Billets pour la catégorie Latin

Physique Quantique pour Barbares
Quantic and his combo barbaro - Tradition in Transition

Dj et producteur britannique, las de servir sa très gracieuse et groovy majesté, l’homme s’est installé en Colombie où il exerce dans l’import-export… Non dans un cartel chimique aux lessives trop blanches, plutôt une petite échoppe ayant pignon sur groove pour la qualité de sa marchandise…

William Holland (aka Quantic) est un homme d’influences et de métissages. Les lignes de sa partition franchissent les frontières du jazz, de la soul et des sons latins. L’homme ayant du nez, ces lignes sont généreuses, prometteuses comme le titre de l’album « Tradition in Transition »

Enregistré dans sa nouvelle configuration, "Quantic and his Combo Barbaro", avec quelques pointures locales, le dernier opus du maestro est une réussite. On y retrouve la texture d’un son latin, tissé, métissé de groove quantique.

J’aime la physique Quantic, la constante de Plank y rencontre le mouvement brownien, l’infiniment petit s’ouvre sur l’infiniment grand…

Quantic and his Combo Barbaro « Tradition in Transition » (2009, Tru Thoughts)

"The Dreaming Mind (Part 1)"

"Undelivered Letter"

"Mambo Los Quantic"

Black To Panama
Panama3

Le label Sound Way nous propose une nouvelle promenade sur les plages ensoleillées des vinyles panaméens. On avait découvert avec curiosité et intérêt le premier volume de la série, ce 3° opus, qui vient de sortir est l’occasion de poursuivre cette quête du groove.

On félicitera Roberto Ernesto Gyemant et Miles Cleret à l’origine de cette série, rejoint sur cet opus par le musicien Quantic, pour les sélections. Une musique latine et soul qui laisse un goût savoureux de vieux rhum hors d’âge en bouche. Et ce 3° verre, loin d’enivrer et de lasser, confirme la puissance des arômes et la richesse du terroir panaméen.

Ce petit pays de trois millions d’habitants surprend par la puissance de feu de sa scène musicale, beaucoup d’influences, de métissages. Une géographie de l’échange, une histoire du brassage, la culture musicale panaméenne n’est pas qu’un cocktail formaté au goût du touriste en mal d’exotisme, c’est un groove millésimé !

Prenez place sur cette croisière du canal de Panama, fermez les yeux et laissez vous bercer par le magnifique gospel calypso « Masters Are Gone » de Sir Valentino et son Combo Esclavos Alegres… Avant que ne vienne vous prendre le « Gua-Jazz » de Ralph Weeks with the Telecasters, une descarga de jazz et de guajira avec ses puissantes percussions et son hypnotique flutte… Et soul de musique vous pourrez vous désarticuler sur le très psyché, pour ne pas dire psychiatrique, « Chombo Pa’ La Tienda » de Soul Apollo et Fredrick Clarke avec son final qui rappelle le dessin animé La Linea…

Panama !3 « Calypso Panameno, Guarija Jazz & Cumbia on the Isthmus 1960-75 » (2009, Sound Way)

Sir Valentino con Combo Esclavos Alegres "Masters Are Gone"

Ralph Weeks with The Telecasters "Gua Jazz"

Soul Apollo with Frederick Clarke "Chombo Pa La Tienda"

Los Invasores "El Raton"

Le Son de Sing Sing
Eddie Palmieri - Live at Sing Sing

Un son plus affûté qu’une guillotine
Un morceau plus fatal qu’une injection létale
Un truc qui prend à la gorge mieux qu’un nœud coulant
Et pourtant un groove qui est un souffle de liberté

En 1972 le pianiste salsero, Eddie Palmieri, accompagné du groupe Harlem River Drive, enregistrait un live qui resterait mythique. Dans une de ces enceintes à l’ambiance chaude et surchauffée, la prison de Sing Sing…

Une très ancienne prison de l’Etat de New-York située sur les rives de l’Hudson, elle fut longtemps considérée comme un établissement modèle avec ses uniformes rayés et ses châtiments corporels… Ah la tradition, il n’y a que ça de vrai…

Il semble que par la suite cette tradition se soit quelque peu perdue au profit d’une évasion vers la musique. Viendront, y enflammer la scène locale, des épris de justice comme BB King, Joan Baez ou Bruce Springteen… De sérieux matricules… Une tradition américaine, que l’on pense à certains lives de Johnny Cash dans d’autres prisons, l’homme en noir quand il jouait à l’ombre…

Eddie Palmieri à Sing Sing c’est un peu La Mano Negra à Fleury Mérogis, NTM à la Santé, une hérésie carcérale que ne saurait même imaginer une administration pénitentiaire enfermée dans ses certitudes…

Eddie Palmieri & Harlem River Drive « Recorded Live At Sing Sing » (1972, Fania Records)

"Somebody's Son"

"Muñeca"

BO de Bobo’s
Willie Bobo - Bobomotion

Né dans le Spanish-Harlem, ce terroir aux luxuriantes musiques des jungles urbaines, le petit Willie Correa aura donc terreau fertile pour s’épanouir.

Le petit n’étant pas une mauvaise graine, il commencera par taper les percussions pour Perez Prado avant de croiser la route de Mongo Santamaria et d’intégrer l’orchestre de Tito Puente. Printemps des prestigieuses influences, le temps qu’éclose celui qui deviendra Willie Bobo.

Viendra alors une moisson d’albums dans les 60’s sur le label Verve qui le sortira de l’ombre tutélaire de ses mentors pour les feux de la rampe. Précurseur dans le boogaloo, ce perfectionniste ambitionnait de fusionner les styles, particulièrement les sons latins et le jazz. L’éclat de son album "Bobmotion" suffit à démontrer le grand alchimiste du son qu’il était.

L’artiste a tiré sa révérence en 1983 mais la lignée est fertile, on retrouve son fils, percussionniste lui aussi, dans le groupe de rap Cypress Hill… Autre temps, autres musiques…

Bonus du jour : un remix de Willie Bobo sorti sur l’excellent Verve Remixed vol 4, déjà chroniqué en ces lieux.

Willie Bobo « Bobomotion » (1967, Verve)

"Evil Ways"

"Night Walk"

"Evil Ways" (Karriem Riggins Remix)

Crise d’Isthme
Panama

A l’ombre des grands terroirs du son que sont le Brésil et Cuba, ou encore l’Argentine et le Mexique, on pourrait penser que le reste du continent sud américain ressemble à un désert musical tant est grande l’aura des plus connus.

Le groove y est pourtant fertile, à l’exemple du Panama, petit pays certes, mais qui faillit bien renverser la république française lors des travaux du canal qui traverse le pays… Un scandale qui verra le ministre des constructions publiques condamné à cinq ans de prison, Ferdinand de Lesseps et Gustave Eiffel, condamnés eux aussi, y échapperont de peu… Mais on s’éloigne, quittons le béret pour reprendre le panama.

Cet isthme, jonction entre les continents nord et sud, avait pour lui une géographie des confluences musicales, rencontre des sons latins et de la musique soul. Une topographie du groove que retrace cette compilation entre les années 1965 et 1975.

Un isthme du nord au sud, un canal d’est en ouest, en fallait-il plus pour être le point cardinal, le lieu de rencontre d’influence ? Dans les balbutiements de la démocratie on pouvait déjà entendre l’underground d’une jeunesse au magma éruptif.

Panama ! Latin, Calypso And Funk On The Isthmus 1965-75 (2006, Soundway Records)

The Exciters "Exciters Theme"

Los Fabulosos Festivals "El Mensaje"

Los Dinamicos Exciters "Let Me Do My Thing"

Lhasa, de Guerre Lasse…
Lhasa - La Llorona

Elle se sera fanée avant de s’épanouir pleinement
La belle fleur aura perdu ses pétales au chant d’honneur
Une saloperie de crabe s’étant trouvé une vocation de sécateur
La faucheuse moissonnait ce premier janvier 2009, même pas le respect des jours fériés…

Et il s’est trouvé une belle plante pour croiser sa lame
L’hiver est venu poser son linceul blanc sur ces 37 printemps qui ne demandaient qu’à croquer l’été de la vie
De guerre lasse de combattre son crabe, Lhasa s’en est allé...

Reste les larmes et sa musique aux ambiances mexicaines bigarrées
Héritage d’un père américain, d’une mère mexicaine et d’une enfance itinérante sur les routes
Ces larmes qu’elle chanta avec la légende de la Llorona, pleureuse hantant la nuit venue les rues de Mexico
Je déguste encore son premier album "La Llorona" et sa voix chavirante
Mais trempant mes lèvres dans une Corona, je risque fort de lui trouver l’amertume d’une mise en bière…

Lhasa « La Llorona » (1997, Les Disques Audiogramme)

"La Celestina"

"El Desierto"

"Decara A La Pased"

Faut Pousser le Son
Henri Guedon - Early Latin and Boogaloo

Henri Guédon, percussionniste martiniquais, était bien plus, auteur, compositeur, chanteur, il était aussi peintre et sculpteur. Un touche à tout de génie qui s’attaquera aux différents répertoires latino pour écrire sa propre partition, comme en témoigne cette excellente compilation.

Dans les 80’s il part à New-York enregistrer le morceau « Faut pas pousser » avec la crème des salseros de la grosse pomme. « Faut pas pousser c’est haut mon gars » nous chante-t-il certainement impressionné par la verticalité architecturale. Un vertige qui ne manque pas de nous gagner à l’écoute de cette superbe salsa, en français qui plus est, une rareté.

Et puis c’est toujours ça de gagner sur les quotas de diffusion de musique francophone, je viens de vous éviter un Sardou aujourd’hui…

Alors comme ça faut pas pousser ? On aurait tort de se gêner pour pousser le son mais prenez garde à ne pas transformer votre dance-floor en Armaguédon…

Henri Guédon -“Early Latin and Boogaloo recordings by the Drum Master” (2004, Comet Records)

"Guarija Contestacion"

"Shinga Swing"

"Faut Pas Pousser"

Monsieur Bongo
Jack Costanzo - Mr Bongo

Percussionniste de légende, Jack Costanzo est l'un des piliers de la fusion latine et de rythmes afro-cubains qui faisait fureur à New-York dans les années 60.

Une excellente anthologie qui ravira tous les amoureux du genre mais aussi les autres à travers quelques délicieuses reprises comme celle de "Pata Pata" de la regrettée Miriam Makeba ou la très groovy "Cu Cu Ru Curu".

Jack Costanzo and His Afro-Cuban Band- "Mr Bongo" (1998, GNP)

"Cu Cu Ru Curu"

"Pata Pata"

"Chicken And Rice"

"Bongo Festeris"

Latino Con Soul
Mongo Santamaria -Soul Bag

Percussioniste de légende, Mongo Santamaria a été plus que d'autres membres de la grande confrérie afro-latine, influencé par la Soul et le Rythm & Blues (tendance Atlantic ou Stax plutôt que Motown). Il deviendra d'ailleurs l'un des parrains du boogaloo, mouvement New-Yorkais de fusion afro-latin-soul, ancêtre de la Salsa qui naîtra quelques années plus tard.

Cet amour de la musique noire au sens le plus large transpire dans cet album de reprises en forme d'hommages. Un excellent "Respect" au piano jazzy, puis le classique de Wilson Pickett "In the Midnight Hour" suivi d'un morceau moins connu, le "Groovin' " des Rascals (à ne pas confondre avec le groupe anglais homonyme) a l'accent plus léger. Le reste de l'album est d'ailleurs tout aussi irrésistible.

Un disque tout entier dédié aux aficionados de la pop sauce conga et des vieux parquets de danse lustrés à la sueur.
Sans aucun doute l'un de maîtres latins que je préfère, pour son talent de créateur de groove autant que la constante ouverture d'esprit à d'autres musiques qu'il montrera tout au long de son immense carrière.

Mongo Santamaría - "Soul Bag" (1968, Columbia)

"Respect"

"In the Midnight Hour"

"Groovin'"

Latin Soul à la Cuba
The Joe Cuba Sextet

Portoricain né dans la grosse pomme, cette petite graine musicale va éclore dans les 50’s pour devenir une plante féconde de la musique latine dans les 60’s. On doit à Joe Cuba d'être un des pionniers du boogaloo, mélange de sons latins et de soul, genre qui deviendra très en vogue au point d’être repris par les plus grands.

Un des premiers succès de cette nouvelle génération de latinos installés aux states qui plongent leurs racines dans un macadam new-yorkais fusionnant de soul. Ils poursuivent la route de leurs aïeux, premières vagues de déracinés dont les boutures afro-cubaines dans le terreau du jazz s’épanouirent et bourgeonnèrent à l’époque de quelques talents comme Machito, Tito Puente, Ray Barretto… Avec Joe Cuba, c’est une nouvelle génération musicale dont la partition annonce en filigrane l’éclosion d’un style qui connaîtra un succès mondial : la salsa.

Sur l’album Bustin’ Out, on retrouve ces morceaux propices aux déhanchés déjantés d’un spanish harlem festif, on y trouve aussi le superbe « Do you fell it » et cette voix grave du narrateur qui vient se poser sur un tempo assagi.

Quand à Joe Cuba, à bientôt 80 ans, toujours bon pied bon groove, aux dernières nouvelles il était directeur du musée de la Salsa à New-York… Sympa la maison de retraite…

The Joe Cuba Sextet - "Bustin’ Out" (1972, Tico Records/Vampisoul)

"What a Baby"

"Pud-Da-Din"

"Do you Feel it ?"

Au Pays du Mambo Levant
Mambossa

Au pays du soleil levant il y a longtemps que les mélomanes regardent vers le vinyle couchant des terres de l'ouest. On connaît leur goût pour le jazz, on méconnaît leurs affinités latines. Le Brésil est pourtant de longue date une terre d'immigration pour les japonais, elle est même la plus grande communauté implantée loin du saké natal.

Mambossa, pur produit nippon, a donc de solides références culturelles pour s'attaquer, non sans sucés, au répertoire latino entre compositions et reprises. Derrière un son easy listening autant en vogue chez le cadre dépressif que le yakusa esthète, on retrouve un collectif de musiciens capable de sortir un son groovy comme une descarga sortie du Spanish Harlem des 70's.

"Maramoor" est un somptueux latin jazz qui suinte d'effluves de havane cubain et de saké...

Mambossa - "Mambossa" (1995, Bomba Recordings)

"Maramoo"

"Mambossa"

Fania Remixed
I Like it Like That - Fania Remixed

Alors que la plupart des grands labels historiques (Motown, Stax, Blue Note, Verve) sont déjà passés à la moulinette de producteurs/remixeurs, il n'était pas étonnant que vienne le tour du légendaire Fania Records. Fondé par Johnny Pacheco en 1964, Fania produira quelques uns des plus grands opus de la musique latine ("Acid" de Ray Barretto, la série de concerts des Fania All Stars au Club Cheetah...etc).

Ce périlleux exercice est ici confié à quelques pointures de la production: Aaron Jerome, Giles Peterson, Louie Vega ou DJ Format. On est donc en territoire sauf.

Cette compilation n'a qu'un seul défaut: son immonde couverture violette, visiblement conçue par le petit cousin du "directeur produit", qui démarre sous Photoshop. Le reste répond aux canons du remix réussi: le délicat équilibre entre respect de l'esprit de l'œuvre originale, vision personnelle du producteur et son contemporain. Un excellent achat donc pour tous les salseros cireurs de dancefloor.

J'aime tout particulièrement le remix de Giles Peterson & Sinbad, ethno-electro du meilleur acabit. Espérons que ce relifting du catalogue Fania augure d'autres remixes de la même trempe mais surtout de la signature de jeunes artistes de musique latine...

"I Like it Like That - Fania Remixed" (2008, Fania Records)

Noro Morales "Saona (Gilles Peterson and Sinbad Remix)"

Pete Rodriguez "I Like It Like That (Aaron Jerome Remix)"

Dave Cortez "Happy Soul With a Hook (DJ Format Remix)"