Billets pour la catégorie Ragga/Dancehall/Reggaeton

Margaret et les Dancehall
Watch How The People Dancing

Sous les années Thatcher, la Dame à la main de fer pressait la blanche Albion comme un fruit trop gras. Exit ce mauvais cholestérol social, et vous me surveillerez ce taux de lipide syndical ! Merci Dr Thatcher, diététicienne libérale en amincissement social…

C’est dire si le samedi soir, exutoire alcoolisé et enfumé de ces années 80, était attendu… Peut-être même les autres soirs… Pour toute une nouvelle génération jamaïcaine, en rupture avec les dreads paternelles mais en filiation avec le roots, c’était l’occasion d’exulter sur les dancehall de London. Exit le reggae, vive le ragga !

Selah Collins et son magnifique « Pick A Sound » ou Kenny Knots et son fatal « Watch How The People Dancing » Ainsi rugissaient les félines insoumissions de la scène ragga londonienne. Rugissement capturé par le label Honest Jon’s Records.

Dans cette pinte anglaise il y avait l’amertume de Margaret mais on y trouvait aussi l’ivresse d’une jamaïcaine bien roulée… A mesure que le ragga jamaïcain pénétrait la blanche Albion, exultaient les terres de Margaret, et l’on pouvait entendre au plus profond de ses jungles urbaines « Watch How The People Dancing »…

« Watch How The People Dancing » (2009, Honest Jon’s Records)

Selah Collins "Pick A Sound"

Kenny Knots "Watch How The People Dancing"

Les Dents de la Mère
Gerard Lenorman - Gentil Dauphin Triste

C'est un morceau qui m'aura énormément influencé musicalement, il était donc grand temps de lui rendre hommage . "Gentil Dauphin Triste" c'est d'abord une rythmique inventive et chaloupée, presque jamaïcaine, ponctuée d'un xylophone: un instrument immédiatement repéré par tous les auditeurs qui ont été une fois malade au Malibu lors de l'adolescence.

Les paroles sont évidemment la pièce maîtresse de l'oeuvre. Il est impossible de ne pas vouer un culte à celui qui a sans doute écrit à cette occasion l'une des plus belles phrases de la chanson française: "Allez sois chouette, envoie moi ton ballon" (se rendre à 56 secondes du début).

Cette ballade fut d'ailleurs à l'époque un réquisitoire impitoyable contre la psychose déclenchée par le film de Spielberg "Les dents de la mer". Un chanteur engagé donc, qui n'avait pas peur d'aborder dans ses compositions une thématique écologiste, à une époque, il faut le rappeler, ou l'on n'hésitait pas à massacrer des bancs entiers de dauphins sur les côtes françaises.

Mais Gérard Lenorman c'est aussi ce chanteur d'avant-garde dont la coupe aura fortement influencé les Bee Gees, possédant un phrasé qui sera souvent comparé à celui de Jean-Michel Jarre sans synthétiseur.

Je serais presque tenté de passer sous silence le charisme muet de l'artiste, interprète injustement reclassé dans les soirées pour quarantenaires régressifs, alors que son regard de braise provoquait des réactions sexuelles importantes chez votre mère pendant les années 70.

Franchement, Vincent Delerm à encore du travail pour atteindre ce niveau.

Gerard Lenorman - "Gentil Dauphin Triste" (1976, Barclay)

Goodbye 2009
Keith Moon Party

Et bonjour 2010 !

Nous vous souhaitons à tous une excellente nouvelle année. Merci à tous ceux qui ont participé à ce blog cette année et l'ont rendu plus vivant: maria, TOFM, spellchecker, Divine Orchestra, Biohazard Boy, miss Velvet, DJ Kalice, Drago, Flecca, Groovy Lady, El Freeman, Ahmad Kawas, Fringe Player, Harold, Ramatussi... et tous les autres !

Bonne fiesta et a très bientôt !!!

Juanito & LRC

Michigan and Smiley - "Rub a Dub Style" (1968, Studio One)

Le Son de la Perfide Houblon
An England Story

Si le houblon est apprécié de ce coté de la manche on ne saurait parfois en dire autant de l’Albion… La liste des griefs est longue, mettre le feu à nos plus célèbres pucelles, avoir pour hobby de nous faire perdre au rugby… Mais pire que tout l’anglais se nourrit de gelée, de préférence verte. N’ont-ils donc pas des cuisses de grenouilles ?

Si en matière de cuisine l’affaire est cuite, musicalement il faut bien reconnaître que la marmite anglaise bouillonne de longue date de créativité et de talents, épicée qu’elle est de tous ces piments venus du Commonwealth. On s’intéressera aujourd’hui à la cuisine d’influence jamaïcaine, sauce ragga façon Albion.

En dégustation deux pintes de houblon jamaïcain brassé ragga, plutôt relevé… Perfide, but so groovy, Albion…

Papa Levi - "An England Story" (2008, Soul Jazz Records)

"My God My King"

London Posse - "An England Story" (2008, Soul Jazz Records)

"Money Mad"

Dancehall Mixte
Lady G

Un véritable classique du Dancehall, ce "Legal Rights" voit s'affronter dans un duel musical le grand Deejay Jamaicain Papa San et sa féline collègue Lady G.

Comme lors de la plupart des affrontements masculins/féminins, c'est madame qui clôt l'argument, grâce à sa voix puissante et chaloupée. Et puis cela nous change des toasters machos avec pendentif et gourmette en or...

Papa San and Lady G - "Legal Rights" (1989, Westbury)

Oh my God, They Killed Kenny
Kenny Dope Gonzalez

Evidemment en associant Kenny Dope, le vénéré producteur de latin house et moitié des Masters at Work, et Shaggy, le raggaman à la voix de contrebasse, on peut s'attendre à peu de subtilité mais énormément d'énergie.
Vous ne serez certainement pas déçu.

Kenny Dope and Shaggy - "Gunshot" tiré de "The Unreleased Project" (1992, Freeze Records)

Althea & Donna
Althea and Donna
Si ce duo Jamaicain sont des prétendantes légitimes au titre de divas du Dancehall, c'est surtout par la grâce de leur classique "Uptown Top Ranking", qui sera numéro 1 dans les charts Anglais en 78 (voir coupe de cheveux).

Au dela de ce titre imparable, toujours d'actualité dans les sound-systems de bon goût, d'autres bijoux cachés ne souffrent pas de la comparaison. Il en va ainsi de ce superbe "Down Town Thing", qui s'il emploie quelque peu la recette du succès du tube précédent, constitue tout de même un plat à lui tout seul.

Althea & Donna - "Down Town Thing" tiré de "Joe Gibbs Productions" (2003, Soul Jazz Records)

La Fine Lame du Ragga
Kylie 2 Harts
Eek A Mouse est un vieux routier du Rub-A-Dub, il a roulé sa bosse, et probablement quelques splifs, dans tous les sounds systems.
Plus étonnante est sa filiation avec les mousquetaires… Sortait-il d’une soirée déguisée avant d’enchaîner une session en studio ? Venait-il d’hériter, d’une vieille tante éloignée, de l’intégrale d’Alexandre Dumas ? Ou plus simplement un jeu de mot avec son nom de cette facétieuse souris ?

Avec sa voix haut perchée l’homme transperce et transporte le danseur de son toast au phrasé puissant. Bien qu’intitulé Anarexol, un nom qui rappelle plus les antidépresseurs de l’industrie pharmaceutique que les faubourg de Kingston, le morceau devrait vous procurer un big smile et une démarche chaloupée, effets secondaires tout à fait désirables…

« A la fin de l’envoi je touche ! » s’exclamait Cyrano. Pour sûr, notre fine lame jamaïcaine a lui aussi sa botte secrète pour faire mouche.

Eek a Mouse - "Anarexol" tiré de "Mouseketeer" (1990, Shanachie)

Recherche Rastas Désepérément
Heads High
Il est souvent difficle de dénicher la perle dans les productions ragga récentes.
Trop de beats MPC identitques, trop de samples de vieux singles Studio 1. Manque de spiritualité aussi.
Certains tchatcheurs Jamaicains ne véhiculent qu'un message de thunes, de jolies pépés alignées au bord de la piscine et de haine des homosexuels. On est bien loin de l'esprit des Rastafari...

Si le sieur Vegas n'est pas un émule du Dalaï-Lama, en tout cas niveau rythme, il délivre ici un classique qui fera danser même les unijambistes.
Beat ternaire minimaliste, synthés vieille école et bien sur un flow qui emporte tout sur son passage.

Ce morceau est à écouter avec plein de filles.
Au bord d'une piscine.

Mr Vegas - "Heads High" tiré de "Heads High" (1999, Island)