Billets pour la catégorie Afro/Creole

Vibrations Haïtiennes
Melissa Laveaux - Camphor and copper

Quand la terre n’y gronde pas on peut entendre vibrer le cœur musical de ce pays. Un confettis territorial, mais une partition ample qui déborde sa géographie. Des ondes qui sont parfois venues jusqu’aux oreilles d’Ultramagnétique, le chanteur Beethovas Obas ou encore Wycleef Jean, originaires de ce pays.

Elle était dans mes coups de cœur, en attente que mes mots fussent dignes de se poser sur sa musique. Mais désormais, plus que jamais elle fait battre mon cœur. Née au Canada de parents haïtiens ayant fui la dictature, Mélissa Laveaux a sorti en 2008 son premier album. Une œuvre métissée, aux langues anglaises, françaises et créoles, entre compositions originales et reprises (Elliott Smith, Eartha Kitt).

Elle a appelé son album « Camphor & Copper », le camphre et le cuivre, deux éléments aux vertus bénéfiques ou maléfiques selon le dosage… On peut lire dans le livret de son album :
« L’ambiguité entre les bienfaits et les dangers de ces deux éléments est leur point commun. Comme l’amour »
Comme les vibrations…
Entre tremblement tellurique et trémolo d’une corde vocale.
Comme les vibrations…

« Haïti chérie, un jour tu te reprendras
Et tes enfants, ceux morts, ceux vivants,
cesseront de t’arracher le cœur de la terre »
(Haïti Interlude - Mélissa Laveaux)

Mélissa Laveaux « Camphor & Copper » (2008, No Format !)

"My Boat"

"Scissors"

"Interlude Haïti"

Bring Him Back Home
Hugh Masekela

Né en Afrique du Sud en 1931, le petit Hugh Masekela apprend tout d'abord le piano mais suite à un film sur le trompettiste Bix Beiderbecke, rêve de cuivre rutilant. Il reçoit sa première trompette en cadeau des mains de l'archevêque de Johannesbourg, un ami de la famille, et intègre le brass band municipal ou il fera ses premières gammes.

Suite à l'extension des lois de l'apartheid en 1960, Hugh décide de s'exiler aux Etats-Unis, pays ou il restera 30 ans. Sans doute le premier musicien sud-africain à percer en dehors de son pays, il sera toujours fortement impliqué dans les mouvements anti-apartheid et restera en contact étroit avec sa patrie d'origine. Son morceau "Bring Him Back Home" sera un des ses plus grands succès, appelant le retour de Nelson Mandela.

Musicien avant tout féru de Jazz, Hugh Masekela infusera souvent un parfum africain dans sa musique tout en aimant les standards du genre comme cette reprise du classique "Cantaloupe Island" de Herbie Hancock. Mais j'aime surtout "Dyambo", tempête Afro-Funk semblable à celle qui mettra à genoux le gouvernement de Pieter Botha avant le retour triomphal de Mandela en 1990.

Revenu dans son pays suite à la chute de l'apartheid, le compositeur œuvre désormais à aider les jeunes musiciens de son pays : un artiste et un homme d'honneur qui n'a pas oublié que plus jeune, on lui a tendu la main.

Hugh Masekela - "Dyambo" (1971)

Hugh Masekela - "Cantaloupe Island" (1965)

Gorillaz Africain
Africa Express Presents

Alors qu’Oasis nous offrait cet été une de ses ultimes esclandres, leur séparation juste avant de monter sur scène dans une pitoyable crise prépubère, Damon Albarn, leader de Blur, nous montrait la voie de la maturité. Ces titres de noblesse musicale ne sont plus à démontrer, ses excellentes productions sous Gorillaz font date.

Plus jeune le petit Damon regardait les Live Aid, ces concerts de charité pour l’Afrique, d’un œil et d’une oreille critique, trop occidental à son goût… Il avait donc pour projet de monter des sessions de rencontre entre musiciens blancs et africains. Suivront une série de concerts en Afrique et dans les grandes villes européennes.

A cette occasion sort une compilation d’artistes africains, aux morceaux choisis par les grands noms des scènes occidentales, Bjork, Norman Cook (Fatboy Slim, encore lui…), Elvis Costello, Adrian Sherwood… Somptueux parrainages pour une compilation qui ne l’est pas moins, de la kora mélodique à l’afrobeat, cet Africa Express traverse la savane des styles africains, avec pour fond, les rugissements d’un gorillaz africain…

Africa Express Presents (2009, Africa Express & Puma Creative)

Ba Cissoko « Sora » (Adrian Sherwood)

Hoony And The Bees « Psychedelic Woman » (Norman Cook)

Tony Allen « Crazy Afrobeat » (Bashy)

Africa By Bus
Bole 2 Harlem

Percussionniste et producteur, pour Donna Summer entre autre, David Schommer se lance enfin sur la route. Long périple qui le mènera de Harlem à Bole en éthiopie. Cela sent le bus d'éclatés avec pour seuls papiers quelques billets pour les policiers et quelques feuilles à rouler pour faire honneur à la flore locale...

Cet Africa by Bus n'a pas oublié au départ de charger le coffre de quelques bacs de hip-hop, soul, brazil... Bon je ne sais si ce bus a jamais vraiment roulé... Et puis il y a de très bons studios à Harlem....

Ce bus, qui n'a jamais roulé, entre technologie de l'homme blanc et art subtil du bricolage africain, ronronne pourtant autant qu'il pétarade de sons.

Bole 2 Harlem - volume 1 (2006, Sound of the Mushroom)

"Bole 2 Harlem"

"Harlem 2 Bole"

Le Gospel du Congo Belge
 Les Troubadours du Roi Baudouin

Je vous invite à un voyage dans l'histoire, dans le Congo Belge qui fleure bon le casque colonial et les bd de Hergé. En 1955 lors de la visite du Roi des belges au Congo, le missionnaire belge, Guido Haazen, composa une messe en latin " Missa Luba " à partir d’airs traditionnels congolais chantés par une chorale de Kinshasa.

Ces deniers s’appelaient les "Troubadours du roi Baudoin"… toute une époque ! Un peu comme dans Tintin au Congo on est sous le charme d’un exotisme qui cache cependant mal une réalité coloniale sous le vernis artistique. Cela n’empêche, l’œuvre est magnifique.

Présenté lors de l’exposition universelle de 1958 à Bruxelles, ces chants connurent un succès mondial, on retrouvera même un thème dans la BO du film " If " Palme d’Or à Cannes en 1969. Le petit mais pointilleux label " él " a eu la bonne idée de rééditer cet enregistrement de 1968. La ferveur est toujours là, la beauté des chants aussi, somptueux !
A écouter religieusement.

Les Troubadours du Roi Baudouin - "Missa Luba" (1968, él/Cherry)

"Ebu Ewale Kemai"

"Seya Wa Mama Ndalamba"

"Gloria"

Le Beethoven Haïtien
Beethova Obas

Ce Beethov là ne fait pas dans la symphonie teutonne mais plutôt dans la mélodie créole. Une nonchalance musicale et ensoleillée assumée par l’artiste haïtien Beethova Obas dans son album « Pa Prese » (prends ton temps), sorti en 1996 .

Une légèreté qui contraste avec l’histoire mouvementée et sanglante de cette île longtemps sous la coupe des Duvalier dictateurs de père en fils, les fameux « Papa Doc » et « Bébé Doc ». Des « .doc » produits d’un logiciel de traitement de pensée aux redoutables fonctions « couper » et « suppr » qu’appliquaient méthodiquement les funestes tontons macoutes, milices chargées des basses oeuvres…

On comprend d’autant mieux l’esprit de ce « pa prese » sorti après cette sombre période, une volonté de jouir de la vie et de prendre le temps d’apprécier et de faire les choses. Dans la même veine une reprise du couleur café de Gainsbourg.

Si sous le ciel haïtien le soleil ne brille toujours pas pour tous, Beethovas Obas lui rayonne d’une musique tout en carpe diem créole.

Beethova Obas - "Pa Prese" (1996, Déclic/BMG)

"Pa Prese"

"Couleur Café"

"Lavi Yon Flè"

Calypso @ Dirty Jim's
Calypso @ Dirty Jim's

Avec un tel titre on pourrait s'attendre au pire, de la boite de touriste douteuse au bordel improbable d'une rue malfamée de Trinidad. Le Dirty Jim's fut pourtant un lieu mythique du calypso à Trinidad, on y retrouve en 2005 les grands noms du genre pour une session exceptionnelle, sujet du film Calypso @ dirty jim's de Pascale Obolo.

Autour de Calypso Rose on retrouve du lourd, Lord Superior, Bomber, Mighty Terror... Derrière ces noms de petite frappe du neuf-trois, se cachent d'honorables vétérans du calypso interprétant les classiques du genre.

Notamment ce "Shame & scandal in the family", l'histoire d'un infortuné candidat au mariage. A chaque fiancée le père s'exclame "Oh non! Cette fille est ta soeur mais ta mère ne le sait pas"... Ce paternel à la démarche et la libido chaloupée repeuplait le quartier à chaque mouvement de bassin... Quant au jeune prétendant bafoué, le réconfort viendra du coté maternel. "Ton père n'est pas ton père mais ton père ne le sait pas" On a le bassin et la verve chaloupée à Trinidad...

Hommage ou rivalité, à écouter la très belle reprise du classique jamaïcain "Bam Bam" des Toots & the Maytals, à Trinidad on porte les dreads tranquilles.

Faut dire qu'on a le tempo léger à Trinidad, pas d'ouragan juste une houle à vous faire chalouper...

Calypso @ Dirty Jim's (2005, Maturity Music)

Lord Superior "White Man Wife"

Relator "Shame and Scandal in the Family"

Bomber "Bam Bam"

L’Internationale Afrobeat
Republicafrobeat

Feu Fela aurait aimé le titre de cette compilation « Republicafrobeat », rappelant au musicien son engagement politique, fondateur du mouvement « République de KalaKuta ». A l’origine du projet un festival créé par un collectif de dj espagnols tous, à l’évidence, aficionados du maestro nigérien.

Suivra une série de deux compilations aux prestigieuses collaborations, il faut dire que Fela Anikulapo Kuti n’est pas sans références. Le feulement racé de ses cuivres annonce la panthère noire de l’afro-soul-jazz, le père de l’afrobeat. Une référence, une griffe prisée de tous les musiciens.

On retrouve une vieille connaissance, esthète du beat, Fatboy Slim dans un mix autant endiablé qu’hystérique, la décoction de noix de kola devait être en libre service dans le studio… Viennent les new-yorkais de MAW , producteurs ou remixeurs de quasiment tout le monde, avec un album Tribute to Fela, leur place était acquise dans ce set. Et dans un style plus traditionnel mais dopé d’un sang neuf, Tony Allen, compagnon de route de Fela, renouvelle le genre.

L’artiste, politiquement conscient de sa notoriété aimait à dire « la musique est l’arme du future » . Dommage il a passé l’arme à gauche… Faut dire qu’être opposant notoire au Niger des juntes militaires, même avec ces cinq fruits par jour, ce n’est pas forcément bon pour la santé. Un régime alimentaire trop riche en psychotrope non plus.

Entre paradis artificiel et rêve de démocratie, de la fumée des espoirs à la cendre des illusions, l’homme s’est consumé. Reste la flamme de l’âme, écoutez-les ces nouvelles générations de musiciens reprendre les armes de Fela…

Republicafrobeat (2003, Tansur Producciones)

Fatboy Slim "First Down"

Masters At Work "Zoe"

Tony Allen "Woman To Man"

Reprise du Championnat
Machesa Traditional Group

C'est la rentrée !

J'ai du enlever à contrecœur mes tongs et mon petit string noir, mes accessoires favoris pour les chaleurs estivales ou pour passer l'hiver dans une cave en Belgique. Après une semaine de vacances du coté de Figeac et un aller-retour éclair Paris-Dublin pour mixer dans une belle fête (je précise cette histoire afin d'impressionner un peu les lecteurs), j'ai finalement passé le reste du mois d'août à Paris, la plus agréable ville du monde lorsqu'elle est vide.

Je suis donc heureux de tous vous retrouver, afin de passer une deuxième moitié d'année pleine d'amour et de groove.  Nous allons continuer d'abreuver vos jolis tympans de son en tout genre et perpétuer nos podcasts afin d'offir à des Djs de talent l'opportunité de pouvoir vendre des disques à Bordeaux.

Pour ouvrir le bal de fin d'été quoi de mieux que de la musique africaine ? Du Botswana plus exactement, voisin du nord de l'Afrique du sud, un pays d'une étendue de 581,726 km2 (je cite de mémoire) et peuplé essentiellement de noirs.

J'ai immédiatement adoré ce titre, aux voix envoutantes et mélodique à souhait, que j'ai téléchargé sur un obscur site de World Music (tellement obscur que je ne m'en souviens plus). En tout cas ce quatuor de talent est à surveiller de près.
Dommage que leur album soit bien mal distribué et qu'ils passent leur temps à déchirer leurs pantalons.

Machesa Traditional Group - "Rarichama" tiré de "Kora" (2008, Ramco Records)

Julien Jacob ou l'Espéranto Afro Folk
Julien Jacob

Né de parents antillais, déraciné du Bénin pour être transplanté en France à l’âge de 4 ans, cette bouture saura plonger ses racines jusqu’aux strates les plus enfouies de sa mémoire. Que les linguistes ne s’épuisent point en vaines polémiques sur l’origine peul ou wolof de ces chants, notre Julien a créé son propre univers, sa propre langue imaginaire… Une langue de l’émotion, belle et instinctive, qui s’écoute plus avec le cœur qu’elle ne se comprend avec les neurones.

Une langue fluide qu’accompagne une écriture musicale toute en légèreté. Sur une orchestration minimaliste, guitares percussions, Julien Jacob pose son espéranto mystérieux et mélodieux, une grammaire musicale écrite d’une plume trempée d’influences africaines, folk, caribéennes…

Si les linguistes y perdront leur latin, les autres y gagneront un espéranto, une musique belle, universelle, compréhensible de tous, même si les paroles nous restent inaccessibles, c'est là toute la magie de l'artiste.

Julien Jacob - "Barham" (2008, Volvox Music)

"Nacrol"

"Dierel"

"Sheryl"

L’Afro Jack
Jack de Johnette & Foday Musa Suso - Music from the Hearts of the Masters

Métronome aérien du tempo jazzy, le batteur Jack De Johnette pratique un style léger et subtil, un Chivas hors d’âge plus qu’un Jack Daniels… Ajoutez-y un soupçon de Foday Musa Suso et votre millésime se trouvera quelques cépages africains dans ses racines, un malt corsé au soleil africain.

L’arôme est essentiellement africain, Foday en tissant le décor de ses mains agiles sur les cordes de sa kora. Ce griot ne chante pas mais sa musique raconte bien des histoires… Il se dit même, en de lointaines savanes, que les neiges du Kilimanjaro auraient fondu d’avoir pleuré devant tant de beauté...

Tout le talent de Jack ne sera pas de trop pour atteindre de tels sommets. Cet homme là ne frappe pas ses instruments, il en caresse les peaux en de doux et nerveux frissons rythmiques. La finesse de son jeu accompagne à merveille la cora. Puisant aux racines de leurs inspirations, nos deux compères se redécouvrent une parenté culturelle, une négritude musicale dans une somptueuse communion.

Je me revois encore hésiter à acheter cet album, ce mariage entre la batterie et la kora, je craignais que ce ne soit quelque peu frustre, aride. Pauvre ignorant, je ne savais pas encore que je tenais là un des meilleurs albums de ma collection…

Jack de Johnette & Foday Musa Suso - "Music from the Hearts of the Masters" (2005, Golden Beams Productions)

"Ocean Wave"

"Rose Garden"

Vas-y Francky C'est Bon !
Calypsoul 70

Né à Trinidad, la Calypso est un mélange original de musique créole Française et de rythmes Africains et d'Amérique du Sud (en particulier les émigrants du Vénézuéla). A l'origine un mouvement musical qui était une forme de résistance à l'occupation brutale du colonisateur anglais sur ce territoire, le style saura évoluer avec le temps et incorporer par la suite des influences soul et funk venant des US, ainsi que l'énergie cuivrée de la Salsa cubaine.

Cette fantastique compil du label anglais Strut, un habitué des rééditions de qualité, se focalise sur cette période d'ouverture et d'échanges musicaux. J'ai un faible pour le "You don't Love me", qui capturera certainement l'imagination de tous les amateurs de transe acoustique et saura joyeusement énerver votre voisin membre du Front National.

S'il ne fallait qu'une seule compilation de musique des caraïbes dans votre collection, ce disque serait un prétendant plus que sérieux...
Un vaccin extrêmement efficace contre la propagation des disques de la Compagnie Créole.

"Calypsoul 70" (2008, Strut)

Gemini Brass "You Don't Love Me"

Clarence Curvan "Calypsoul"

The Hondells "Raycan"