Billets pour la catégorie Jazz

Le Big Bang de Jullien
Big Julien - Riviera Sound n°1

Trompettiste, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre, l’homme ne manque pas de souffle… Il en a soufflé quelques notes et arrangé bien des partitions avec les plus grands, de Charles Trenet à John Lennon en passant par Count Basie ou Quincy Jones…

Ivan Jullien fera les beaux jours de la scène jazz française dans les années 60 et 70. Son album « Riviera Sound n°1 » est d’ailleurs un gotha des pointures de l’époque, le compositeur pianiste Michel Colombier, l’organiste Eddy Louiss, le pianiste Maurice Vander…

Ce Big Band est une machinerie parfaitement huilée, aux cuivres rutilants et au groove incendiaire. Un jazz aux accents de BO et aux intonations psychédéliques, la partition décrypte une musique, fiévreuse et nerveuse.

Big Jullien à le cœur gros et l’hémoglobine joyeuse autant que généreuse. Un sang gorgé de cuivre plutôt que de fer dans une voluptueuse tachycardie.

Big Juillien & His All Star « Riviera Sound N°1 » (1970, Sonorama Records)

"Crescendo"

"Pace"

Descendance
Best of Grant Green

Certains albums apparaissent dans notre vie comme des amants ou de nouveaux amis : ils sont tout de suite évidents, familiers et en même temps neufs.

Ce fut le cas avec le "Hand on the Torch" de US3, mélange de jazz et de hip-hop paru en 1994 et qui fut l'un des symboles du feu mouvement acid-jazz (on cherche toujours l'acide d'ailleurs). Je parcourrai donc le livret de l'album qui, pour une fois, donnait tous les titres des originaux ayant servi de samples.  Le résultat fut l'achat, entre autres, de ce "Sookie Sookie" de Grant Green sur lequel était basé l'un des tubes de US3 : "Tukka Roots Riddim".

Onze minutes de solo presque ininterrompu, des vagues de hammond et une rythmique implacable. Ce morceau fut la révélation pour moi, fils de la génération techno, que le jazz était compatible avec le dancefloor. Quant à Blue Note, ils connurent avec "Hands on The Torch" l'une de leurs plus grosses ventes de tous les temps. Ils peuvent largement remercier Grant Green...

Grant Green - "Sookie Sookie" tiré de "Street Funk and Jazz Grooves" (1970, Blue Note)

Ernest and Friends
Ernest Ranglin - Below The Bassline

Cette chronique aurait pu également appartenir a la catégorie reggae vu la longueur du CV du guitariste jamaïcain Ernest Ranglin dans ce domaine.

Guitariste virtuose, il fut un des pionniers du Ska, époquedorée ou il fit ses gammes avec le pianiste Monty Alexander. Pendant les années 60 le petit Ernest devint l'un des piliers de l'équipe de musiciens jouant pour le label Studio One, et collabora également avec Lee Scratch Perry ou encore Prince Buster. Pour la petite histoire, Ranglin composa également la plupart des "morceaux locaux" de la bande originale du premier James Bond, Dr No, bien que seuls les interprètes furent crédités (Byron Lee & The Dragonnaires).

Monument de la musique jamaïcaine Ernest Ranglin était cependant, et avant tout, un amoureux du Jazz. Il développera son art à Londres et enregistra de nombreux albums du genre tout au long de sa carrière.

"Below The Bassline" voit ici les influences de son île natale revenir au galop. Avec le batteur Idris Muhammad et surtout l'excellent bassiste Ira Coleman, cet album voit la fusion de deux genres majeurs de la musique se faire dans une douceur toute tropicale.

Ernest Ranglin - "Below The Bassline" (1996, Island)

"Bourbon Street Skank" (1996, Island)

"Surfin'"

La Foule de Ramsey
The Ramsey Lewis Trio - The in Crowd

Il n’y aura pas eu que Piaf pour chanter la foule, Ramsey Lewis s’y est vu aussi. La foule et le succès seront effectivement au rendez-vous de son « The In Crowd » sorti en 1965 avec sa formation « The Ramsey Lewis Trio » avant que ces comparses ne forment les Young-Holt Unlimited.

Un enregistrement live au Bohemian Cavernes… Avec un tel nom comment ne pas être inspiré ? Le fluide est bien là, à commencer par le titre éponyme, un jazz gorgé de groove à vous rassasier le mélomane comme le néophyte.

Suivent quelques morceaux plus softs, plus moelleux, comme la délectable reprise du thème d’amour d’Alex North sur Spartacus. Il n’y a pas que le piano chez Ramsey Lewis, il y a aussi le talent.

Ramsey Lewis « The In Crowd » (1965, Verve)

"The In Crowd"

"Theme From Spartacus"

Police and Thieves
Wayne Henderson - The Soul Sound System

Dure semaine puisque nous nous sommes fait cambrioler jeudi dernier, en plein après-midi et surtout par un amateur (vite fait mal fait). Le tout a eu pour effet étrange de me transformer en sympathisant du Front National pendant quarante huit heures (coupons la main des voleurs !) avant qu'a nouveau, l'oxygène revienne vers mon cerveau.

Mais trêve de défouloir personnel, restons élégant avec ce superbe morceau soul-jazz du tromboniste Wayne Henderson, fondateur des Jazz Crusaders au début des années 70. Un classique du genre qui plaira à tous ceux qui comme moi on toujours aimé le mélange des genres.

The Freedom Sounds feat. Wayne Henderson - "Behold The Day" tiré de "Soul Sound System" (1968, Atlantic Records)

Count Et La Reine Gitane
Count Basie - Afrique

En 1970, Count Basie reformait un Big Band de Jazz sous l’orchestration d’Oliver Nelson. Ces grandes formations avaient connu leur heure de gloire et des lendemains qui déchantent à se diluer dans les reprises des succès rock du moment. Count Basie, lui-même, dû licencier son Big Band…

Le succès du maestro lui permit cependant de renouveler l’expérience et de réunir autour de son nom quelques jeunes talents du moment, Eddie « Lockjaw » Davis, Hubert Laws… Une odyssée musicale qui revisite quelques compositions jazz du moment aux influences parfois africaines. Cela donnera « Afrique » un des meilleurs albums du grand Count.

Le « Hobo Flats » est un blues rutilant de cuivres au service du piano de Count et de l’harmonica de Buddy Lucas, un son à vous coller une canicule dans le bayou. Et quand, sur « Gypsy Queen », la reine gitane rentre dans l’arène, la formation s’enflamme autour du jeu tout en retenue du maestro et de la flutte mélodique de Hubert Laws.

On ne saura jamais quelle était cette belle Gypsy Queen qui affola la partition de ce big band. Ce qui est sûr, c’est qu’en comparaison, les Gypsy King font pale figure. Rois déchus aux soirées campings pour seul royaume…

C’est sûr, cette Gitane-là, on la fume jusqu’à la dernière bouffée.

Count Basie « Afrique » (1971, BMG)

"Hobo Flats"

"Gypsy Queen"

Abraham Ou La Voie Du Groove
Abraham Inc - Tweet Tweet

David Krakauer, clarinettiste new-yorkais, revisite de sa partition jazz le répertoire klezmer, cette musique des juifs ashkénazes d’Europe. Dans cette relecture du patrimoine du vieux continent, ses gammes auront fini par croiser les éruptives notes de Socalled. Lui aussi a redécouvert cet héritage musical juif, mais sa relecture a la plume du hip-hop et l’encre électro.

Après quelques collaborations nos deux compères se sont retrouvés pour cet album entre racine de la tradition et bourgeons de la modernité. On a soigné les cuivre pour qu’ils rutilent de groove funk, en faisant appel à Fred Wesley, ex trombone et directeur musical de James Brown.

Abraham, prophète fondateur du peuple juif est de retour sous le nom d’Abraham Inc, et il mène son peuple vers la terre promise du groove. Dans les saintes écritures, Dieu ordonna à Abraham de sacrifier son fils Isaac, et quand il fut certain de sa soumission, un ange retint son bras. Dans la partition d’Abraham Inc, on ne sacrifie rien à la musique et le démon du groove finit par vous posséder…

Abraham Inc. « Tweet Tweet » (2009, Table Pounding Records)

"Tweet Tweet"

"Moskowitz Remix"

"It's Not The Same"

UM Podcast #24: LRC - I Don't Like Jazz
Lionel Regis-Constant - I Don't Like Jazz Podcast

Musique libre ayant pour seule règle absolue de ne pas utiliser l'accordéon, le Jazz m'a pris plutôt sur le tard, comme la cirrhose du foie. Sans doute son aspect parfois prétentieux, souvent technique,  de "musique pour les musiciens" me gênait plus jeune, alors que désormais j'apprécie la liberté de ses envolées, du fait qu'il ne sert à rien de l'analyser: il faut juste sentir.

Tout comme d'autres genres, le jazz s'est enrichi au fil du temps pour incorporer d'autres influences (soul, funk, électro, musique africaine). Voici donc un modeste mix de morceaux que j'aime pour leur diversité et leur amour du swing. Une mention spéciale tout de même pour l'extraordinaire générique de "Aujourd'hui Madame", qui aurait certainement mérité sa propre chronique, mais qui se sentait trop à l'aise au côté des virtuoses du Kansas City Band et de la plus parisienne des New-Yorkaises, la divine Madeleine Peyroux.

Curieusement, j'ai oublié d'incorporer Michel Jonasz dans ma playlist, mais finalement j'ai pris le parti de choisir des musiciens ne portant pas de chemises mauve à fleurs.

Je vous laisse avec cette belle phrase de Jimmy Hendrix (guitariste de blues mort d'overdose en trébuchant sur Michel Petrucciani), sans doute plus utile que toutes les analyses musicales:
"Le savoir parle mais la sagesse écoute".

LRC - "I Don't Like Jazz"
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Tracklisting:

01 - Intro
02 - U.F.O - Loud Minority
03 - Cannonball Adderley - Walk Tall
04 - Sergio Mendes - Chove Chuva
05 - Haduk Trio - Vol de Nuit
06 - E.S.T - In My Garage
07 - Louis Armstrong and Duke Ellington - Cottontail
08 - Chico Hamilton - Big Noise From Winnetka
09 - Serge Gainsbourg - Intoxicated Man
10 - Ike Turner and The Kings Of Rhythm - Camel Walking
11 - Kansas City Band - Yeah Man
12 - Jo Moutet - Aujourd'hui Madame
13 - Madeleine Peyroux - Don't Wait Too Long
14 - Mark Ronson - Inversion
15 - Phil Upchurch - The Way I Feel
16 - James Taylor Quartet - Theme From Starsky And Hutch
17 - G-Swing - I'm Crazy 'Bout My Baby
18 - Alex Reece - Jazz Master
19 - Nina Simone - Love Me Or Leave Me
20 - John Coltrane - Giant Steps
21 - Tom Waits - Closing Time

West Coast Jazz
Lowell Fulsom

Plutôt connu comme bluesman, le guitariste Lowell Fulsom a écrit des standards tels que "Reconsider Baby" qui sont au blues ce que "Nuit magique" est à Catherine Lara: un classique.

Le bonhomme (sponsorisé sur la photo par Alain Afflelou) ne se cantonnera pas à chanter la complainte du récolteur de coton de l'Alabama. Il se laissera aller pour notre plus grand bonheur à quelques explorations jazz et funk à la fin des années 60 dont ce fabuleux "Thing".

Un instrumental ou le phrasé si particulier de Lowell est le parfait écrin d'une rythmique soul/funk imperturbable.

Lowell Fulsom - "Thing" (1967)

Bourbon ou Guiness ?
Chico Hamilton - Django à la Créole

J'ai découvert ce morceau grâce à l'excellent remix qu'en a fait David Holmes dans son album "Let's Get Killed". Un morceau langoureux et hypnotique qui m'a fait immédiatement chavirer, tout comme la poitrine de Scarlett Johansson.

Compagnon de route de Duke Ellington, Lionel Hampton, Count Basie ou Dexter Gordon (s'il vous plait) la batterie de Chico a accompagné les plus grands du jazz. L'album "The Gamut" fait la belle part aux percussions, à la flute et au son psychédélique en général. Il montre l'ouverture d'esprit d'un musicien qui ne se limitera pas à un son traditionnel du jazz mais sera fermement du côté des explorateurs du genre.
Notre compère est d'ailleurs toujours actif et a sorti un EP l'année dernière alors qu'il va sur ses 87 ans...

Quant à ce "MSP" je ne sais toujours pas, une fois n'est pas coutume, si je préfère la version originale du batteur californien à celle du producteur irlandais, chacune ayant son charme.

Chico Hamilton - "MSP" tiré de "The Gamut" (1968, Solid State)

Le Duc du Big Band
Duke Ellington - The Far East Suite

Son élégance lui vaudra le surnom de « Duke », une noblesse musicale qui sied à ce grand nom du jazz. Les armoiries de son duché sont fournies, on lui doit une grande influence dans le jazz et quelques standards, dont le fameux Caravan.

En 1966, après quelques tournées au moyen et extrême orient, il enregistre « The Far East Suite » sorte de carnet de voyage musical écrit a posteriori. Une oeuvre sans teinte orientaliste, pour faire exotique, facilité indigne d’un Duke. Si la partition est sans confrontation réelle avec les sons entendus ou les musiciens rencontrés, c’est que les influences du maître passe par une écriture jazzy très personnelle.

A écouter notamment le « Blue Pepper » petit bijoux de cuivres rutilants au swing poivré.

Duke Ellington - "The Far East Suite" (1966, RCA)

"Bluebird Of Delhi"


"Blue Pepper"

Art Black
The Art Blakey Percussion Ensemble - Oscalypso

S'il est un nom, dont la renommée pourrait porter ombrage au grand Jack de Johnette, déjà chroniqué sur ce site, c'est celui de Art Blakey. Né au début du siècle denier et mort avant la fin du dernier millénaire, il aura apporté ses baguettes de noblesses à la batterie, ce qui n'était qu'un instrument d'accompagnement deviendra chez lui central. Le solo de batterie prend sa place dans le cercle des solistes.

Son talent le fera jouer au début avec des pointures comme Miles Davis, Par la suite, son aura attirera à lui nombre de jeunes talents dans son groupe The Jazz Messengers, Horace Silver, Kenny Dorham, Wayne Shorter, Lee Morgan, Keith Jarrett, Wynton Marsalis... Avec Art on est à bonne école.

En 1956 sort Drum Suite, un album aux influences très afro-latino, on y croise les joueurs de bongo Sabu et Candido, doigts de fée du beat latino qui donnaient le tempo à toute une génération de percussionnistes du jazz afro-cubain. Avec le pianiste Ray Briant on retrouve le contre-basssiste Oscar Pettiford à qui l'on doit ce fabuleux Oscalypso. Plus de 50 ans après, le groove de sa composition et l'énergie de la section rythmique menée part Art Blakey restent d'une incroyable jeunesse. Et c'est sans lifting électro ni liposuccion de vinyle, que du naturel.

The Art Blakey Percussion Ensemble - "Oscalypso" tiré de "Drum Suite" (1956, Columbia Records)