Billets pour la catégorie Folk

L’illustre Inconnu de la Folk
Rodriguez - Cold Fact

Sixto Diaz Rodriguez fait partie de ces énigmes de l’histoire musicale. Comment cet album a-t-il pu manquer son public ? Sa folk matinée de psychédélisme, de blues et soul avait pourtant de quoi séduire ses contemporains en 1970. Il a cependant bien failli passer à la trappe, au rebus des vinyles invendus…

Etonnamment c’est l’Australie et surtout l’Afrique du Sud qui l’ont sauvé de l’oubli. Etrange destin pour ce sixième enfant d’une famille mexicaine installée à Détroit. Rompant avec la culture ouvrière de ses origines, il se lance dans une carrière de songwriter. Suivront deux albums sans succès…

Plus que la fibre artistique, il avait pourtant le talent suffisant pour le succès, si ce n’est la notoriété auprès d’un certain public. Il n’en fut donc rien. Mais ses notes avaient pris leur envol et, par-delà l’Atlantique et le Pacifique, d’autres tympans sauraient en goûter la saveur. On remerciera donc l’hémisphère sud d’avoir entretenu cette petite flamme qui ne demandait qu’à connaître les feux de la rampe.

Sous la cendre du temps, encore chaudes étaient les braises de « Cold Fact », soufflez donc dessus et que fussent la lumière et la chaleur…

Rodriguez « Cold Fact » (2008, Light In The Attic Records)

"Sugar Man"

"Gommorah"

"Hate Street Dialogue"

Neil Jeune
Dominic Sonic

Je n'aurai jamais songé à poster de la Folk française, concept un peu distordu comme les sushi allemands ou les tagliatelles finlandaises.

J'ai cependant redécouvert l'album de Dominic Sonic, qui sommeillait dans ma collection de disques, caché derrière l'intégrale de Demis Roussos en 14 volumes. Un album que j'écoutais en boucle plus jeune, à l'époque ou je pouvais boire les lendemains de cuite (c'est dire si c'est loin).

Les fans de Neil Young verront l'empreinte du géant canadien sur les compositions de Dominic, qui semble en matière de géographie musicale solidement attiré par l'ouest et les grands espaces. Une inspiration indéniable qui s'étend sur tout l'album dont "Rootless Nation" est de loin mon morceau préféré..

Ce n'est pas si grave, les bonnes influences musicales sont un peu comme les séparations à l'amiable: on jette le mauvais et on se souvient encore du meilleur.

Dominic Sonic - "Rootless Nation" tiré de "Dominic sonic" (1990, Barclay)

Pour la Défense de l'Ostréiculture
Joni Mitchell - All I Want

La voix de Joni Mitchell c'est un peu comme les huîtres: on aime ou on aime pas. La dame est néanmoins considérée comme une madone chez le petit peuple folk, plutôt habitué aux chanteurs poilus.

On comprend mieux l'adoration avec ce single aérien tiré de "Blue", son album "référence" pourtant très mal noté à l'époque par Télérama. Ce "All I want", ballade amoureuse bardée de cordes, possède une qualité un peu orientale qui vous donnera immédiatement envie d'embrasser votre chéri(e) et d'allumer des bâtons d'encens.

J'aime bien les huîtres.

Joni Mitchell - "All I Want" tiré de "Blue" (1971, Reprise)

La Grand-Mère de la Folk
Elisabeth Cotten -  Shake Sugaree

Née au 19ème siècle, 1896 pour être exact, Elisabeth Cotten est une géante de la musique Folk. Gauchère, elle jouera de la guitare "à l'envers" toute sa vie (les aigus en haut). Cette manière de jouer fut d'ailleurs baptisée le "cotten picking". Elle apprit cette technique à un jeune age, sans jamais prendre de cours ni de suivre les règle élémentaires d'accordage de l'instrument.

Cotten abandonnera la 6 cordes pendant 25 ans afin de se concentrer sur sa famille. Le hasard fera qu'elle sera femme de ménage dans la famille Seeger (les musiciens de Folk), au début des années 60. Ceux-ci, quelques peu étonnés d'avoir une employée aussi douée, l'inviteront à reprendre la musique. Le nouvel intérêt pour la Folk à cette période la fera monter sur scène, enregistrer en studio et connaître une période de succès, à l'age de 60 ans... Elle recevra un grammy 30 ans plus tard, pour son dernier album "Elizabeth Cotten Live", reconnaissance ultime pour une musicienne qui aura tant contribué à donner ses plus belles lettres de noblesse à la musique préférée des gens barbus.

Autant qu'une voix unique, grave et émotionnelle, c'est aussi un instantané d'histoire qui me fait aimer cette grande dame.

Elisabeth Cotten - "I'm Going Away" tiré de "Shake Sugaree" (1966, Folkways)

Douceur Estivale
James Yuill - This Sweet Love

Un jeune artiste Londonien mélangeant tradition folk et sons électro. Un mélange improbable qui produit l'un de mes morceaux préféré de ce milieu d'année. Merci encore à Rick pour ses suggestions heureuses...

James Yuill - "This Sweet Love" (2009, Moshi Moshi Records)

De L'Importance de Syd Matters
Syd Matters - Ghost Days

Quoi de neuf sur la scène pop française ? Des "star ac' - nouvelle star de mes deux" à foison, une nouvelle chanson française tendance mal rasée (les Delerm, Bénabar, Calogero et consorts) qui essaie de nous faire croire en vain que le flambeau de Brel, Gainsbourg et Bashung se porte toujours haut. Quelle misére.

La France serait-elle condamnée a ne pouvoir exceller que dans les familles jazz, electro et hip-hop ? (remarque ce n'est déja pas si mal). La mélodie est-elle une spécialité anglo-saxonne ?

Heureusement, quelques nouveaux artistes acoustiques ont su se faire une petite place depuis quelques années: Tryo (mouais), Camille (ça va mieux) ou encore le toujours intéressant Yann Tiersen (entre autres). Il est cependant une étoile qui à mon avis domine de la tête et des épaules la scène pop/folk hexagonale: celle de Syd Matters.

De son vrai nom Jonathan Morali, Syd Matters s'est fait connaitre en jouant dans de petits bars avant de remporter le concours CQFD des Inrockuptibles. Maintenant avec 3 albums au compteur, chantant seulement en Anglais, ce musicien confirme qu'il est l'un des plus fins mélodistes de ces dernières années. Son dernier opus, "Ghost Days" est d'ailleurs un achat indispensable à tous les fans de belles mélodies douce amères.
Aujourd'hui accompagné d'un groupe de musiciens, Syd Matters possède sans doute les deux plus grandes qualités du musicien: la simplicité et l'honnêteté.

Syd Matters - "Ghost Days" (2008, Because)

"My Lover's on the Pier"

"Big Moon"

"Obstacles" (tiré de "Someday We Will Foresee Obstacles", 2005)

Syd Matters "A Paris Metro Ticket #7"

Musique d'exception
Augustana - All the Stars and Boulevards

"Coffee And Cigarettes" est un excellent représentant d'un phénomène musical qui m'a toujours semblé assez étrange. Celui qui amène des mauvais groupes à produite de grandes chansons.

Je me suis intéressé à Augustana en écoutant ce titre que j'ai immédiatement adoré, pour sa douceur veloutée et sa simplicité nue. En écoutant plusieurs titres du groupe sur 2 albums différents, il a bien fallu se résigner. Augustana est l'un de ces innombrables groupes tâcheron de rock FM américain, au son stéréotypé et sans aucune imagination. Un peu de guitare (on fait du rock quoi), mais pas trop saturée (faut pas trop effrayer) et des compositions dont la banalité, approuvée par le directeur de la section Marketing, pourra assurer un maximum de ventes.

"Coffee And Cigarettes" en devient un titre encore plus touchant: un instant de glisse dans la journée d'un laboureur.

Augustana - "Coffee And Cigarettes" tiré de "All the Stars and Boulevards" (2005, Sony)

Parmi les Etoiles
Big Star - Number 1 Record

Le groupe américain Big Star d'Alex Chilton et de Chris Bell a été souvent référencé comme l'une des influences majeures de nombres de ses contemporains ainsi que de la scène alternative américaine des années 80 (REM et consorts). Le groupe connaitra un échec commercial retentissant qui ira de pair avec sa réputation croissante (un peu l'inverse de Johnny Halliday) et se séparera après seulement 2 albums et beaucoup de factures impayées.

Issu de leur premier album, "Thirteen", qui décrit les affres de l'adolescence et la joie des crèmes anti-acnéiques, est l'un de leur titre les plus Folk et sans doute mon préféré avec sa mélodie douce comme un cul de danoise.

Big Star - "Thirteen" tiré de "Number 1 Record" (1972, Ardent)

Buffalo Soldier
Grant Lee Buffalo

Un groupe de LA qui ne sortira que 3 albums mais dont le son, mélange de country et de folk est unique. Le chanteur Grant Lee Phillips connaitra par la suite une carrière solo honorable.
Issu de leur premier album, Fuzzy est un grand titre, atmosphérique et déchirant.

Grant Lee Buffalo - "Fuzzy" (1993, Slash Records)

Buenos Aires - Göteborg
José Gonzalez

Avec la mort du président Perón en 1974, alors qu'il entamait son troisième mandat, l'Argentine connu une période d'instabilité et de grande violence politique. La veuve du président, Isabel Perón, (à ne pas confondre avec Madonna, enfin je voulais dire Evita, sa deuxième femme), reprit les rènes du pouvoir. Incapable de gérer un pays tiraillé par des guérillas d'extrême gauche et d'extrême droite, elle finit par être déposée par l'armée, qui entreprit bien évidemment de "nettoyer" le pays de ses infâmes groupes gauchistes, sous l'oeil bienveillant de Washington.
Il en résulta l'une des périodes les plus sombres du pays durant laquelle nombre d'Argentins "disparurent" ou durent quitter le pays.

C'est ainsi que les parents de José Gonzalez atterrirent en Suède en 1976. José fut bien sur élevé au biberon de la musique latine mais fourbit ses premières armes dans des groupes rock locaux. En 2003 est publié son premier album, Veneer, oeuvre néo-folk parue dans son pays d'adoption dans l'indifférence générale.
Coup de théatre deux ans plus tard lorsque le label sort l'album dans le reste de l'Europe et aux US. La scène Anglaise particulièrement adoptera rapidement l'album alors que José est toujours étudiant à Göteborg.

Une musique simple et puissante, qui recèle plus que son titre fétiche "Heartbeat" qui sera remarqué par un publicitaire, et utilisé pour une pub Sony.
Disque d'or et télé gratuite pour José.

José Gonzalez - "Veneer" (2003, Hidden Agenda)

"Heartbeats"

"Lovestain"

Futur Antérieur
Leonard Cohen The Future
Pour etre honnête je ne suis pas président du fan club de Leonard Cohen. Cela est du sans doute à une overdose de "Suzanne" pendant mon enfance, joué jusqu'à l'épuisement par une fille au pair Allemande en charge de mes culottes courtes et de mon approvisionnement en Nutella.
Il aura fallu l'écoute de l'album "The Future" paru en 1992, pour me faire définitivement changer d'avis. Tout comme Bob Dylan, Leonard électrifie ses compos sur le tard et le changement lui sied à ravir.
Toujours cette voix rauque, un piano électrique tout en rondeur, des choeurs gospéliens et puis un violoncelle qui joue à cache cache. Il n'en faudra pas plus pour me transformer en fanatique de ce morceau.

Ce titre sera popularisé par Oliver Stone qui l'utilisera pour le générique de fin de son "Natural Born Killers". Je joins un extrait des paroles, poésie élégante et provocatrice dont le propos est malheureusement plus que jamais à l'ordre du jour.

Give me back my broken night
my mirrored room, my secret life
it's lonely here,
there's no one left to torture
Give me absolute control
over every living soul
And lie beside me, baby,
that's an order!
Give me crack and anal sex
Take the only tree that's left
and stuff it up the hole
in your culture
Give me back the Berlin wall
give me Stalin and St Paul
I've seen the future, brother:
it is murder.

Leonard Cohen - "The Future" tiré de "The Future" (1992, Sony)

Le Pays Merveilleux où l’Herbe Chante
Lonely Drifter Karen
Ce titre n’est pas la nouvelle campagne de pub de l’office de tourisme jamaïcain, c’est l’univers de ce trio : une chanteuse autrichienne, porteuse du projet, un pianiste espagnol et un percussionniste italien. L’Europe va bien, et pas besoin d’un référendum pour approuver ce projet, l’écoute vaut approbation.

Ces considérations géopolitiques faites, on appréciera le son de ce trio aux confluences de la pop, du jazz et d’un univers poétique dont témoigne le titre de l’album « Grass is Singing ». De quoi se retrouver propulsé hymne national jamaïcain…

Mais on s’égare dans les latitudes, regagnons quelques degrés au nord pour écouter ce son plus européen mais non moins métissé. A écouter le premier morceau et son coté conte pour grands enfants pas sages sous narcotiques… Oui vraiment ce monde est fou !

Lonely Drifter Karen - "Grass Is Singing" (2008, Crammed Discs)

"This World Is Crazy"

"Salvation"