Billets pour la catégorie Rap/Hip-Hop

Le Dernier Verset Du Guru
Guru - Jazzmatazz Vol1

Ce gourou avait sa tribu, nombreux et talentueux furent les membres de sa secte. Le rappeur Guru s’en est allé, trois petits tours de platine et c’est le silence…

Cofondateur de Gang Starr avec dj Premier, Guru s’est aussi largement fait connaître avec son projet Jazzmatazz qui conviait rappeurs et jazzmen à une fusion expérimentale du hip-hop et du jazz. Sur le 1° volume on pouvait écouter en 1993 sa collaboration avec le grand Donald Byrd sur « Loungin’ » ou encore « Le Bien, Le Mal » avec un MC Solaar au mieux de sa forme et de sa notoriété, invité qu’il était à côtoyer la fine fleur du hip-hop américain.

Quarante trois printemps et un crabe plus loin, la voix n’est plus, les enregistrements restent. Raison de plus pour écouter une dernière fois le prêche du gourou et la tchatche de Guru…

Guru « Jazzmatazz vol1 » (1993, Chrysalis Records/EMI)

"Lougin'"

"Le Bien Le Mal"

Australorapithèque
SMOS - Hip Hop and Jazz

S.MOS est ingénieur du son, clavier et pianiste de jazz, on le connaît pour son S.MOS Sextet ou encore un album avec les dj de Birdy Nam Nam. Il est aussi passionné de rap et hip-hop. L’homme a donc de bonnes racines comme il a la floraison fertile.

On lui doit un duo de compilations « Hip Hop & Jazz » mix entre versions originales et reprises rap de certains classiques et autres œuvres récentes du jazz. S.MOS n’hésite pas à l’affirmer, il a aussi retrouvé le plus ancien morceau de rap…

Pareille prétention prêterait à sourire… Comment trouver le morceau fondateur, on pressent les querelles de spécialistes. Jusqu’à ce qu’il annonce un millésime de 1937… Là, une fois la surprise passée, le doute s’installe, est-ce possible ? A une époque où la mère du premier rappeur ne devait pas être encore née…

Pas de beat, pas de sratch que des vocales. A l’écoute de ce superbe « Preacher and the Bear » des Golden Gate Quartet, l’étonnement est là. Au delà des chœurs tout en swing, la voix principale, tout en tchatche, est annonciatrice du rap.

L’histoire du rap n’est peut-être pas encore écrite que l’on découvre sa préhistoire… Au-delà des écrits certains creusent les strates géologiques du vinyle jusqu’au plus profond des racines musicales. Il y a quelque chose de l’archéologue chez ces musiciens et Djs dans leur recherche de l’australorapithèque et l’homme de Rock-magnon…

S.MOS « Hip-Hop & Jazz Mixtape chapter 1 » (2009, S.MOS)

The Golden Gate Quartet "Preacher And The Bear"

The Roots "Essaywhuman _!!!__!"

Gang Starr "Jazz Thing"

Planète Hip-hop
Fantastic Planet

L’univers du rap est vaste, on y compte quelques constellations gravitant autour de labels et de mouvements. Une stratosphère parfois encombrée, les étoiles filantes sans lendemain et les astéroïdes de matière sonique inerte y suivent des orbites aux asymptotes de l’oubli…

Mais le ciel sait parfois aussi s’illuminer de comètes aux traînées prometteuses. Ce Prométhée a donc volé le feu sacré du hip-hop de la planète fantastique. La Fine Equipe & Mattic ont su l’entretenir et l’alimenter de leurs influences.

Combustion des sons, incandescence des sens, cette Fantastic Planet est une promesse de mise en orbite sonique à chaque rotation de galette, fut-elle numérique ou de vinyle…

La Fine Equipe & Mattic « Fantastic Planet » (2010, Nowadays)

"1O Seconds"

"The Hokey Pokey"

"I Am Style"

Nam Nam

DJs: techniciens du son ou musiciens ?

J'avais abordé cette question existentielle dans une incroyable précédente chronique qui n'avait malheureusement pas été commentée, chose dont j'avais d'ailleurs parlé à ma mère qui en avait proprement scandalisée.

Pour ceux qui ont encore des doutes, voici une vidéo du collectif de DJs Birdy Nam Nam (une référence à Peter Sellers disant "Birdy Num Num" en donnant à manger à un oiseau pendant le film "The Party"), lors de leur victoire par équipe aux championnat du monde DMC en 2002. Une performance éclectique et technique, bien au delà du simple enchaînement, qui aura bien scotché nos amis américains lors du concours.

Cette fine équipe vient d'ailleurs de gagner la Victoire de la musique dans la catégorie électro cette année. Si on peut regretter que Wax Tailor ne l'ai pas emporté on leur sait néanmoins gré d'avoir évité à l'insupportable David Guetta, lui aussi nominé, d'être allé cherché son petit trophée. Remarque David mériterait largement une Victoire spéciale pour supporter Cathy.
Mais je m'égare.

Revenons donc à nos moutons et nos platines Technics... Birdy Nam Nam est un groupe qui sait aussi se faire intéressant en concert en intégrant régulièrement des musiciens acoustiques (Bumcello les a souvent accompagnés).

Depuis cette vidéo, le collectif a intégré un quatrième DJ (Pone) et a sorti un album plutôt intéressant. Affaire à suivre....

Birdy Nam Nam - DMC 2002 Contest

Beat Mortuaire
Cypress Hill - Black Sunday

Le Rap produit beaucoup et pas forcément que du bon, on y croise nombre de tchatcheurs qui se croient rappeurs et des sons brouillons pour seule jungle urbaine. Et il y a ceux qui remettent les pendules à l’heure.

Cypress Hill est de ceux-là. En 1993 sort leur deuxième album « Black Sunday », une référence, un macadam californien millésimé. L’œuvre est d’une noirceur d’un décembre orageux, à l’ombre des cyprès, la colline a sombré du coté obscur du rap. Même l’excellent sample de Dusty Springfield sur « Hits from the Bong » n’en altère pas la noire beauté.

Et il y a l’incendiaire « Insane In The Brain » dont le napalm n’en finit pas de consumer des générations de danseurs. Un son à vous réveiller un mort, quand Cypress Hill joue aux osselets dans le cimetière…

Cypress Hill "Black Sunday" (1993, Columbia)

"Hits From The Bong"

"Insane In The Brain"

La Faim Du Rap
John Barry - Iswhat - Big Appetite

Plat du jour : Pièce de rap américain servi avec sa sauce jazz. Une mise en bouche goûteuse avec « Iswhat ?! » aux fourneaux pour son dernier cd, Big Appetite. En cuisine on retrouve un collectif mouvant de musiciens autour du duo Jack Walker & Napoleon Maddox…

Napoleon étant de la partie, on est donc rassuré sur la stratégie du groupe, l’artillerie hip-hop pilonne le gros des troupes quand la cavalerie jazz surprend le flan est… Et Jack Walker rappelle trop les whiskys pour ne pas nous enivrer à satiété…

On pourrait craindre le burger rap indigeste, il n’en est rien. Le régime est riche en protéine de groove et juste ce qu’il faut de lipides pour le moelleux… Une diététique de la partition aux notes pleines de saveurs.

Is What?! « Big Appetite » (2009, OSNR records)

"Homestead"

"Cake"

Arapica Corsé
Mos Def - The Ecstatic

Beau retour musical pour cet artiste qui se cherche entre acteur et rappeur. Le musicien s’est fait connaître avec quelques belles collaborations (De La Soul…) et son premier album « Black On Both Sides » sorti en 1999. L’acteur lui enchaîne les rôles dans des séries ou films, pas tous connus mais on notera ses collaborations avec Spike Lee ou Michel Gondry.

Son « ecstatic » est un heureux cocktail entre le whisky du bronx et un meilleur arabica, entre hip-hop façon old school et influence arabisante, des sons recherchés pour un beat groovy. S’il hésite entre le vinyle et la pellicule, le son pourrait bien l’emporter sur l’image… L’impression se confirme écoute après écoute, gorgée après gorgée, l’arôme de l’arabica est là, avec son arrière-goût de macadam pour seul terroir.

Entre expresso serré et allongé à l'américaine, la torréfaction musicale est optimale, évitant la tachycardie d’un mauvais rap et le breuvage d’une partition insipide.

Mos Def « The Ecstatic » (2009, Cooperative Music)

"Auditorium"

"History"

"The Embassy"

"Twilite Speedball"

Visite de Notre Laboratoire de Scratch

Pour commencer, un excellente vidéo réalisée par Chris Cairns, un réalisateur qui s'est ici associé aux groupes Scratch Perverts et Foreign Beggars, fers de lance de la production hip-hop actuelle chez nos amis bouffeurs de corned beef à la sauce à la menthe.
Si la musique n'est pas franchement intéressante, la vidéo est superbe et mérite votre attention pour quelques minutes...

Pour se rattraper musicalement, je vous propose ce single des très étrangement nommés "This Kid Named Miles And Medusa". Une véritable petite bombe hip-hop/funk plutôt old school parue sur une excellente compil dont les bénéfices vont aux activistes environmentalistes du Rainforest Action Network.
Une bonne manière de masser à la fois vos tympas et votre karma.

This Kid Named Miles And Medusa - "New Definition" tiré de "Impeach The Precedent" (2005, KickSnare Hat / Kajmere Sound)

Mise en Orbite
NASA - The Spirit of Apollo

La NASA vient de réussir la mise en orbite de son dernier engin. Il émet désormais depuis son orbite géo-stationnaire un signal régulier et parfaitement audible. Révolution après révolution il propage un son de groove sur les ondes de la planète...

L'engin ne mesure pourtant que 12 cm de largeur et un simple lecteur de cd suffit à le mettre en rotation. Si les spécialistes de la NASA sont bien des experts de haute volée, leur technologie est plus sonique que spatiale. Derrière la North America South America, on trouve les deux djs Sam Spiegel et Ze Gonzales et si leur galette numérique n'a pas la taille d'une navette spatiale, elle embarque pourtant un impressionnant équipage. David Byrne, Seu Jorge, RZA (Wu Tang Clan), Chuck D (Public Enemy), Tom Waits, Georges Clinton et la liste est longue...

Avec un tel équipage il y aurait de quoi faire reculer les frontières de la connaissance musicale au delà du système sonique. On reste quand même dans l'univers connu du hip hop et de l'électro, on a beau faire des révolutions autour de la planète cela ne fait une révolution pour autant. Mais il est quand même quelques étoiles sonnantes qui méritent de lever les tympans vers cette constellation musicale.

N.A.S.A - "The Spirit of Apollo" (2009, Spectrophonic)

"Hip Hop"

"Spacious Thoughts" (Feat. Tom Waits & Cool Keith)

"NASA Anthem" (Feat. KRS-One, Fatlip & Slim Kid Tre)

Tremblement de Basse
Bomb The Bass - Clear

Nom d'emprunt du producteur londonien Tim Simenon (peut-être un cousin groovy de Georges "Maigret" Simenon), Bomb The Bass a marqué le début des années quatre vingt dix de quelques singles ravageurs comme "Beat Dis".

Premier single de son troisième album (sans doute le meilleur), "Bug Powder Dust" est un mélange électro hip-hop du meilleur gout, porté de bout en bout par une hypnotique boucle de basse, composée originellement par le bassiste américain de Jazz Alphonso Johnson (précision pour les fans de Weather Report)..

Bomb the Bass feat. Juystin Warfield - "Bug Powder Dust" tiré de "Clear" (1994, Island)

Pharcyde
The Pharcyde - B Singles

Un des groupes essentiel du hip-hop de la côte ouest, the Pharcyde s'est distingué de ses collègues californiens hédonistes par un son plus jazzy, abstrait et éclectique. Un parfait exemple ici avec ce "Pandemonium" qui n'a été publié que sur un recueil de faces B.

Le classique "Runnin" aura été le single qui m'aura introduit à ce groupe qui ne produira que 4 albums en douze ans, les trois premiers d'une qualité époustouflante.
Mais tout comme le plan de stock options de la société générale, les meilleurs choses ont une fin et le groupe se désagrègera en 2000 avant l'extinction définitive des feux en 2002.

The Pharcyde - "Pandemonium" tiré de "Sold My Soul: The Remix & Rarity Collection" (2005, Funky Chemist)

The Pharcyde - "Runnin" tiré de "Labcabincalifornia" (1995, Delicious Vinyl)

Ni Acide Et Pas Très Jazz
Galliano - In Pursuit of the 13th Note

Rétrospectivement, la vague Acid Jazz en vogue au début des années 90 fut plutôt pauvre musicalement. La plupart des groupes de l'époque (Brand New Heavies, Incognito, James Taylor Quartet...) proposèrent une relecture "moderne" de la Soul/Funk 70s qui n'avait pas beaucoup de profondeur. Certes la soupe au gout de Hammond eut comme intérêt d'ouvrir nos oreilles aux parrains du groove mais il faut bien reconnaitre que la plupart de ces artistes ont, comme Brigitte Bardot, bien mal vieilli.

Il y eut bien entendu quelques belles exceptions comme l'extraordinaire premier album de US3 ou encore les très groovy Corduroy.
Bien que d'une qualité inconstante, les productions des londoniens de Galliano surent également proposer une fusion intéressante, à la croisée du hip-hop old school et des battements contemporains.

Signés par le label emblématique du mouvement, Talkin' Loud (aujourd'hui aux abonnés absents), leur rap léger et funky fit merveille sur leur premier LP. Leur single "Stoned Again", hymne aux joies apaisantes des plantes médicinales, n'a pas pris une ride. Fort heureusement, le flambeau nu-soul a été repris depuis avec talent depuis par des artistes comme Quantic ou Doc "Sarko" Gynéco et n'est pas près de s'éteindre...

Galliano - "Stoned Again" tiré de "In Pursuit of the 13th Note" (1991, Talkin' Loud)