Billets pour la catégorie Afro/Creole

Femi Remix Kuti
femi kuti - day by day remixed vol1

Digne successeur de son père, Fela Anikulapo Kuti, Femi Kuti a repris avec succès le flambeau de l’afrobeat. Son œuvre n’apporte peut-être pas de rupture aussi créatrice que le fut son paternel en son temps, on ne boude pas son plaisir. La panthère nigérienne ayant le génie fécond autant que le gène fertile, la descendance ne manque pas de griffe…

Fela a toujours été un artiste particulièrement prisé des autres musiciens à travers les genres et les pays. Femi semble aussi attirer à lui l’écoute et le respect, on se bouscule pour le remixer… Oui, autre temps, autre génération, l’ère des djs et des musiciens électros est là, le tribute est devenu numérique…

C’est déjà le deuxième album de remix pour Femi, après le remarquable « Shoki Remixed ». Sur ce nouvel opus, d’un coté quelques pointures du moment frappées de fièvre d’Ebola-beat, Chinese Man, General Etektricks… De l’autre un collectif de dj dans la mouvance de la radio KCRW, en overdose de noix de kola…

Si toutes les pistes du cd n’emportent pas ma conviction coté KCRW (à écouter cependant le superbe mix minimaliste de Garth Trinidad), il en est d‘autres à faire ronronner Bagheera… Et un feulement de plaisir pour The FolkDub Posse et leur reprise acoustique.

Femi Kuti « Day By Day Remixed vol1 » (2010, Labelmaison)

Bost and Bim "You Better Ask Yourself"

Chinese Man "Day By Day Remix"

The FolkDub Posse "Day By Day By Day"

Femi Kuti (Garth Trinidad FiyahDubb) "One Two"

Steel & Sample
20th Century Steel Band - Warm Heart Cold Steel

Les Steels Bands, ces ensembles caribéens de percussions métalliques, me laissaient toujours ce sentiment que rien ne vaut le live, surtout quand le métal est chauffé au soleil du sud. Le genre qui passe mal en enregistrement, voire lasse assez vite, et pourtant…

Il aura suffit du label Mr Bongo et de quelques reprises pour que je tende l’oreille vers ce collectif anglais 20th Century Steel Band et me faire changer d’avis. Une réédition de « Warm Heart Cold Steel » sorti en 1979, un album devenu culte pour son morceau « Heaven & Hell » repris, samplé par une flopée d’artistes : Salt-N-Pepa, Jungle Brothers, Black Eyed Peas, Jennifer Lopez…

Sous le soleil des tropiques le métal caribéen atteint vite son point de fusion, et dans les forges naissent d’improbables alliages mêlant les standards de la soul. Shaft ou Papa Was a Rolling Stone contorsionnent l’acier d’un groove autant déconcertant que plaisant.

Et quand vient la reprise du calypso « Endless Vibrations », au-delà du fer chauffé à blanc, c’est l’ébullition des caraïbes !

A ceux qui, comme moi, ne retenait de l’acier que la crise de la sidérurgie, cette liturgie caribéenne, fut-elle d’albion, devrait vous faire atteindre le point de fusion de vos certitudes et de votre curiosité…

20th Century Steel Band « Warm Heart Cold Steel » (1979 /2009, EMI/Mr Bongo Recordings)

"Papa Was a Rolling Stone"

"Endless Vibrations"

"Heaven & Hell [Original]"

"Shaft"

Dimanche à Londres
Amadou and Mariam - Coulibaly (Ashley Beedles Afrikanz On Marz Vocal)

Un très bon remix d'Ashley Beedle, DJ et producteur anglais d'origine caribéenne et ancien membre des Ballistic Brothers.

Ce touche à tout s'attaque ici à réinventer un titre de l'album "Dimanche à Bamako", premier grand succès de Amadou & Mariam, nos aveugles préférés loin devant Gilbert Montagné et Eric Besson.

Une basse très Fela, une rythmique ternaire à ravir les pieds: ce Coulibaly a bien traversé la manche.

Amadou & Mariam - "Coulibaly (Ashley Beedles Afrikanz On Marz Vocal)" (2006, Because)

Zouk de là !
David Walters - Awa

Loin des terres traditionnelles du zouk, David Walters explore les nouveaux terrains de jeu de la musique créole. Partagé entre les antilles et la France, se qualifiant lui même de négropolitain (j’adore !), il nous confectionne un cocktail riche de tradition le tout relevé d’un zest de modernité. Son deuxième album "Home" sorti en 2009 est l'occasion de revenir sur le premier opus "Awa".

Il faut dire que l'homme a plus d'un curseur a sa table de mixage: Dj, remixeur, compositeur, interprète, homme orchestre et même cofondateur du collectif bordelais Zimpala (avec BNX)...

En dehors de la reprise du standard « Mési Bon Dyé » de Franz Casseus, on lui doit les compositions très métissées de ce premier album sorti en 2006. Un succès pour celui qui s'est fait connaitre comme Dj en première partie de David Bowie ou des Négresses Vertes...

Goûteux et relevé, c’est comme ça que je l’aime mon Ti’Punch !

Mési Bon David !

David Walters « Awa » (2006, Ya Basta )

David Walters "Awa"

David Walters "Coumbite Mesi Bon Dyé"

David Walters "Souleyman Part.2"

Vibrations Haïtiennes
Melissa Laveaux - Camphor and copper

Quand la terre n’y gronde pas on peut entendre vibrer le cœur musical de ce pays. Un confettis territorial, mais une partition ample qui déborde sa géographie. Des ondes qui sont parfois venues jusqu’aux oreilles d’Ultramagnétique, le chanteur Beethovas Obas ou encore Wycleef Jean, originaires de ce pays.

Elle était dans mes coups de cœur, en attente que mes mots fussent dignes de se poser sur sa musique. Mais désormais, plus que jamais elle fait battre mon cœur. Née au Canada de parents haïtiens ayant fui la dictature, Mélissa Laveaux a sorti en 2008 son premier album. Une œuvre métissée, aux langues anglaises, françaises et créoles, entre compositions originales et reprises (Elliott Smith, Eartha Kitt).

Elle a appelé son album « Camphor & Copper », le camphre et le cuivre, deux éléments aux vertus bénéfiques ou maléfiques selon le dosage… On peut lire dans le livret de son album :
« L’ambiguité entre les bienfaits et les dangers de ces deux éléments est leur point commun. Comme l’amour »
Comme les vibrations…
Entre tremblement tellurique et trémolo d’une corde vocale.
Comme les vibrations…

« Haïti chérie, un jour tu te reprendras
Et tes enfants, ceux morts, ceux vivants,
cesseront de t’arracher le cœur de la terre »
(Haïti Interlude - Mélissa Laveaux)

Mélissa Laveaux « Camphor & Copper » (2008, No Format !)

"My Boat"

"Scissors"

"Interlude Haïti"

Bring Him Back Home
Hugh Masekela

Né en Afrique du Sud en 1931, le petit Hugh Masekela apprend tout d'abord le piano mais suite à un film sur le trompettiste Bix Beiderbecke, rêve de cuivre rutilant. Il reçoit sa première trompette en cadeau des mains de l'archevêque de Johannesbourg, un ami de la famille, et intègre le brass band municipal ou il fera ses premières gammes.

Suite à l'extension des lois de l'apartheid en 1960, Hugh décide de s'exiler aux Etats-Unis, pays ou il restera 30 ans. Sans doute le premier musicien sud-africain à percer en dehors de son pays, il sera toujours fortement impliqué dans les mouvements anti-apartheid et restera en contact étroit avec sa patrie d'origine. Son morceau "Bring Him Back Home" sera un des ses plus grands succès, appelant le retour de Nelson Mandela.

Musicien avant tout féru de Jazz, Hugh Masekela infusera souvent un parfum africain dans sa musique tout en aimant les standards du genre comme cette reprise du classique "Cantaloupe Island" de Herbie Hancock. Mais j'aime surtout "Dyambo", tempête Afro-Funk semblable à celle qui mettra à genoux le gouvernement de Pieter Botha avant le retour triomphal de Mandela en 1990.

Revenu dans son pays suite à la chute de l'apartheid, le compositeur œuvre désormais à aider les jeunes musiciens de son pays : un artiste et un homme d'honneur qui n'a pas oublié que plus jeune, on lui a tendu la main.

Hugh Masekela - "Dyambo" (1971)

Hugh Masekela - "Cantaloupe Island" (1965)

Gorillaz Africain
Africa Express Presents

Alors qu’Oasis nous offrait cet été une de ses ultimes esclandres, leur séparation juste avant de monter sur scène dans une pitoyable crise prépubère, Damon Albarn, leader de Blur, nous montrait la voie de la maturité. Ces titres de noblesse musicale ne sont plus à démontrer, ses excellentes productions sous Gorillaz font date.

Plus jeune le petit Damon regardait les Live Aid, ces concerts de charité pour l’Afrique, d’un œil et d’une oreille critique, trop occidental à son goût… Il avait donc pour projet de monter des sessions de rencontre entre musiciens blancs et africains. Suivront une série de concerts en Afrique et dans les grandes villes européennes.

A cette occasion sort une compilation d’artistes africains, aux morceaux choisis par les grands noms des scènes occidentales, Bjork, Norman Cook (Fatboy Slim, encore lui…), Elvis Costello, Adrian Sherwood… Somptueux parrainages pour une compilation qui ne l’est pas moins, de la kora mélodique à l’afrobeat, cet Africa Express traverse la savane des styles africains, avec pour fond, les rugissements d’un gorillaz africain…

Africa Express Presents (2009, Africa Express & Puma Creative)

Ba Cissoko « Sora » (Adrian Sherwood)

Hoony And The Bees « Psychedelic Woman » (Norman Cook)

Tony Allen « Crazy Afrobeat » (Bashy)

Africa By Bus
Bole 2 Harlem

Percussionniste et producteur, pour Donna Summer entre autre, David Schommer se lance enfin sur la route. Long périple qui le mènera de Harlem à Bole en éthiopie. Cela sent le bus d'éclatés avec pour seuls papiers quelques billets pour les policiers et quelques feuilles à rouler pour faire honneur à la flore locale...

Cet Africa by Bus n'a pas oublié au départ de charger le coffre de quelques bacs de hip-hop, soul, brazil... Bon je ne sais si ce bus a jamais vraiment roulé... Et puis il y a de très bons studios à Harlem....

Ce bus, qui n'a jamais roulé, entre technologie de l'homme blanc et art subtil du bricolage africain, ronronne pourtant autant qu'il pétarade de sons.

Bole 2 Harlem - volume 1 (2006, Sound of the Mushroom)

"Bole 2 Harlem"

"Harlem 2 Bole"

Le Gospel du Congo Belge
 Les Troubadours du Roi Baudouin

Je vous invite à un voyage dans l'histoire, dans le Congo Belge qui fleure bon le casque colonial et les bd de Hergé. En 1955 lors de la visite du Roi des belges au Congo, le missionnaire belge, Guido Haazen, composa une messe en latin " Missa Luba " à partir d’airs traditionnels congolais chantés par une chorale de Kinshasa.

Ces deniers s’appelaient les "Troubadours du roi Baudoin"… toute une époque ! Un peu comme dans Tintin au Congo on est sous le charme d’un exotisme qui cache cependant mal une réalité coloniale sous le vernis artistique. Cela n’empêche, l’œuvre est magnifique.

Présenté lors de l’exposition universelle de 1958 à Bruxelles, ces chants connurent un succès mondial, on retrouvera même un thème dans la BO du film " If " Palme d’Or à Cannes en 1969. Le petit mais pointilleux label " él " a eu la bonne idée de rééditer cet enregistrement de 1968. La ferveur est toujours là, la beauté des chants aussi, somptueux !
A écouter religieusement.

Les Troubadours du Roi Baudouin - "Missa Luba" (1968, él/Cherry)

"Ebu Ewale Kemai"

"Seya Wa Mama Ndalamba"

"Gloria"

Le Beethoven Haïtien
Beethova Obas

Ce Beethov là ne fait pas dans la symphonie teutonne mais plutôt dans la mélodie créole. Une nonchalance musicale et ensoleillée assumée par l’artiste haïtien Beethova Obas dans son album « Pa Prese » (prends ton temps), sorti en 1996 .

Une légèreté qui contraste avec l’histoire mouvementée et sanglante de cette île longtemps sous la coupe des Duvalier dictateurs de père en fils, les fameux « Papa Doc » et « Bébé Doc ». Des « .doc » produits d’un logiciel de traitement de pensée aux redoutables fonctions « couper » et « suppr » qu’appliquaient méthodiquement les funestes tontons macoutes, milices chargées des basses oeuvres…

On comprend d’autant mieux l’esprit de ce « pa prese » sorti après cette sombre période, une volonté de jouir de la vie et de prendre le temps d’apprécier et de faire les choses. Dans la même veine une reprise du couleur café de Gainsbourg.

Si sous le ciel haïtien le soleil ne brille toujours pas pour tous, Beethovas Obas lui rayonne d’une musique tout en carpe diem créole.

Beethova Obas - "Pa Prese" (1996, Déclic/BMG)

"Pa Prese"

"Couleur Café"

"Lavi Yon Flè"

Calypso @ Dirty Jim's
Calypso @ Dirty Jim's

Avec un tel titre on pourrait s'attendre au pire, de la boite de touriste douteuse au bordel improbable d'une rue malfamée de Trinidad. Le Dirty Jim's fut pourtant un lieu mythique du calypso à Trinidad, on y retrouve en 2005 les grands noms du genre pour une session exceptionnelle, sujet du film Calypso @ dirty jim's de Pascale Obolo.

Autour de Calypso Rose on retrouve du lourd, Lord Superior, Bomber, Mighty Terror... Derrière ces noms de petite frappe du neuf-trois, se cachent d'honorables vétérans du calypso interprétant les classiques du genre.

Notamment ce "Shame & scandal in the family", l'histoire d'un infortuné candidat au mariage. A chaque fiancée le père s'exclame "Oh non! Cette fille est ta soeur mais ta mère ne le sait pas"... Ce paternel à la démarche et la libido chaloupée repeuplait le quartier à chaque mouvement de bassin... Quant au jeune prétendant bafoué, le réconfort viendra du coté maternel. "Ton père n'est pas ton père mais ton père ne le sait pas" On a le bassin et la verve chaloupée à Trinidad...

Hommage ou rivalité, à écouter la très belle reprise du classique jamaïcain "Bam Bam" des Toots & the Maytals, à Trinidad on porte les dreads tranquilles.

Faut dire qu'on a le tempo léger à Trinidad, pas d'ouragan juste une houle à vous faire chalouper...

Calypso @ Dirty Jim's (2005, Maturity Music)

Lord Superior "White Man Wife"

Relator "Shame and Scandal in the Family"

Bomber "Bam Bam"

L’Internationale Afrobeat
Republicafrobeat

Feu Fela aurait aimé le titre de cette compilation « Republicafrobeat », rappelant au musicien son engagement politique, fondateur du mouvement « République de KalaKuta ». A l’origine du projet un festival créé par un collectif de dj espagnols tous, à l’évidence, aficionados du maestro nigérien.

Suivra une série de deux compilations aux prestigieuses collaborations, il faut dire que Fela Anikulapo Kuti n’est pas sans références. Le feulement racé de ses cuivres annonce la panthère noire de l’afro-soul-jazz, le père de l’afrobeat. Une référence, une griffe prisée de tous les musiciens.

On retrouve une vieille connaissance, esthète du beat, Fatboy Slim dans un mix autant endiablé qu’hystérique, la décoction de noix de kola devait être en libre service dans le studio… Viennent les new-yorkais de MAW , producteurs ou remixeurs de quasiment tout le monde, avec un album Tribute to Fela, leur place était acquise dans ce set. Et dans un style plus traditionnel mais dopé d’un sang neuf, Tony Allen, compagnon de route de Fela, renouvelle le genre.

L’artiste, politiquement conscient de sa notoriété aimait à dire « la musique est l’arme du future » . Dommage il a passé l’arme à gauche… Faut dire qu’être opposant notoire au Niger des juntes militaires, même avec ces cinq fruits par jour, ce n’est pas forcément bon pour la santé. Un régime alimentaire trop riche en psychotrope non plus.

Entre paradis artificiel et rêve de démocratie, de la fumée des espoirs à la cendre des illusions, l’homme s’est consumé. Reste la flamme de l’âme, écoutez-les ces nouvelles générations de musiciens reprendre les armes de Fela…

Republicafrobeat (2003, Tansur Producciones)

Fatboy Slim "First Down"

Masters At Work "Zoe"

Tony Allen "Woman To Man"