Billets pour la catégorie Rap/Hip-Hop

Beat Mortuaire
Cypress Hill - Black Sunday

Le Rap produit beaucoup et pas forcément que du bon, on y croise nombre de tchatcheurs qui se croient rappeurs et des sons brouillons pour seule jungle urbaine. Et il y a ceux qui remettent les pendules à l’heure.

Cypress Hill est de ceux-là. En 1993 sort leur deuxième album « Black Sunday », une référence, un macadam californien millésimé. L’œuvre est d’une noirceur d’un décembre orageux, à l’ombre des cyprès, la colline a sombré du coté obscur du rap. Même l’excellent sample de Dusty Springfield sur « Hits from the Bong » n’en altère pas la noire beauté.

Et il y a l’incendiaire « Insane In The Brain » dont le napalm n’en finit pas de consumer des générations de danseurs. Un son à vous réveiller un mort, quand Cypress Hill joue aux osselets dans le cimetière…

Cypress Hill "Black Sunday" (1993, Columbia)

"Hits From The Bong"

"Insane In The Brain"

La Faim Du Rap
John Barry - Iswhat - Big Appetite

Plat du jour : Pièce de rap américain servi avec sa sauce jazz. Une mise en bouche goûteuse avec « Iswhat ?! » aux fourneaux pour son dernier cd, Big Appetite. En cuisine on retrouve un collectif mouvant de musiciens autour du duo Jack Walker & Napoleon Maddox…

Napoleon étant de la partie, on est donc rassuré sur la stratégie du groupe, l’artillerie hip-hop pilonne le gros des troupes quand la cavalerie jazz surprend le flan est… Et Jack Walker rappelle trop les whiskys pour ne pas nous enivrer à satiété…

On pourrait craindre le burger rap indigeste, il n’en est rien. Le régime est riche en protéine de groove et juste ce qu’il faut de lipides pour le moelleux… Une diététique de la partition aux notes pleines de saveurs.

Is What?! « Big Appetite » (2009, OSNR records)

"Homestead"

"Cake"

Arapica Corsé
Mos Def - The Ecstatic

Beau retour musical pour cet artiste qui se cherche entre acteur et rappeur. Le musicien s’est fait connaître avec quelques belles collaborations (De La Soul…) et son premier album « Black On Both Sides » sorti en 1999. L’acteur lui enchaîne les rôles dans des séries ou films, pas tous connus mais on notera ses collaborations avec Spike Lee ou Michel Gondry.

Son « ecstatic » est un heureux cocktail entre le whisky du bronx et un meilleur arabica, entre hip-hop façon old school et influence arabisante, des sons recherchés pour un beat groovy. S’il hésite entre le vinyle et la pellicule, le son pourrait bien l’emporter sur l’image… L’impression se confirme écoute après écoute, gorgée après gorgée, l’arôme de l’arabica est là, avec son arrière-goût de macadam pour seul terroir.

Entre expresso serré et allongé à l'américaine, la torréfaction musicale est optimale, évitant la tachycardie d’un mauvais rap et le breuvage d’une partition insipide.

Mos Def « The Ecstatic » (2009, Cooperative Music)

"Auditorium"

"History"

"The Embassy"

"Twilite Speedball"

Visite de Notre Laboratoire de Scratch

Pour commencer, un excellente vidéo réalisée par Chris Cairns, un réalisateur qui s'est ici associé aux groupes Scratch Perverts et Foreign Beggars, fers de lance de la production hip-hop actuelle chez nos amis bouffeurs de corned beef à la sauce à la menthe.
Si la musique n'est pas franchement intéressante, la vidéo est superbe et mérite votre attention pour quelques minutes...

Pour se rattraper musicalement, je vous propose ce single des très étrangement nommés "This Kid Named Miles And Medusa". Une véritable petite bombe hip-hop/funk plutôt old school parue sur une excellente compil dont les bénéfices vont aux activistes environmentalistes du Rainforest Action Network.
Une bonne manière de masser à la fois vos tympas et votre karma.

This Kid Named Miles And Medusa - "New Definition" tiré de "Impeach The Precedent" (2005, KickSnare Hat / Kajmere Sound)

Mise en Orbite
NASA - The Spirit of Apollo

La NASA vient de réussir la mise en orbite de son dernier engin. Il émet désormais depuis son orbite géo-stationnaire un signal régulier et parfaitement audible. Révolution après révolution il propage un son de groove sur les ondes de la planète...

L'engin ne mesure pourtant que 12 cm de largeur et un simple lecteur de cd suffit à le mettre en rotation. Si les spécialistes de la NASA sont bien des experts de haute volée, leur technologie est plus sonique que spatiale. Derrière la North America South America, on trouve les deux djs Sam Spiegel et Ze Gonzales et si leur galette numérique n'a pas la taille d'une navette spatiale, elle embarque pourtant un impressionnant équipage. David Byrne, Seu Jorge, RZA (Wu Tang Clan), Chuck D (Public Enemy), Tom Waits, Georges Clinton et la liste est longue...

Avec un tel équipage il y aurait de quoi faire reculer les frontières de la connaissance musicale au delà du système sonique. On reste quand même dans l'univers connu du hip hop et de l'électro, on a beau faire des révolutions autour de la planète cela ne fait une révolution pour autant. Mais il est quand même quelques étoiles sonnantes qui méritent de lever les tympans vers cette constellation musicale.

N.A.S.A - "The Spirit of Apollo" (2009, Spectrophonic)

"Hip Hop"

"Spacious Thoughts" (Feat. Tom Waits & Cool Keith)

"NASA Anthem" (Feat. KRS-One, Fatlip & Slim Kid Tre)

Tremblement de Basse
Bomb The Bass - Clear

Nom d'emprunt du producteur londonien Tim Simenon (peut-être un cousin groovy de Georges "Maigret" Simenon), Bomb The Bass a marqué le début des années quatre vingt dix de quelques singles ravageurs comme "Beat Dis".

Premier single de son troisième album (sans doute le meilleur), "Bug Powder Dust" est un mélange électro hip-hop du meilleur gout, porté de bout en bout par une hypnotique boucle de basse, composée originellement par le bassiste américain de Jazz Alphonso Johnson (précision pour les fans de Weather Report)..

Bomb the Bass feat. Juystin Warfield - "Bug Powder Dust" tiré de "Clear" (1994, Island)

Pharcyde
The Pharcyde - B Singles

Un des groupes essentiel du hip-hop de la côte ouest, the Pharcyde s'est distingué de ses collègues californiens hédonistes par un son plus jazzy, abstrait et éclectique. Un parfait exemple ici avec ce "Pandemonium" qui n'a été publié que sur un recueil de faces B.

Le classique "Runnin" aura été le single qui m'aura introduit à ce groupe qui ne produira que 4 albums en douze ans, les trois premiers d'une qualité époustouflante.
Mais tout comme le plan de stock options de la société générale, les meilleurs choses ont une fin et le groupe se désagrègera en 2000 avant l'extinction définitive des feux en 2002.

The Pharcyde - "Pandemonium" tiré de "Sold My Soul: The Remix & Rarity Collection" (2005, Funky Chemist)

The Pharcyde - "Runnin" tiré de "Labcabincalifornia" (1995, Delicious Vinyl)

Ni Acide Et Pas Très Jazz
Galliano - In Pursuit of the 13th Note

Rétrospectivement, la vague Acid Jazz en vogue au début des années 90 fut plutôt pauvre musicalement. La plupart des groupes de l'époque (Brand New Heavies, Incognito, James Taylor Quartet...) proposèrent une relecture "moderne" de la Soul/Funk 70s qui n'avait pas beaucoup de profondeur. Certes la soupe au gout de Hammond eut comme intérêt d'ouvrir nos oreilles aux parrains du groove mais il faut bien reconnaitre que la plupart de ces artistes ont, comme Brigitte Bardot, bien mal vieilli.

Il y eut bien entendu quelques belles exceptions comme l'extraordinaire premier album de US3 ou encore les très groovy Corduroy.
Bien que d'une qualité inconstante, les productions des londoniens de Galliano surent également proposer une fusion intéressante, à la croisée du hip-hop old school et des battements contemporains.

Signés par le label emblématique du mouvement, Talkin' Loud (aujourd'hui aux abonnés absents), leur rap léger et funky fit merveille sur leur premier LP. Leur single "Stoned Again", hymne aux joies apaisantes des plantes médicinales, n'a pas pris une ride. Fort heureusement, le flambeau nu-soul a été repris depuis avec talent depuis par des artistes comme Quantic ou Doc "Sarko" Gynéco et n'est pas près de s'éteindre...

Galliano - "Stoned Again" tiré de "In Pursuit of the 13th Note" (1991, Talkin' Loud)

Neuf
Nine Livez

Tout d'abord je tiens à préciser aux lecteurs les plus sensibles qu'il ne s'agit pas de la photo du directeur général de la BNP ou du Crédit Lyonnais alors qu'ils venaient de renoncer à leur bonus annuel de 2 millions d'euros. Vous pouvez donc continuer sans crainte à emprunter aux banques des liquidités qu'elles vous prêteront à un taux bien supérieur que celui qu'elles ont obtenu avec l'argent de vos impôts.
Il s'agit en fait de la pochette du premier album de Nine, une photo de l'artiste prise après qu'il ait été réveillé à 8 heures du matin par son conseiller de la Caisse d'épargne.

Nine est un rappeur de NYC qui n'a sorti que peu d'albums (trois en quinze ans d'activité) mais qui a acquit une notoriété certaine avec son premier single "Whutcha Want". Le garçon possède une voix extraordinairement rauque, sans doutes dues à ses origines Jamaicaines: peut-être un lointain cousin de Shaggy ?

En tout cas ce style sied parfaitement à ce titre bien caractéristique de la cote est, minimaliste et puissant, bien loin du "fun" souvent injecté dans le rap de l'école californienne.

Nine - "Whutcha Want ?" tiré de "Nine Livez" (1995, Profile Records)

Bonne Année à Tous !
Tank

2008... Une année qui restera sans doute dans les anales, non pas du Queen, mais de l'histoire. Le système financier est en ruine, l'industrie licencie à tour de bras, des émeutes de la faim éclatent, Israël va rentrer à Gaza, l'Iraq et l'Afghanistan sont des guerres perdues.

Cependant de nouveaux espoirs sont nés: l'élection d'Obama aux USA et surtout l'inespérée 4ème place du PSG dans le championnat de France.

On se retrouve donc l'année prochaine pour de nouvelles aventures musicales et peut-être plus d'évènements positifs. J'espère que vous aurez pris autant de plaisir à nous lire cette année que nous à vous écrire. N'hésitez pas à continuer à laisser vos commentaires, cela nous motive !

Je vous laisse avec ce superbe morceau de Creative Controle, groupe de hip-hop Dublinois qui semble (malheureusement) avoir disparu depuis. "Bloodrush" est leur premier single et l'un de mes morceaux de rap préféré. Un titre difficile à trouver et d'une force rare. Mais comme disait Maitre Chen à son jeune disciple: "La puissance n'est rien sans contrôle petit scarabé".

Creative Controle - "Bloodrush" tiré du vinyl 12" (2002, Volta)

L’antidote à la Sauerkraut
Die Fantastischen Vier

Vous vous en souviendrez peut-être, nous vous avions récemment envoyés vous balader du côté de la Volga et de New Russia. Nous restons toujours en Europe (quoi que discutable pour la Russie, c’est ça ?), mais un peu plus proche de nous, chez nos voisins allemands. Ca tombe drôlement bien vous allez me dire parce que les Allemands, hein, c’est les champions de Noël, les décorations, les petits gâteaux, le Weihnachtsmann et tout.

Oui, bon moi et mon Deutscher passeport sommes d’accord avec vous sur ce point, mais il faudrait quand même songer à sortir de la Sauerkraut cinq minutes.
Commençons en douceur avec les bidouilleurs inclassables (hip hop allemand diront certains) que vous connaitrez surement que sont ces 4 fantastiques. Plus de 20 ans de carrière, des débuts à Stuttgart (moyen glam je vous le concède) pour s’installer à Berlin Kreuzberg (‘ahhhhhhh nous voilà rassurés’). Difficile de résumer leur parcours et leurs sons en une chronique, voici donc une petite introduction musicale outre-rhénane. Vous voyez, point de blousons en cuir ni de gueulante métalleuse donc !

Relax, c’est cool maintenant l’Allemagne.

Die Fantastischen Vier - "Tag Am Meer" tiré de "Die 4. Dimension" (1993, Columbia)

Fugue en Rap Majeur
Fugees - Blunted on Reality

Avant que ne fussent Lauryn Hill et Wycleef Jean, il était Fugees. Avec leur comparse Pras Michel, ce trio a enflammé l’univers du hip hop de quelques bombes incendiaires. Premiers faits d’arme en 1994 avec l’album Blunted On Reality, premier succès en attendant leur deuxième opus The Score qui reste un des albums rap les plus vendus au monde.

Revenons à ce premier opus, et au morceau « Vocab » dans lequel les Fugees impressionnent par leur maîtrise d’un rap acoustique et minimaliste. On sent pourtant la puissance qui se dégage de ce morceau, un son venu des tripes, des entrailles de l’âme. C’est brut, authentique mais groovy.

Que serait l’énergie sans la maîtrise ou la force brute sans le talent ? Question autant physique que métaphysique à vous rendre dépressif un Kant mais qui ne laisse pas sans voix les Fugees. La voie est dans le groove nous enseignent-ils. L’exercice n’est pas à qui braillera le plus fort ou à qui tchatchera  le plus vite, mais simplement que ça balance bien.

Assurément ce trio a la démarche chaloupée…

Fugees - "Vocab" tiré de "Blunted on Reality" (1994, Ruff House/Columbia)