Billets pour la catégorie Brazil

Bien Mal Acquis Ne Profite Jamais
Batucada - The Sound Of The Favelas

Notre distingué chroniqueur LRC avait poussé le risque jusqu’à suivre le déplorable match de qualification France-Eire dans un petit pub au centre de l’Irlande… « Jeu de Main, Jeu de Vilains » s’était-il écrié sur ce blog, ayant réussi à échapper de peu à une mise en bière irlandaise, noyé dans un fût de Guinness…

Reprise des cours de morale, deuxième leçon : « Bien mal acquis, ne profite jamais » un enseignement à méditer dans la solitude du voyage retour… Est-il besoin d’en rajouter après la participation des Bleus à ce mondial ? On ne savait plus si l’on suivait un événement sportif, un mauvais feuilleton ou une émission de télé-réalité…

Alors pourquoi un tel échec ? Je ne m’essayerais pas aux fumeuses supputations des 60 millions d’entraîneurs que compte la France, ni mêmes aux hasardeuses relectures du traité de Clausevitz « De La Guerre » par des journalistes prêts à faire d'une pauvre pelouse de foot un Waterloo!

Non, posons-nous la question autrement : pourquoi les brésiliens ont-ils déjà gagné 5 fois cette coupe ?
Au Brésil, depuis sa plus tendre enfance, on baigne dans la batucada. Une nervosité rythmique qui vous forge un jeu de jambes qui, lui, n’est pas vilain…

Illustration avec cette très belle compilation « Batucada - The Sound Of The Favelas » de Mr Bongo et notamment le morceau « Otao E Eu » de Nicos Jaritz, sublime et subtile mélange de batucada et musique capoeira.

Morceau garanti sans vuvuzela...

« Batucada The Sound Of The Favelas » (1996, Mr Bongo)

Nicos Jaritz - "Otao E Eu"

Chauve-souris Carioca
Brazilian Guitar Fuzz Bananas

Le premier morceau, une reprise de Batman suffit à poser le décor. L’ambiance est spatiale à ses débuts, distorsion sidérale d’une chauve-souris égarée dans une cosmologie brésilienne psychédélique avant qu’on ne reconnaisse la signature sonore d’un Batman sous caïpihrina…

Le second choix se portant sur Fabio et son Lindo Sonho Delirante (LSD sur la pochette d’origine), l’ambiance 70’s et le mouvement Tropicalia s’imposent sur cette compilation de Joel Stones, archéo-musicologue nous présentant quelques petites productions brésiliennes.

Il est rare, en musique brésilienne, de mettre la main sur une compilation proposant des artistes talentueux aux sons originaux. C’est chose faite avec cet album. On est pas obligé de porter sa tenue de Batman en sirotant une caïpi pour l'écouter, mais c'est mieux...

« Brazilian Guitar Fuzz Bananas » (2010, Tropicalia In Furs Records)

Celio Balona "Tema De Batman"

Fabio "Lindo Sonho Delirante"

Underwater Love
Smoke City - Flying Away

Bel OVNI dans le ciel de 1997, Smoke City eut une carrière éphémère avec seulement deux albums mais le premier fut précurseur d'un genre de fusion électro-brazilo-world toujours actif sur les ondes.

Ce trio composé de la belle Nina Miranda et de deux musiciens londoniens, Mark Brown et le guitariste Chris Franck, allia avec élégance bossa, électro et trip-hop. Un don certain pour les mélanges doux-amers assez novateur à l'époque. Le premier single de l'album, "Underwater Love" connu un succès international inattendu lorsqu'il fut repris par une pub Levis, réalisée par Michel Gondry.

Si le single monopolisa quelque peu l'attention, l'album recèle de nombreuses pépites dont ce "Numbers", une bossa aux accents de batucada qui fera chavirer tous les dancefloors normalement constitués.

Un bel album d'un groupe qui aurait pu devenir grand mais se sépara trop rapidement. Aux dernières nouvelles Nina joue désormais avec le seul Chris Franck dans un duo nommé Zeep, et écume aujourd'hui les festivals de World Music. On espère tomber sur elle au bar.

Smoke City - "Flying Away" (1997, Sony Music)

"Underwater Love"

"Numbers"

"Mr Gorgeous (And Miss Curvaceous)"

De Chair Et De Sang
Barbatuques - Corpo Do Som

Lorsque le corps se fait voix, on se retrouve avec plusieurs bouches. Ce célèbre proverbe belge se trouve ici merveilleusement mis en application par le jeune groupe brésilien Barbatuques.

Claquements de doigts, battements de mains, tapes sur la poitrine sont la pour nous rappeler que le corps humain est le premier instrument de musique. Ces techniques primales de production musicales sont aussi pédagogiques le groupe ayant participé à de nombreux ateliers au Brésil mais aussi en Europe sur leur méthode musicale de groove organique.

Bientôt en concert avec Bobby Mc Ferrin ?

Barbatuques - "Barbapapa Groove" tiré de "Corpo Do Som" (2003, MCD)

Rio vs CIO
Pele & Sergio Mendes

Si tu vas à Rio
N’oublie pas de monter là-haut
Sur la plus haute marche du podium
Là où se trouve l’or

Les cariocas organiseront donc les JO en 2016, après le mundial de footcheball en 2014. L’occasion de revenir sur le rôle de Pelé, carte maîtresse du jeu brésilien. Un VIP redoutable VRP, tant est grande sa notoriété, au-delà des considérations géopolitiques qui ont prévalu au choix du continent sud-américain.

Pelé, comme d’autre s’est aussi essayé à la musique, un choix risqué. Dribbler avec une balle ne garantit pas de savoir jongler avec les notes. Mais le foot et la samba étant les deux mamelles nourricières de la culture brésilienne, on est moins inquiet.

Pelé, produit par Sergio Mendes, nous interprète une composition personnelle « Meu Mundo E Uma Bola » (mon monde est une balle) tout naturellement… S’il est certainement meilleur dribbleur que chanteur, sa composition et sa prestation restent plutôt sympathiques.

Dans le même registre sportif on peut s’écouter le « Copa Do Mundo » standard anonyme repris par Vinicius De Moraes sur son fameux live à Buenos Aires. Une valeur sûre, dommage que le morceau ne soit pas plus long. On finira avec une petite batucada mélangeant, musique, sons de tribunes et un hallucinant commentaire radiophonique d’un but de… Pelé, à tout seigneur tout honneur.

Si tu vas à Rio
N’oublie pas de monter le son plus haut

Pelé produced & arranged by Sergio Mendes (1977, Atlantic Recording Corporation)
"Meu Mundo E Uma Bola"

Vinicius De Moraes "Live In Buenos Aeres" (1970, Radoszynski Producciones/Random Records)
"Copa Do Mundo"

Grupo Batuque « Samba De Futebol » (1998, Far Out Recordings)
"Torcido Do Flamengo"

La Légende de Toquinho
Toquinho, Guarnieri & Marlene - Botequim

Sans doute le plus grand guitariste brésilien, Toquinho a collaboré avec tous les monstres sacrés de son pays. Tout d'abord avec Vinicius de Moraes, le poète-chanteur-compositeur, personnage presque légendaire de la musique populaire auriverde avec lequel il produira 120 chansons.

Toquinho s'adaptera avec aisance à tous les styles tout au long de la longue et riche histoire de la musique brésilienne. Compositeur prolifique, guitariste génial et généreux: Toquinho a toujours aimé partager la musique et les rencontres. C'est encore le cas sur cet album de 1973, produit avec le compositeur de Rio Guarnieri et la chanteuse Marlene.

Un album qui s'ouvre aux sons du carnaval et de sa batucada, mais aussi aux guitares funk et à la pop. Le tout emballé avec de superbes arrangements de vents et de cordes, quasiment aussi beaux que ceux de Michel Sardou sur "Les Lacs du Connemara".

Un album envoûtant, à la nostalgie lumineuse.

Toquinho, Guarnieri & Marlene - "Botequim" (1973, BGE)

"Meu Tempo e Castro Alves"

"Bobeou, Nao Vai Entender"

"Quanto Vale uma Crianca"

Funky Rio
Os Diagonais - Cada um na Sua

Si je possédais une machine à remonter la teuf, je choisirai volontiers (entre autres) de débarquer dans une soirée samba-funk à Rio dans les années 70. A cette époque la scène brésilienne est très influencée par le son Stax et Motown et mélange allègrement le patrimoine musical auriverde avec les syncopes de guitare et de cuivre des gringos d'amérique du nord.

Le pays est alors dirigé par une dictature d'extrême droite et afficher des sympathies pour les rythmes "occidentaux" n'est pas vraiment vu d'un bon œil par la junte en place. Le mouvement tropicalia étant déja mort en 71, c'est chez les américains que nombre de musiciens brésiliens iront chercher l'inspiration, surtout au niveau des pantalons.

C'est à cette ambience de feu que nous convie cet album de "Os Diagonais" groupe culte au Brésil et qui ne produira que deux albums. Leur leader, le compositeur Cassano, restera actif pendant toute la période 60/70. "Os Diagonais" sera un groupe clairement orienté du côté de chez James Brown, Otis Redding et consorts.

"Cada um na Sua" est le premier album du groupe, un vinyl introuvable puis un CD brièvement republié et aujourd'hui disparu de la circulation. Pour cette raison et compte tenu de sa qualité, voici un lien pour télécharger l'objet: ici. J'avoue ne pas pouvoir me passer de ce "Sai de Lado" au groove infectieux.
Il ne me reste plus qu'a trouver cette foutue machine à remonter le temps...

Os Diagonais - "Cada um na Sua" (1971)

"Sai de Lado"

"Todo Meu Amor"

"Novos Planos para o Verão"

American Bossa
Mosquitos - Boombox

Trio basé à New-York, Mosquitos est d'abord le fruit des amours du guitariste Chris Root et de la chanteuse de Rio Juju Stulbach, qui se rencontrent dans un studio du lower east side. Les tourtereaux sont bientôt rejoint par le clavier de Jon Marshall Smith, lui aussi originaire de la grosse pomme.

Boombox est extrait de leur premier album éponyme, enregistré dans un appartement de la mégalopole brésilienne et fini chez les yankees. Un production donc assez minimaliste, une guitare acoustique, une pointe de boite à rythmes et bien sur la voix aérienne de Juju.

Une musique simple et évidente comme les plus belles rencontres amoureuses.

Mosquitos - "Boombox" tiré de "Mosquitos" (2003, Bar/None Records)

Yé-Mé-Lé-Music-Do-Brazil
Luiz Carlos Vinhas

Sans doute le titre le plus connu du pianiste et compositeur brésilien Luis (ou Luiz pour les lusophones) Carlos Vinhas, ce "Ye-Me-Le" est imparable niveau groove.

Avec ses accents jazzy, ce titre sera d'ailleurs repris sur nombre de compiles de musique brésilienne (enfin tout du moins celles qui ne sont pas vendu à Carrefour avec le string en couverture).

Luís Carlos Vinhas - "Ye-Me-Le" tiré de "Groovy Vol.2" (2009, Irma Records)

Lénine Do Braziou
Lenine - Na Pressão

Lui aussi s'appelle Lénine et partage avec son homonyme bolchévik un même goût de la révolution. Là s'arrête la comparaison, cet artiste n'ayant pour seul projet révolutionnaire que de prendre les instruments et de porter la bonne parole du groove.  

Lénine fait partie de cette nouvelle génération d'artistes brésiliens nourris aux sons modernes et qui ont su les digérer pour mieux les assimiler. Il en résulte une œuvre qui s'inspire autant de la tradition qu'elle la révolutionne. Et si le cocktail Molotov a plus un son de cachaça que de vodka, il embrase tout aussi facilement l'âme et le bassin.

Ce n'est peut-être pas l'Octobre Rouge de la révolution brésilienne, mais ce Lénine a su insuffler une modernité printanière dans le répertoire brésilien. Un Manifeste pour le Groove qui ne manquera pas de rallier les partisans.

Lenine - "Na Pressão" (1999, Disco E Cultura/BMG)

"Jack Soul Brasilero"

"Meu Amanhã"

Vanessa Do Brazil
Vanessa Da Mata - Sim

Rien à voir avec notre Vanessa Paradis. Mais cette petite brésilienne pourrait bien vous donner un goût de paradis si vous croquiez son fruit musical. Vanessa Da Mata est une des chanteuses en vogue de la scène brésilienne, on lui doit une collaboration avec Black Uhuru, et un dernier album sorti en 2007.

Elle y chante en duo avec Ben Harper le magnifique « Boa Sorte ». Mais les bonnes fréquentations de Vanessa ne s’arrêtent pas là, on y croise aussi Joao Donato ou encore Sly Dunbar et Robbie Shakespeare, la meilleure paire rythmique jamaïcaine qui puisse être. Avec de tels parrainages les portes du succès international se sont ouvertes, l’album sortant en France en 2008.

Spéciale dédicace à Tonio des Batignoles qui m’a fait découvrir ce petit fruit brésilien dans lequel j’ai planté mes crocs. Ce fruit là n’est pas défendu, on le recommande, il ne vous chassera pas du paradis, tout juste chassera-t-il vos idées noires…

Vanessa Da Mata - "Sim" (2007, Sony/Discograph)

"Boa Sorte (Good Luck)"

"Baú"

Batucada Teutonne
Virada Batucada Hamburg

Quand l’Allemagne rencontre le Brésil, cela donne parfois d’étonnantes réussites. Mais nous ne sommes pas sur les terrains foulés par les équipes nationales de foot, tragique affrontement des orgueils nationaux dont le perdant verra sa fécondité et ses exportations baisser en même temps que ses psychanalystes devenir rentiers…

Loin des pelouses, au Brésil la rue reste le meilleur terrain de jeu, les équipes de batucada (ensemble de percussions brésiliennes) peuvent y faire montre de leur excellence, on y retrouve la construction d’un jeu collectif comme l’affirmation de quelques individualités. Prenant la balle aux brésiliens et prenant tout le monde à contre pied, l’Allemagne nous offre ici d’insoupçonnables ressources dans l’exercice de la batucada.

L’école allemande dans toute sa splendeur, rigueur technique et puissance du collectif, avec cependant une petite touche de folie dans le jeu. J’apprécie tout particulièrement l’apport des cuivres, dans un jeu en rupture avec la tradition des rues cariocas, mais très groovy. Je ne sais pas si la caïpirhina remplacera bientôt la bière, mais cette blonde a un goût de métisse au tempérament de feu…

Virada - "MoSambaZa" tiré de "You Better Do the Samba!" (1996, Weltwunder Records)