Billets pour la catégorie Brazil

De Chair Et De Sang
Barbatuques - Corpo Do Som

Lorsque le corps se fait voix, on se retrouve avec plusieurs bouches. Ce célèbre proverbe belge se trouve ici merveilleusement mis en application par le jeune groupe brésilien Barbatuques.

Claquements de doigts, battements de mains, tapes sur la poitrine sont la pour nous rappeler que le corps humain est le premier instrument de musique. Ces techniques primales de production musicales sont aussi pédagogiques le groupe ayant participé à de nombreux ateliers au Brésil mais aussi en Europe sur leur méthode musicale de groove organique.

Bientôt en concert avec Bobby Mc Ferrin ?

Barbatuques - "Barbapapa Groove" tiré de "Corpo Do Som" (2003, MCD)

Rio vs CIO
Pele & Sergio Mendes

Si tu vas à Rio
N’oublie pas de monter là-haut
Sur la plus haute marche du podium
Là où se trouve l’or

Les cariocas organiseront donc les JO en 2016, après le mundial de footcheball en 2014. L’occasion de revenir sur le rôle de Pelé, carte maîtresse du jeu brésilien. Un VIP redoutable VRP, tant est grande sa notoriété, au-delà des considérations géopolitiques qui ont prévalu au choix du continent sud-américain.

Pelé, comme d’autre s’est aussi essayé à la musique, un choix risqué. Dribbler avec une balle ne garantit pas de savoir jongler avec les notes. Mais le foot et la samba étant les deux mamelles nourricières de la culture brésilienne, on est moins inquiet.

Pelé, produit par Sergio Mendes, nous interprète une composition personnelle « Meu Mundo E Uma Bola » (mon monde est une balle) tout naturellement… S’il est certainement meilleur dribbleur que chanteur, sa composition et sa prestation restent plutôt sympathiques.

Dans le même registre sportif on peut s’écouter le « Copa Do Mundo » standard anonyme repris par Vinicius De Moraes sur son fameux live à Buenos Aires. Une valeur sûre, dommage que le morceau ne soit pas plus long. On finira avec une petite batucada mélangeant, musique, sons de tribunes et un hallucinant commentaire radiophonique d’un but de… Pelé, à tout seigneur tout honneur.

Si tu vas à Rio
N’oublie pas de monter le son plus haut

Pelé produced & arranged by Sergio Mendes (1977, Atlantic Recording Corporation)
"Meu Mundo E Uma Bola"

Vinicius De Moraes "Live In Buenos Aeres" (1970, Radoszynski Producciones/Random Records)
"Copa Do Mundo"

Grupo Batuque « Samba De Futebol » (1998, Far Out Recordings)
"Torcido Do Flamengo"

La Légende de Toquinho
Toquinho, Guarnieri & Marlene - Botequim

Sans doute le plus grand guitariste brésilien, Toquinho a collaboré avec tous les monstres sacrés de son pays. Tout d'abord avec Vinicius de Moraes, le poète-chanteur-compositeur, personnage presque légendaire de la musique populaire auriverde avec lequel il produira 120 chansons.

Toquinho s'adaptera avec aisance à tous les styles tout au long de la longue et riche histoire de la musique brésilienne. Compositeur prolifique, guitariste génial et généreux: Toquinho a toujours aimé partager la musique et les rencontres. C'est encore le cas sur cet album de 1973, produit avec le compositeur de Rio Guarnieri et la chanteuse Marlene.

Un album qui s'ouvre aux sons du carnaval et de sa batucada, mais aussi aux guitares funk et à la pop. Le tout emballé avec de superbes arrangements de vents et de cordes, quasiment aussi beaux que ceux de Michel Sardou sur "Les Lacs du Connemara".

Un album envoûtant, à la nostalgie lumineuse.

Toquinho, Guarnieri & Marlene - "Botequim" (1973, BGE)

"Meu Tempo e Castro Alves"

"Bobeou, Nao Vai Entender"

"Quanto Vale uma Crianca"

Funky Rio
Os Diagonais - Cada um na Sua

Si je possédais une machine à remonter la teuf, je choisirai volontiers (entre autres) de débarquer dans une soirée samba-funk à Rio dans les années 70. A cette époque la scène brésilienne est très influencée par le son Stax et Motown et mélange allègrement le patrimoine musical auriverde avec les syncopes de guitare et de cuivre des gringos d'amérique du nord.

Le pays est alors dirigé par une dictature d'extrême droite et afficher des sympathies pour les rythmes "occidentaux" n'est pas vraiment vu d'un bon œil par la junte en place. Le mouvement tropicalia étant déja mort en 71, c'est chez les américains que nombre de musiciens brésiliens iront chercher l'inspiration, surtout au niveau des pantalons.

C'est à cette ambience de feu que nous convie cet album de "Os Diagonais" groupe culte au Brésil et qui ne produira que deux albums. Leur leader, le compositeur Cassano, restera actif pendant toute la période 60/70. "Os Diagonais" sera un groupe clairement orienté du côté de chez James Brown, Otis Redding et consorts.

"Cada um na Sua" est le premier album du groupe, un vinyl introuvable puis un CD brièvement republié et aujourd'hui disparu de la circulation. Pour cette raison et compte tenu de sa qualité, voici un lien pour télécharger l'objet: ici. J'avoue ne pas pouvoir me passer de ce "Sai de Lado" au groove infectieux.
Il ne me reste plus qu'a trouver cette foutue machine à remonter le temps...

Os Diagonais - "Cada um na Sua" (1971)

"Sai de Lado"

"Todo Meu Amor"

"Novos Planos para o Verão"

American Bossa
Mosquitos - Boombox

Trio basé à New-York, Mosquitos est d'abord le fruit des amours du guitariste Chris Root et de la chanteuse de Rio Juju Stulbach, qui se rencontrent dans un studio du lower east side. Les tourtereaux sont bientôt rejoint par le clavier de Jon Marshall Smith, lui aussi originaire de la grosse pomme.

Boombox est extrait de leur premier album éponyme, enregistré dans un appartement de la mégalopole brésilienne et fini chez les yankees. Un production donc assez minimaliste, une guitare acoustique, une pointe de boite à rythmes et bien sur la voix aérienne de Juju.

Une musique simple et évidente comme les plus belles rencontres amoureuses.

Mosquitos - "Boombox" tiré de "Mosquitos" (2003, Bar/None Records)

Yé-Mé-Lé-Music-Do-Brazil
Luiz Carlos Vinhas

Sans doute le titre le plus connu du pianiste et compositeur brésilien Luis (ou Luiz pour les lusophones) Carlos Vinhas, ce "Ye-Me-Le" est imparable niveau groove.

Avec ses accents jazzy, ce titre sera d'ailleurs repris sur nombre de compiles de musique brésilienne (enfin tout du moins celles qui ne sont pas vendu à Carrefour avec le string en couverture).

Luís Carlos Vinhas - "Ye-Me-Le" tiré de "Groovy Vol.2" (2009, Irma Records)

Lénine Do Braziou
Lenine - Na Pressão

Lui aussi s'appelle Lénine et partage avec son homonyme bolchévik un même goût de la révolution. Là s'arrête la comparaison, cet artiste n'ayant pour seul projet révolutionnaire que de prendre les instruments et de porter la bonne parole du groove.  

Lénine fait partie de cette nouvelle génération d'artistes brésiliens nourris aux sons modernes et qui ont su les digérer pour mieux les assimiler. Il en résulte une œuvre qui s'inspire autant de la tradition qu'elle la révolutionne. Et si le cocktail Molotov a plus un son de cachaça que de vodka, il embrase tout aussi facilement l'âme et le bassin.

Ce n'est peut-être pas l'Octobre Rouge de la révolution brésilienne, mais ce Lénine a su insuffler une modernité printanière dans le répertoire brésilien. Un Manifeste pour le Groove qui ne manquera pas de rallier les partisans.

Lenine - "Na Pressão" (1999, Disco E Cultura/BMG)

"Jack Soul Brasilero"

"Meu Amanhã"

Vanessa Do Brazil
Vanessa Da Mata - Sim

Rien à voir avec notre Vanessa Paradis. Mais cette petite brésilienne pourrait bien vous donner un goût de paradis si vous croquiez son fruit musical. Vanessa Da Mata est une des chanteuses en vogue de la scène brésilienne, on lui doit une collaboration avec Black Uhuru, et un dernier album sorti en 2007.

Elle y chante en duo avec Ben Harper le magnifique « Boa Sorte ». Mais les bonnes fréquentations de Vanessa ne s’arrêtent pas là, on y croise aussi Joao Donato ou encore Sly Dunbar et Robbie Shakespeare, la meilleure paire rythmique jamaïcaine qui puisse être. Avec de tels parrainages les portes du succès international se sont ouvertes, l’album sortant en France en 2008.

Spéciale dédicace à Tonio des Batignoles qui m’a fait découvrir ce petit fruit brésilien dans lequel j’ai planté mes crocs. Ce fruit là n’est pas défendu, on le recommande, il ne vous chassera pas du paradis, tout juste chassera-t-il vos idées noires…

Vanessa Da Mata - "Sim" (2007, Sony/Discograph)

"Boa Sorte (Good Luck)"

"Baú"

Batucada Teutonne
Virada Batucada Hamburg

Quand l’Allemagne rencontre le Brésil, cela donne parfois d’étonnantes réussites. Mais nous ne sommes pas sur les terrains foulés par les équipes nationales de foot, tragique affrontement des orgueils nationaux dont le perdant verra sa fécondité et ses exportations baisser en même temps que ses psychanalystes devenir rentiers…

Loin des pelouses, au Brésil la rue reste le meilleur terrain de jeu, les équipes de batucada (ensemble de percussions brésiliennes) peuvent y faire montre de leur excellence, on y retrouve la construction d’un jeu collectif comme l’affirmation de quelques individualités. Prenant la balle aux brésiliens et prenant tout le monde à contre pied, l’Allemagne nous offre ici d’insoupçonnables ressources dans l’exercice de la batucada.

L’école allemande dans toute sa splendeur, rigueur technique et puissance du collectif, avec cependant une petite touche de folie dans le jeu. J’apprécie tout particulièrement l’apport des cuivres, dans un jeu en rupture avec la tradition des rues cariocas, mais très groovy. Je ne sais pas si la caïpirhina remplacera bientôt la bière, mais cette blonde a un goût de métisse au tempérament de feu…

Virada - "MoSambaZa" tiré de "You Better Do the Samba!" (1996, Weltwunder Records)

Jorge Ben l'Afro
Jorge Ben Africa Brasil

On doit à cet artiste quelques grands standards brésiliens. « Mas Que Nada » extrait de son premier album, composition d’essai mais composition de maître qui le fera connaître, suivront nombres de succès, « Pais Tropical », « Que Maravilha », « Take It Easy My Brother Charles »…

Dans sa jeunesse, le petit Jorge fut confronté au choix cornélien de tout brésilien qui se respecte, qu’allait-il faire de sa vie ? Samba ou football ? Un temps les démangeaisons dans le pied furent les plus vives, il les soignera dans une des plus fameuses équipes junior de Rio. Mais avec le temps, l’envie de gratter la guitare s’avéra la plus forte

Après ses premiers succès, vinrent pour Jorge Ben la désaffection du public et surtout les musiques martiales de la dictature brésilienne qui va tenter d’imposer sa partition à nombre de musiciens… Jorge Ben se rapproche alors du courant Tropicalism, notamment de Gilberto Gil et Caetano Velhoso. Sa carrière repart et son ouverture musicale s’affirme dans un métissage de musique brésiliennes, soul et rock

En 1976 remontant la route des négriers il redécouvre les racines africaines d’une culture à jamais enchaînée aux pieds de la musique brésilienne. Un album comme un hommage, avec un coup de cœur pour cette xica da silva…

Jorge Ben - "Africa Brasil" (1976, Polygram)

"Ponta de Lança Africano"

"Taj Mahal"

"Xica da Silva"

Les Grandes Eaux
Cibo Matto
Un groupe de deux américaines d'origine Japonaise reprenant un standard brésilien, difficile de faire plus métissé. Un mélange qui correspond à merveille à l'âme brésilienne.
Cibo Matto est connu pour ses compos souvent alambiquées. Pas de révolution ici et c'est une reprise étonnamment fidèle à l'original qui nous est livrée. Il est vrai que "les eaux de Mars" a été repris un nombre incalculable de fois et par les plus grandes divas brésiliennes mais Cibo Matto réussit à introduire un je ne sais quoi de fraicheur dans ces eaux de hivernales.
Un titre rare, issu d'une compilation latine de musiciens contre le sida.

Cibo Matto - "Aguas De Marco" tiré de "Red Hot + Latin - Silencio = Muerte" (1996, Nacional Records)

É proibido proibir
tropicalia
Même dans la grande et joviale tribu musicale brésilienne, il arrive qu’on ne se comprenne pas très bien, « Hein ? Quoi Gilberto ?! ». Mais un petit orage vous donne en général un miracle de plus dans l’épatant palmarès discographique venu de ce vaste pays, surtout si celui-ci est tropical.
Tropicália est né à au milieu des années 60 de la volonté de deux hommes : Caetano Veloso et Gilberto Gil, on ne vous les présente plus, de sortir l’horizon brésilien du folk traditionnel, de la bossa nova devenue un peu trop middle class, et d’accueillir les sons libres et déjantés venu d’Amérique et l’Angleterre. Le tout, sous fond de régime dictatorial, voilà de quoi redéfinir l’identité brésilienne par une véritable révolution musicale.

Quand les deux compères expliquèrent à leurs petits copains bossa noviens de Rio (Chico Buarque, Maria Bethânia) que l’avenir musical brésilien se devait de sortir de ses racines traditionnelles, transcender les genres musicaux, aller voir ce qui se fait du côté des ricains et des British pour écraser le nationalisme ambiant, l’enthousiasme ne fut pas franchement débordant. Pour tout dire, on eut un peu de mal à comprendre ce dont diable ils pouvaient bien parler.

Pourtant, rapidement l’école de Bahia fut de la partie et la révolution du son made in Brazil fut bien en route : Os Mutantes, Tom Zé, Jorge Ben, Gal Costa, autant de joyeux compères qui vinrent enrichir le mouvement. Le régime au pouvoir se durcissant à mesure de la ferveur des ‘Tropicaliens’, nombre d’entre subirent arrestations, emprisonnements et parfois même l’exil. Belle revanche que de penser que Gilberto himself est aujourd’hui en charge du Ministère de la Culture dans le gouvernement Lula.

Il y a quelques années de ça, le Barbican Centre de Londres (à la fois salle de concert, galerie d’art et complexe d’appartements reconstruit des suites des bombardements en pleine City of London) dédiait une exposition rétrospective à l’histoire de ‘Tropicália’ et par la même occasion l’excellent label Soul Jazz Records nous en offrait la délicieuse bande son que voici.

Les présentations contextuelles étant faites, il ne vous reste plus qu’à vous plonger dans l’audace et le bricolage psychédélique des genres qui permirent à ce mouvement de poser les bases de la scène musicale brésilienne actuelle (Maria Monte, Seu Jorge, Bebel Gilberto). Un son qui gratte, hulule, fanfaronne, se casse parfois la gueule. Bref, un son qui tranche avec les sons plus lissés auxquels nos oreilles s’étaient habituées pour finalement ravir la fibre brésilienne originelle qui dort en nous.

Various Artists - "Tropicália - A Brazilian Revolution In Sound" (2005, Soul Jazz Records)

Jorge Ben - "Take it Easy my Brother Charles"

Os Mutantes - "Quem Tem Medo De Brincar De Amor"

Gal Costa - "Sebastiana"