Billets pour la catégorie Groove

Freddy s'envoie en l'air
Freddy McQuinn - Exile on Brick Lane

On doit a Freddy McQuinn, dj parisien exilé à Londres, quelques prestigieuses collaborations avec des artistes comme Kezhia Jones ou M ainsi que quelques autres noms. Il était normal qu'après ces premiers faits d'armes, Freddy ait eu envie de voler de ses propres ailes. Avec "Exile on Brick Lane" il prend enfin son envol, pas de crash au décollage, juste quelques scratch au mixage...

On survole les terres de la pop, du jazz et du funk avec le commandant McQuinn aux platines. C'est certes son premier album solo mais on sent que l'homme a quelques heures de vol en studios. Le voyage est donc plutôt agréable, sans trous d'air ou couacs, de toute façon ce Paris-Londres ne passe pas par Rio.

Pour son premier vol solo notre commandant McQuinn démontre que son titre n'est pas usurpé. Des ambiances crooner jazzy ou bien pop et aériennes, on plane dans une atmosphère à la sérénité groovy.

Freddy McQuinn - "Exile on Brick Lane" (2009, Tumba Republic Records)

"Sixteen Pints"

"Sex Obsession"

"Chasing Rainbows"

Visions sous Mescal
Quetzal - Vision

Le Quetzal est un oiseau des latitudes tropicales aux plumes éclatantes, Mayas et Aztèques le vénéraient comme sacré. Ne survivant pas en cage, il symbolise la liberté, peut-être Prévert utilisait-il une plume de quetzal pour écrire comment peindre un oiseau en cage...

Sous les plumes de ce "Quetzal" on retrouve un certain A.Rolando, inconnu mais visiblement pas le genre à se laisser enfermer dans une cage. Cet oiseau là aime les grands espaces, aux temps chauds on le voit survoler les terres du hip-hop et de la soul. L'hiver venu, la migration est aux sons latins.

Voyage initiatique qui verra la route du Quetzal croiser celle du Mescal, dieu éthylique du panthéon mexicain... Cette fameuse bouteille avec son vers au fond que le courageux, ou l'inconscient, avalera à ses risques et périls...

Quetzal - "Vision" (2009, Tumba Republic Records)

"She's Spicy"

"On The Road (Feel Pretty Good In Myself)"

"The volume (flying over Brentford road) - interlude"

"Quetzal - When I'll Be Back - Outro Featuring Dy"

Adriaaaaan !
Menahan Street Band - Going the Distance

Paru en 1976, le premier "Rocky" est devenu un classique. Un Stallone alors au début de sa carrière et qui s'identifie totalement à son personnage de "working class hero" et un réalisateur efficacement sobre, John G. Avildsen, qui ne fit plus rien par la suite à part l'ignoble "Karate Kid".
Et puis ce final atypique tout en sang et en sueur auquel ne nous ont ont pas habitué les américains, plutôt adeptes du happy-end. Le succès planétaire du film donnera malheureusement naissance à 5 suites pas vraiment indispensables: Rocky II la revanche, Rocky III contre le chauffeur de l'Agence tous risques, Rocky IV contre le méchant caucasien communiste...

Part intégrale du succès du premier volet, la musique de Bill Conti restera dans les mémoires. Tout le monde se souvient de la scène de la montée des marches du musée de Philadelphie, qui me donna envie pendant 10 minutes de faire du jogging.

C'est donc la belle relecture de l'un des thèmes du film à laquelle je vous invite, interprété par le Menahan Street Band. Ce collectif de Brooklyn est à forte tendance cuivrée et est composé de musiciens qui sont les piliers du label Daptone Records, dont la mission est de continuer à faire vivre la musique Soul dans notre monde qui en manque cruellement.

Adriaaaan !

Menahan Street Band - "Going the Distance" tiré de "Make the Road by Walking" (2008, Daptone/Dunham Records)

Jackson 4
Michael Jackson

L'évènement de la journée est bien évidemment la mort hier soir de Farah Fawcett, l'une des héroïnes de la série "Drôle de Dames". Je voulais d'ailleurs poster un nouveau podcast aujourd'hui mais ce sera pour la semaine prochaine, faute de temps, au vu de l'urgence.

Trêve de plaisanterie douteuse, le roi de la pop est mort, vive le roi ! Lorsque j'étais adolescent, beau et en bonne santé, mes potes branchés écoutaient Joy Division, The Cure ou Bauhaus alors que moi, pauvre grooveur, j'étais bloqué sur Michael Jackson, en proie à tous les sarcasmes. Evidemment ce choix était bien moins "cool" vu le nombre astronomique d'albums de Thriller écoulé à cette période. J'en parle d'ailleurs toujours à mon psy.

J'ai cependant toujours été fasciné par le personnage. Probablement le seul humain a avoir été mondialement célèbre depuis sa petite enfance, il n'aura finalement pas été très étonnant qu'il soit devenu quelque peu bizarre avec l'age. D'où le choix d'une photo un peu ancienne pour illustrer cette nécrologie, du temps ou Michael était encore un peu noir et ressemblait à un habitant de cette planète. On passera sous silence les fâcheuses accusations de pédophilie, vu que l'on n'est pas trop sur si Jacko a été une victime facile pour certains afin de lui soutirer quelques millions de dollars ou alors un star-enfant perdue, jadis maltraitée par un père abusif, et dotée d'une sexualité quelque peu pervertie. Sans doute un peu des deux...

Les amateurs de musique retiendront surtout une bête de scène et un compositeur multi-instrumentiste hors-pair qui aura collaboré avec les plus grands producteurs, au premier rang desquels l'immense Quincy Jones, son père spirituel. "Off the Wall" et "Thriller" seront sans doute ses deux plus grands albums, un mélange de Funk, Soul et Disco avec une touche de Jazz qui accoucheront de multiples classiques et constituent l'un des piliers de la musique noire américaine, donc de la musique tout court.

Michael Jackson n'aura pas produit grand chose d'intéressant dans les dernières années avant sa mort mais la ligne de basse de "Billie Jean" ou l'hymne disco "Don't stop till get enough" resteront gravés à jamais, que l'on n'aime ou pas le chanteur. Et puis 750 millions d'albums vendus, c'est quand même "respect".

Finalement sa mort m'aura touché plus que je ne l'aurai pensé. Autant que la tristesse de voir un grand musicien nous quitter, sans doute suis-je aussi atteint de la nostalgie du temps qui passe...

Michael Jackson - "Don't Stop til get Enough" tiré de "Off the Wall" (1979, Epic Records)

Musicothérapie
Clutchy Hopkins - Brother John

"Music is my Medecine" est une des dernières sorties d'Ubiquity, petit label agitateur de molécules de son, industrie pharma-sonique cherchant à lutter contre le mal-groove et la neurasthénie rythmique. Aux éprouvettes et à la piqûre Clutchy Hopkins & Lord Kenjamin, un duo qui nous ouvre les voies de la guérison.

Les botanistes s'accordant à vanter les mérites pharmacologiques de la flore jamaïcaine, on ne s'étonnera point d'en découvrir dans cette potion. On sait peu de chose sur qui se cache derrière la blouse blanche, secret médical oblige? Plutôt caprice de l'artiste...

Peu importe le prescripteur, cette médecine est sans ordonnance, sans effet secondaire et cela cela ne creuse même pas le déficit de la sécu. Pourquoi se priver d'en abuser...

Clutchy Hopkins meets Lord Kenjamin "Brother John" tiré de "Music Is My Medecine" (2009, Ubiquity)

Porto Dantesque
Sporto Kantes Act 1

L'abus d'alcools et de sons est parfois source de méprise, Il était tard, nous étions en soirée et dans la furie du son je crois entendre "un porto dantesque"... Quelque peu surpris par la réponse je reste couac quelques secondes avant de crier par dessus la musique au DJ mon peu d'intérêt pour le porto et de lui redemander quel cd passe. Quand j'entends enfin "Sporto Kantes"...

Il s'agit d'un duo, Benjamin Sportes et Nicolas Kantorovwicz. Ils nous offrent un grand millésime, mais point un Porto. Ils sont français, mais sans terre, sans terroir, ouvert aux influences. Aux vents mauvais des sons électro, dub, rock, ragga et autres, la plume s'agite et noircit quelques belles partitions. Un duo doué, un bricolage d'instruments et samples, bric à braque de sons aux univers richement colorés, déteignant d'un psychédélisme latin avec "Mundo" et son "vous êtes folle, vous devriez vous faire soigner ma petite". Mais la folie sait parfois se parer de ses plus beaux atours.

A mon avis cet "act.1", premier opus de leur trilogie est peut-être leur meilleur. Il est en tout cas devenu un incontournable de cette génération de musiciens français brassant samples et influences dans un joyeux patchwork de sons.

Sporto Kantes - "Act 1" (2001, Catalogue)

"Party"

"Mundo"

"Car Video"

"Buster"

Donut Français
Mister Modo & Ugly Mac Beer - Modonut

Le donut, un beignet, est l'apport calorifique favori de Homer Simpson. Le Modonut dont je vous parle est un délice de galette de vinyle, c'est riche mais léger. En cuisine: un duo. L'un, Mister Modo, est un esthète de la ligne de beat et des samples 60's et 70's. L'autre, Ugly Mac Beer, j'adore son nom à étancher un pilier irlandais déshydraté; l'autre est donc un scratcheur de première, un doigt de fée du vinyle et un producteur. A l'écoute du son et de la qualité, les deux pourraient être new-yorkais; c'est français...

Modonut, leur dernière production, peut-être un peu vite affiliée à la famille rap, trop réducteur, est un opus d'excellente facture comme je les aime, de bons samples, un métissage de sons et un bon esprit. Un savant mélange de rap, de soul et d'extraits de musique de film. Il règne d'ailleurs un esprit de BO sur cet album avec tous ces petits morceaux et boucles qui servent d'intermèdes musicaux (30 titres sur le cd).

Un métissage qui trouve sa meilleure expression avec "Not Afraid", sur des samples très BO, un rien de Morricone, la voix soul de Jessica Fitoussi vient enflammer de groove ce morceau. Le "Mister Dynamite", hommage à James Brown, est aussi un brûlot pour dance-floor. Un univers construit comme un patchwork musical. On pourrait craindre un énième rapiéçage à coup samples mal cousus, la partition se révèle être une étoffe de grande qualité.

Mister Modo & Ugly Mac Beer - "Modonut" (2009, Kif Records)

"Not Afraid"

"Mister Dynamite"

"Springtime for the Soul"

"Cigarillo"

Made in China
Chinese Man - The Groove Sessions Volume 2: 2007-2009

Made in China... Une mention qui ne manquera pas d'effrayer la ménagère de mois de 50 ans, peu portée sur le lait de nourrisson à la créatine, ainsi que d'agiter l'homme politique succombant aux sirènes du protectionnisme. Et pourtant...

Chinese Man, un collectif découvert en lisant le petit Livre Rouge des Chroniques de Mao LRC, notre grand timonier du mix révolutionnaire. Bon Mao habite Paris, même pas le XXIII°, et les Chinese Man sont marseillais... C'est Massilia, cité maritime millénaire ouverte au monde, le scratch du dj se fait cigale et la jungle de fils et d'ordinateurs est sa garrigue.

Ce pastis détonne donc avec son arôme de trip-hop romarin et ses touches de dub au thym. Rien de frelaté, c'est de la bonne distillation. Avec pareille production on ne doit plus craindre pour notre santé ou notre part de marché. Pas besoin de quotas d'immigration ou d'importation, on devrait même pouvoir exporter ces Chinese Man sur les terres de l'Empire du Milieu...

Chinese Man - "The Groove Sessions Volume 2: 2007-2009" (2009, Chinese Man Records)

"Intro"

"Ordinary Man" (feat White Jive)

"Outro"

Le Plein de Diesler
Diesler - Tracks on the Rocks

Dernière sortie du DJ producteur Jonathan Radford, aka Diesler. Ce Tracks on the Rocks est de ces cocktails qui se laissent boire, avant qu'on ne comprenne, trop tard, que le beat vous  est monté aux neurones.

Un album où l'artiste remixe les uns quand les autres le remixent, sorte de version musicale de l'arroseur arrosé, où le groove coule à flot. Des mix irrigués de  hip-hop, funk, afro, le tout vitaminé d'électro, ça fait circuler le sang et ça vous chauffe les tympans.

Certains esprits malins ne manqueront d'arguer que le Diesler n'est peut-être pas  le meilleur des biocarburants... Mais remixer n'est-ce pas déjà recycler ?

Diesler - "Tracks on the Rocks" (2008, Freestyle Records)

Kidkanevil "Kranium Rock" (Diesler remix)

Diesler "Revelations" (Jazzinvaders remix)

Portail Temporel
Timewarp Inc. - Groovy Booty

Peu d'informations sur ce collectif de musiciens, si ce n'est qu'ils sont d'Athènes et semblent éprouver un amour immodéré pour le funk US 70's.

Des influences donc saines pour un son à la fois moderne et vintage, qui devrait faire plaisir à tous les fans de blaxploitation et autres grooveries instrumentales.

Timewarp Inc. - "Groovy Booty" (2009, Timewarp)

"Cinemafilm"

"Dazour Cotaz"

"Afrofunk"

Nat King Mix
Nat King Cole - Re Generations

Né en 1919, Nathaniel Adams Coles fut un des 5 survivants, arrivé à l'âge adulte, d'une famille de 13 enfants, les choses n'étaient donc pas évidentes au départ... Un père pasteur et une mère responsable de la chorale sauront pourtant nourrir l'éducation musicale du petit Nat, le reste appartient à l'histoire, Nathaniel est devenu Nat King Cole...

Mort en 1965, Nat n'en finit pas de hanter les partitions. On se souviendra de sa fille Nathalie Cole, présente sur l'album, qui en 1995 obtenait un Grammy Award pour un album en duo virtuel avec son père et même un clip, magie du montage...

C'est maintenant la nouvelle génération qui rend hommage au grand crooner. Exercice périlleux, on ne compte plus les artistes aux "Tribute" mièvres et remix lénifiants... Il y en a pour tous les gouts sur cet album mais au détour des saveurs il en est certaines qui restent.

Nat King Cole - "Re:Generations" (2009, Capitol)

"Hit That Jive Jack (Souldiggaz Mix)"

"Day In - Day Out (Cut Chemist Mix)"

Octet de Swing
Electro Swing

Le swing est une ubiquité linguistique qui accepte nombre de réalités. Ne dit-on pas "ça va swinguer" d'une chose ou d'une autre ? Expression peut-être plus très en vogue mais largement accepté par l’usage. Témoignage culturel de l’importance qu’a eu le swing dans la musique.

Désignant au départ une technique de jazz plus balancée, le swing finira par devenir un style à part entière très en vogue dans les années vingt et trente. Mais au delà des courants le swing est avant tout un ressenti de la musique, un groove d'avant garde, un abandon du corps et de l'âme dans la musique. A l'infortunée lui demandant "Qu'est-ce que le swing",  on prête à Louis Amstrong cette réponse:  "Si vous avez à le demander, vous ne le saurez jamais !"

Passé de mode le swing est pourtant resté en vogue dans le ressac des vagues musicales, traversant les époques il pointe à nouveau sa partition dans la mouvance électro. En témoigne le succès d'artistes comme Chinese Man, G-Swing ou Caravane Palace présents sur cette compilation de remix et déjà chroniqués sur UM, sans parler de Moondog ici remixé par Mr Scruff.

Une excellente sélection qui réserve bien d'autres surprises, un groove gorgé de vieux sons et d'un beat électro des plus efficaces. L'album qui réconciliera les 7 à 77 ans sur le dancefloor !

A quand l'absinthe dans nos supérettes ?

"Electro Swing" (2009, Wagram Music)

Mr Scruff - "Get a Move On"

Chinese Man - "Artichaut"

Waldeck - "Memories"