Billets pour la catégorie Folk

Le Pays Merveilleux où l’Herbe Chante
Lonely Drifter Karen
Ce titre n’est pas la nouvelle campagne de pub de l’office de tourisme jamaïcain, c’est l’univers de ce trio : une chanteuse autrichienne, porteuse du projet, un pianiste espagnol et un percussionniste italien. L’Europe va bien, et pas besoin d’un référendum pour approuver ce projet, l’écoute vaut approbation.

Ces considérations géopolitiques faites, on appréciera le son de ce trio aux confluences de la pop, du jazz et d’un univers poétique dont témoigne le titre de l’album « Grass is Singing ». De quoi se retrouver propulsé hymne national jamaïcain…

Mais on s’égare dans les latitudes, regagnons quelques degrés au nord pour écouter ce son plus européen mais non moins métissé. A écouter le premier morceau et son coté conte pour grands enfants pas sages sous narcotiques… Oui vraiment ce monde est fou !

Lonely Drifter Karen - "Grass Is Singing" (2008, Crammed Discs)

"This World Is Crazy"

"Salvation"

Le Loup est dans la bergerie
 Le Loup

Jeanne d’Arc y tira sa dernière révérence, Victor Hugo conta la ville aux cent clochers. Malgré cette prédisposition historique à mettre le feu sur scène, Rouen, puisqu’il s’agit d’elle, est parfois connue comme la belle endormie… Il en est pourtant certains qui essayent de la réveiller, non je ne faisais pas référence au spectaculaire changement de majorité municipale, quoique… Je pensais plutôt à quelque chose de plus discret, plus en profondeur…

Tout cela se joue à quelques mètres sous les pavés, dans une cave voûtée, où l’association Avis De Passage s’adonne à ses basses œuvres, promouvoir une scène musicale alternative. Et il faut reconnaître que cette association de bénévoles s’en sort bien avec une programmation pointue, réussissant à faire venir de loin les talents émergeants des scènes pop & folk.

On en viendrait même à croire que certains traversent jusqu’à l’atlantique, pour venir faire une date à Rouen à l’invitation d’Avis De Passage, quitte à faire une petite tournée européenne histoire d’amortir le billet… C’est ainsi que l’on a pu voir, tout droit débarqué de Washington, Le Loup, collectif de 8 musiciens électro et acoustique, entraîné au son du banjo dans un univers folk original au groove contagieux sur scène.

Et à la nuit tombée, Le Loup fut dans Rouen et confiant les agneaux se retrouvèrent dans la cave voûtée, se jetant, tympans consentants, dans la gueule du loup…

Le Loup - "Canto 1" tiré de "The Throne of the Third Heaven of the Nation’s Millennium General Assembly" (2007, Hardly Art/Talitres Records)

L'évangile des Pirates
Alela Diane
Jeune pousse de la folk américaine, Alela Diane éclot de cet album « The Pirate’s Gospel ». Rien à voir avec les célèbres chants religieux, reste donc une traduction plus littérale, l’évangile des pirates… Un titre des plus évocateurs, on se croirait sur l’Ile de la Tortue avec ses dix commandements de la piraterie, tu convoiteras le bien d’autrui, tu voleras, tu diras « casse toi pauvre con » à ton prochain, pour n’en citer que quelques uns…

Mais on s’égare, cette dame de la folk n’a rien à voir avec ces rustres de la piraterie, si ce n’est peut être l’étendard noir de son indépendance musicale. Un album produit en famille en 2004, un travail on ne peut plus artisanal en phase avec cette famille hippie où la petite Alela a plutôt écouté ses parents musiciens que MTV. Le père à la production, le petit frère aux chœurs pour une diffusion au final de 650 exemplaires, juste de quoi alimenter la famille, les amis, les relations et les fréquentations…

Le bouche à oreille et le buz sur la toile feront le reste, finalement en 2006 l’album sort aux states, la contagion gagne la France en 2007. Elle y fait d’ailleurs une tournée, le 18 avril à Rouen en première partie de Yaël Naim, une très belle affiche du Studio 106, j’y serai…

Il y a cette folk aux sons graves et nostalgiques, mais il y a bien plus, une voix, une émotion, un évangile qui devrait en convertir plus d’un.

Alela Diane - "The Pirate’s Gospel" (2006, Holocene Music/Names records)

"The Pirate’s Gospel"

"Clickity Clack"

I See Green People
Waterboys - Fishermans Blues
C'est à saines lampées de Pelforth Brune (bière que je n'avais pas bu depuis la date de parution de cet album) que je lance mon appel ce soir aux indécises muses du blogueur fatigué. Je ne prendrai même pas l'excuse du match de Rugby ou l'on doit afficher une alcoolémie de rigueur: une semaine de dur labeur pour gagner moins, une femme celte absolument pas intéressée par le sport et 2 bouteilles de St Joseph sont responsables de ma présence en face d'un ordinateur ce soir.

Mais ceci n'est qu'une introduction pompeuse à mon sujet du jour, enfin plutôt du soir: les Waterboys.
Combo Irlandais, ceux-ci ont eu la bénédiction du groupe qui sort un single culte dés le premier album (le "Girl called Johnny", 1983). Je devrais dire celui-ci puisque derrière ce porte-nom se cache en fait un seul homme, le compositeur Mike Scott, dont la voix de lycanthrope fait merveille sur une électro-pop finalement assez en avance sur son temps.

Cinq and plus tard, l'album "Fisherman's Blues" est un virage à 360 degrés, un retour à la terre: quasi-chiraquien. Faisant fi des synthés DX7 et des boites à rythmes, Mike envoie sa troupe en stage commando à l'ouest de l'Irlande.
Au menu: les embruns de l'atlantique, cure de violon, une bonne dose de country américaine et de musique traditionelle. Le blues de l'homme blanc quoi.

Certes le titre exact est "Blues du pécheur". Avec Bernard Lavilliers nous avons eu un prétendant potentiel à ce style. Malheureusement, Nicolas Sarkozy pouvant toujours sortir un chéquier de l'hélico en cas de conflit social, le genre musical marin ne s'est jamais véritablement popularisé en France. A part sans doute Eric Morena.

"Fisherman's Blues" est un album sérieusement Irlandais: balade le matin pour se prendre le vent dans la tronche et les embruns dans l'âme.
Le résultat est sans doute un chef d'oeuvre du genre: une ode à la pluie, la lumière oblique et les amours perdues.

Allez les verts.

The Waterboys - "Fisherman's Blues" tiré de "Fisherman's Blues" (1988, Chrysalis)

Au Vert
Dublin
Je dois dire que mon projet d'article depuis l'Irlande est un peu passé à la trappe.
J'étais parti dans un esprit photo-reporter de l'extrême, prêt à affronter les tournées de Guiness et les précipitations sporadiques pour ramener un article de Noël pour vous, public... Essayer de capturer l'essence des fêtes version celte.
Des vidéos de Bono nu, l'ivresse féminine dans les pubs ou encore Carla Bruni assaillie par un nain lubrique: j'étais fin prêt à tous les sujets.
Un avion raté, 40 pintes et une dinde plus tard, je n'ai pu réaliser le reportage à chaud que je souhaitais. Le corps, ce temple ingrat, ancien chef d'oeuvre maintenant en péril, m'a abandonné. D'ou ce pauvre article sur mon séjour de presque deux semaines au pays de la harpe et du vomi dans la bonne humeur.

Toute cette étendue plate, venteuse et arrosée me rend toujours nostalgique. Limite poétique. Alors plutôt que de longs discours, qui de toute façon ne pourront pas égaler la puissance évocative de Sardou et ses "Lacs du Connemara", rien ne vaut un extrait stéréophonique.
C'est donc la folk décalée de l'américain "Bon Iver" (à prononcer à la française), qui a accompagné la brique rouge et la lumière irlandaise.

Bon Iver - "Skinny Love" (album à paraitre)

Les Charmes Discrets de la Dépression
Nick Drake - Pink Moon
Rêvons un instant qu'il me soit donné d'apposer mon étiquette perso sur les disques en rayon. Vous savez les stickers de plus en plus envahissants qui maculent généreusement les galettes qui se veulent incontournables. Quelque part entre les petites clefs dorées de télérama et l'effarant « écouté et approuvé par les inrocks » ( j'attendais justement ton autorisation duc .. ), je collerais sur les albums de Nick Drake un très préventif « neurasthéniques s'abstenir »

Il faut dire que la production de Nick Drake si éphèmère qu'elle fut, était sérieusement plombée par une profonde ... mélancolie. Trois malheureux albums, c'est tout. Autant d'échecs commerciaux. La reconnaissance ne sera que posthume et encore elle sera toute relative.
Comme d'autres, il ne sera adulé que par ses pairs et quelques initiés. La postérité ne le sauve pas réellement. Elle est conne la postérité.

Trois albums sublimes en fait, trois fulgurances étranges, décalées par rapport à leur époque (début 70), qui ne se rattachent à aucun mouvement contemporain. Du très produit : « Bryter Later » (on avait d'ailleurs à l'occasion convoqué un certain John Cale aux arrangements, lequel s'était déjà affranchi du rôle étriqué de bassiste d'un groupuscule souterrain New-Yorkais à mon avis largement surestimé) au chef d'oeuvre dépouillé « Pink Moon » sur lequel il posait son timbre doux et velouté accompagné de sa seule guitare (pas manchot soit dit en passant).

Rien d'étonnant à ce que cet élégant jeune homme tire finalement sa révérence de son plein gré en 1974.
Fin de la dépression. Rideau. Restent trois albums à (re)découvrir.

Nick Drake - "Cello Song" tiré de "Five Leaves Left" (1969, Island Records)

Nick Drake - "From the Morning" tiré de "Pink Moon" (1974, Island Records)

Objet Groovant Non Identifié
The Adventures of Ghosthorse and Stillborn
Au départ, Cocorosie un duo plutôt folk-pop, assez psyché, créé en 2003 autour des 2 sœurs: Bianca "Coco" et Sierra "Rosie" Casady. Cet album, 3ème opus du groupe américano-canadien, est l’occasion d’une ouverture sur d’autres influences.

Pas de doute l’ouverture et le métissage sont au rendez-vous, à tel point que l’on a du mal à qualifier le résultat, notamment sur une des sélections en écoute: Japan. On croirait des hobbits, tout droit sortis d’un univers à la Tolkien, s’essayant au Dub après avoir dégusté une omelette aux amanites tue-mouche accompagnée d’elixir elfique…

Enigmatique composition de ce duo de malicieuses sorcières, à l’image de l’album, autant torturé que mélodique. La sœur Bianca fut élevée dans la tradition des indiens Anasazi par sa mère et son beau-père « Aigle du Ruisseau Guérisseur », ceci expliquant peut-être cela… On feindra à peine la surprise en apprenant que l’album a été enregistré en Islande avec le producteur de Bjork…
Parfait pour le tea-time en relisant « Alice au Pays des Merveilles », vous prendrez juste soin de remplacer la bergamote par le peyotl dans votre thé…

CocoRosie - "The Adventures of Ghosthorse and Stillborn" (2007, Touch and Go Records)

"Rainbowarriors"

"Japan"

I Will Survive
Rough Trade - Counter Culture Vol.4
Certes, pour tous les hommes hétérosexuels et les femmes peu curieuses, recevoir une sodomie peut paraitre rebutant.
Surtout pratiquée par les anglais tous les 4 ans.

Pour tous les autres, vous pourrez détendre vos muscles anals (ou dit-on anaux ?) ce dimanche, jour du saigneur, sur ce morceau simple et génial des Ambrose Tompkins.
Un groupe de jeunes anglais jouant de la musique de vieux américains.

Une beauté d'outre-manche à oublier les roses.

Ambrose Tompkins - "Running on Grass" tiré de "Rough Trade - Counter Culture Vol.4" - (2005, Mute)

Elliott Smith Of Course
either/or
Par ou commencer ? Autant débuter avec le meilleur, le roi de la ballade lacrymale, l'homme aux bracelets de cuir et au coeur blessé: feu Elliott Smith. De son vivant, le compositeur est passé du statut de génie inconnu à celui de star potentielle mais improbable. Cela par la grâce du réalisateur Gus Van Sant, lui aussi originaire de Portland, Oregon, et fan inconditionnel qui décida d'incorporer une vieille chanson d'Elliott "Miss Misery" sur la bande originale de son fim "Good Will Hunting". Ce bijou folk vaudra à Elliott une nomination aux Oscars alors qu'il préfère de loin l'obscurité à la lumière.

Cependant cette renommée permettra au songwriter d'être découvert par les majors. "Speed Trials" est tiré de l'album "either/or", dernier opus de la période indépendante et qui annonce déja le chef d'oeuvre que sera "XO", publié 18 mois plus tard.

Une voix qui semble toujours prête à tomber, un talent naturel pour l'abime, et des mélodies à faire pleurer des cadres du FN: bienvenue chez Elliott Smith

Elliott Smith - "Speed Trials" tiré de "either/or" (1997- Kill Rock Stars)