauro Picotto - Contaminato ( Meganite mix )
12 - Agoria - Sky is clear
13 - Reset Robot & Christian Smith - Elixir ( Gary Beck remix )

La Soif Du Groove
Mancini - Touch of Evil

En 1958 le sulfureux Orson Welles réalise « Touch Of Evil », sorti en France sous le nom de « La Soif Du Mal ». On lui doit l’une des plus somptueuses embrouilles médiatiques pour avoir fait croire en 1938 à une partie de l’Amérique que leur pays était envahi par les martiens… Le génie de sa mise en scène aura transformé une simple diffusion radiophonique de « La Guerre des Mondes » en pur moment d’hystérie collective, obligeant les autorités, jusqu’à la Maison Blanche, à publier des démentis…

L’homme exhale donc un parfum de génie et de soufre. Une ambiance qui sied à cette histoire de flic véreux (joué par Orson Welles) essayant d’éliminer son collègue mexicain (Charlton Heston) qui l’a démasqué.

Pour donner une texture musicale à ce polar sous l’implacable soleil du sud, Henry Mancini nous livre une partition aux influences très latines. Welles souhaitait une BO en totale harmonie avec le film, une musique vivante s’adaptant au contexte, ambiance d’orchestre, son de radio, juke-boxe, une approche très novatrice pour l’époque. Entre mambo fiévreux et ambiance de bar, Mancini nous compose une partition qui nous enivre plus sûrement qu’une tequila frelatée d’un tripot mexicain malfamé.

Si ce n’est la soif du mal, on pourrait donc craindre un mal de crâne.
Erreur, même frelaté, Mancini ne sert que des grands millésimes !

Henri Mancini « Touch Of Evil » (1958, Challenge Records)

"Touch Of Evil"

"Borderline Montuna"

"Tana's Theme"

Contemplation Au Silicium

La prouesse est tout d'abord technique car ce film a été réalisé entièrement en 3D. Un travail titanesque de modélisation et de textures.

Au delà de l'aspect technologique c'est aussi un superbe film très contemplatif. Une réfléxion sur l'architecture et son intégration dans notre monde, un point de vue ou l'humain n'est qu'observateur. Et puis la musique n'est pas en reste...

Alex Roman - "The Third and the Seventh". Musique de Jennifer Athena Galatis

Le Dub de Prêtre Jean
Tommy T - The Prester John Sessions

Au moyen âge était un royaume mythique brillant de ses richesses et de la bonté de son roi connu sous le nom de Prêtre Jean (Prester John). En ces temps obscurs, où les cartes étaient plus mythiques que géographiques, une certaine confusion régnait sur la localisation de son royaume. D’aucuns le situaient en Inde, quand d’autres le voyaient au Moyen-Orient ou encore en Ethiopie…

Cette contrée, autant lointaine que fascinante, enflamma l’imaginaire moyenâgeux, ses fleuves charriaient des trésors, on y trouverait la fontaine de jouvence et même les jardins de l’Eden… Plus prosaïquement les royaumes européens espéraient trouver un allié chrétien pour prendre en tenaille les musulmans… De ce royaume, nul n’en trouva trace mais il suscita nombre d’expéditions qui permirent de mieux tracer la carte du monde.

Voilà qui clos le petit cours d’histoire-géo, on peut passer au solfège…

De cette mystique géographique et historique, Tommy T en a tiré un évangile personnel, saintes écritures de partitions mêlant les genres. En sa paroisse viennent communier la tradition éthiopienne, le mysticisme enfumé du dub et la ferveur du funk…

Le tout sorti sur le label Easy Star, petite chapelle à l’acoustique plaisante où aiment à se rendre en pèlerinage vos pieux ultra chroniqueurs…

Tommy T « The Prester John Sessions » (2009, Easy Star Records)

"The Call"

"Oromo Dub"

"Tribute To A King"

La Réserve De Groove Fédéral
fort Knox 5 - The New Gold Standard

Ce quator talentueux de producteurs et remixeurs a déja sorti nombre d'EPs mais un seul album, "Radio Free DC" paru en 2007. Fort Knox est un collectif basé à Washington DC, tout comme Thievery Corporation, avec qui ils collaborent régulièrement, l'un des membres de Fort Knox étant d'ailleurs signé sous le nom de "Thunderball" sur le label ESL.

Egalement propriétaires d'un label indépendant, Fort Knox Recordings, réputé pour ses productions electro-funky de bon goût, le collectif a sorti une première compilation "The New Gold Standard" en 2006. Il fut suivi d'une séquelle qui est sortie il y a quelques semaines.

Ma carte de crédit ayant l'âme parfois trop généreuse je n'ai pas encore pu acheter cette deuxième compil aussi je me contenterai de présenter le premier opus qui comblera les fans du genre. Du hip-hop à la funk en passant par les plongées downtempo, les Fort Knox ont toujours été éclectiques et c'est ce pour cela qu'on les aime. Des productions de qualité, souvent teintées de psychédélisme et toujours fournies avec un groove implacable qui ravira le DJ qui est en vous.

The Fort Knox Five - "The New Gold Standard" (2006, Fort Knox Recordings)

"Kool it Man"

"Salvador Diaspora" (FK5 Remix Feat Carlos Scorpiao)

"Shine"

Astéroïde Danois
the asteroids galaxy tour - fruit

L’univers musical danois m’est peu connu, on le fantasme volontiers peuplé de rudes vikings hirsutes au rock taillé à la hache et de chanteuses à la pop neurasthénique sous perfusion de philosophie kierkegaardienne…

Ce « Fruit » danois n’en fut que plus savoureux. On croque donc de cette galaxie aux multiples systèmes soniques, gravitant autour de Mette Lindberg et Lars Iversen. Le chant de Mette n’est pas sans rappeler parfois, une autre comète, les B-52's. Les compositions de Lars se cherchent elles du coté de la constellation Motown, la reprise « Inner city blues » de Marvin Gaye concluant cet album.

Je les avais découverts en 2009 lors d’une session à « One Shot Not », l’excellente, mais trop rarissime, émission live de Manu Katché sur Arte. J’attendais donc ce « Fruit » danois, et l’automne venu il tomba…

Loin d’être une terre aride au soleil glacé, les lointaines terres de Kierkegaard font preuve d’une rhétorique jouissive et groovy. On souhaite à cette comète d’accomplir sa révolution, et si son ellipse la mène vers les étoiles, qu’elle ne tarde pas trop à revenir vers l’orbite de la planète ultramagnétique…

The Asteroids Galaxy Tour « Fruit » (2009, Small Giants)

"The Golden Age"

"Around The Bend"

"The Sun Ain't Shining No More"

La Fable du Trou

Un court métrage intéressant produit par l'office national du film du Canada. Notez bien que l'histoire du trou ne se déroule pas en Belgique.