Billets pour la catégorie Reggae/Ska

Le Dub de Prêtre Jean
Tommy T - The Prester John Sessions

Au moyen âge était un royaume mythique brillant de ses richesses et de la bonté de son roi connu sous le nom de Prêtre Jean (Prester John). En ces temps obscurs, où les cartes étaient plus mythiques que géographiques, une certaine confusion régnait sur la localisation de son royaume. D’aucuns le situaient en Inde, quand d’autres le voyaient au Moyen-Orient ou encore en Ethiopie…

Cette contrée, autant lointaine que fascinante, enflamma l’imaginaire moyenâgeux, ses fleuves charriaient des trésors, on y trouverait la fontaine de jouvence et même les jardins de l’Eden… Plus prosaïquement les royaumes européens espéraient trouver un allié chrétien pour prendre en tenaille les musulmans… De ce royaume, nul n’en trouva trace mais il suscita nombre d’expéditions qui permirent de mieux tracer la carte du monde.

Voilà qui clos le petit cours d’histoire-géo, on peut passer au solfège…

De cette mystique géographique et historique, Tommy T en a tiré un évangile personnel, saintes écritures de partitions mêlant les genres. En sa paroisse viennent communier la tradition éthiopienne, le mysticisme enfumé du dub et la ferveur du funk…

Le tout sorti sur le label Easy Star, petite chapelle à l’acoustique plaisante où aiment à se rendre en pèlerinage vos pieux ultra chroniqueurs…

Tommy T « The Prester John Sessions » (2009, Easy Star Records)

"The Call"

"Oromo Dub"

"Tribute To A King"

Les Soldats du Roots
The Gladiators - Proverbial Reggae 

Cet album est sans aucun doute au reggae ce que "Les lacs du Connemara" est à la discographie de Michel Sardou: un de ces sommets majestueux qui jalonnent la grande chaîne musicale.

Trio dirigé par le songwriter Albert Griffiths, The Gladiators signe son deuxième opus et deuxième coup de maître avec ce bien nommé "Proverbial Reggae". Paru sur le label Virgin en 1976, à un moment ou le succès international de Saint Bob Marley à ouvert bien des portes aux groupes jamaïcains, cet album restera un diamant éternel dans la grande histoire du reggae.

A la fois puissant (présence du monstre Sly Dunbar à la batterie) et mélodique, soulignant les superbes harmonies vocales qui auraient pu naître sur les bords de la Mersey, cet album est tout simplement indispensable à tous les amateurs de Reggae roots.

En prime un version inédite et introuvable du classique "Dreadlocks The TIme is Now", digitalisée depuis une vieille cassette de mon ami Sylvano. Vous nous pardonnerez donc le son quelque peu "dégradé analogique"...

The Gladiators - "Proverbial Reggae" (1976, Virgin)

"Dreadlocks the Time is Now"

"Stick a Bush"

"We'll Find The Blessing"

"Dreadlocks The Time Is Now (Alternate Vano Version)"

Essence de Dub
Dubphonic - Relight

Rallumer le feu, c’est l’exercice de pyromane auquel se livre ce trio parisien, Dubphonic, sur son album « Relight ». Sur les fagots du trip-hop, coule l’essence du dub. Que viennent quelques étincelles électroniques et la chose s’enflamme mieux qu’un napalm musical.

Ce trio, au sein du quel on retrouve entre autre Alexis Mauri (aka Alexkid), s’est fait connaître avec quelques remix (Richard Dorfmeister, Linval Thompson) avant le succès de leur premier album. Ce deuxième opus, électro-dub aux ambiances plus trip-hop, consacre un talent hautement inflammable.

Si le bilan carbone de l’album nous est inconnu, il y a suffisamment d’énergie pour carboniser tout tympan qui se respecte. Mais du feu lent du dub, de ceux qui vous consument lentement mais sûrement…

Dubphonic « Relight » (2009, Taktic Music)

"The Only Girl On Earth" Featuring Liset Alea"

"Ricky Balboa" Featuring Mau

Jeux De Main, Jeux De Vilains
Main Thierry Henry

Je suis en voyage en Irlande depuis vendredi et c'était donc une expérience plutôt intéressante de voir le match France-Eire, depuis un petit pub dans le centre du pays ou j'étais évidemment le seul hexagonal.

Au coup de sifflet final je me suis senti honteux d'avoir gagné d'une telle manière... Autant dire que je ne me suis pas trop attardé dans les parages. Ce match représente bien tout ce que je n'aime pas dans le foot: un tirage au sort organisé par la FIFA afin que les gros ne se rencontrent pas et faire ainsi un maximum d'argent, refuser l'arbitrage vidéo à l'encontre de toute logique sportive, voir un grand joueur comme Henry laisser passer l'occasion de devenir un très grand joueur et enfin supporter la vue de Raymond Domenech exulter alors qu'il devrait prendre des vacances prolongées...

Tout cela n'est qu'un jeu évidemment mais vu l'importance inconsidérée que prend ce sport dans nos sociétés on ne peut que regretter que l'enjeu prenne le pas sur toutes les règnes élémentaires de fair-play. On entend souvent la phrase cliché "Seule la victoire est belle". Cette maxime douteuse convient sans doute à notre sélectionneur mais il en est d'autres qui aiment le sport pour la beauté du geste et l'esprit de compétition. Sans suis-je un peu idéaliste... Mais au final, l'Irlande aurait du gagner et nous renvoyer à notre médiocrité.

Mieux vaut sortir la tête haute que de vaincre sans gloire.

Clint Eastwood & General Saint - "Shame and Scandal" (1992, Shamachie)

Moise ou la Rédemption Jamaïcaine
Children Of Jah

En son temps Marcus Garvey, mythique syndicaliste américain et précurseur du panafricanisme, enjoignait l'homme noir à regarder vers l'Ethiopie. Le négus Ailé Sélassié y régnait en roi s'opposant au diktat de l'homme blanc. L'ancêtre de Berlusconi pour être plus précis, en un temps où l’Ethiopie était sous la botte italienne...

L'homme noir attend toujours son Moïse, son lion conquérant des versets bibliques, qu'aiment à rappeler les chanteurs aux yeux rougis d'un rastafarisme enfumé. Lui faudra t-il regarder vers le soleil crépusculaire de l’astre jamaicain? Peut-être…

On ira pourtant pas qualifier les Shantells d’enfants de choeurs, après un seul album le groupe se sépare en 1979 suite à l’arrestation de plusieurs de ses membres pour trafic de drogue. Le leader, ou dealer, du groupe se fera descendre par la police lors d’un cambriolage… On a connu meilleur dossier pour la canonisation.

Reste Lopez Walker et son “Send an Other Moise”, relecture embrumée des évangiles. Oui, le Nazaréen portait des dreads!

Lopez Walker « Children of Jah : the Shantells & Friends 77-79 » (1999, Blood and Fire)

"Send Another Moses"

Innocente Jeunesse
Musical Youth - Anthology

En 1982, le morceau de reggae « Pass The Dutchie » connaîtra un succès planétaire. Il ne s’agissait pourtant que d’un groupe de gamins anglais imberbes de toute dread. Le genre à se mettre minable en soirée au Champomy…

Ce qui est cocasse dans l’histoire c’est que le morceau au départ est un standard jamaïcain des plus fumeux… Le rastaman aux dreads affirmés aura reconnu le « Pass The Kutchie » des Mighty Diamonds. Et là c’est une autre histoire que nous racontent ces gastronomes du basilic jamaïcain…

On se demande d’ailleurs comment cette nation, à la nonchalance érigée en vertu cardinale, a pu sortir des champions à 9,69 comme Hussein Bolt. On a peut-être pas assez étudié le basilic… Mais on s’éloigne du sujet.

Expurgé des références enfumées de leur ancêtres, les Musical Youth nous servent une version au groove implacable. Il aura suffit de transformer un K en D pour faire d’un standard, encrassé de THC, un hit. L’alphabet jamaïcain reste décidément bien surprenant.

Musical Youth - "Pass The Dutchie" tiré de "Anthology" (1982, MCA Records)

The Mighty Diamonds "Pass The Kutchie" tiré de "Big Blunts – 11 Smokin’ Reggae Hits" (1994, Remark)

UM Podcast #22: Juanito - Babylon By Dub
Ultramagnetique Podcast - Juanito - Babylon by Dub

Amis de la glisse, bonsoir !

C'est à une invitation à planer en toute légalité pendant plus d'une heure que je vous convie, avec le deuxième podcast de mon estimé confrère et ami, le druide sonique MC Juanito.

Du classique (LKJ, Burning Spear), de l'ancien (les toujours excellents Dub Specialists de chez Studio One) mais aussi de l'inattendu avec le réjouissant mashup de l'inépuisable Shantel. Un véritable éventail de la richesse du son Dub, dont le maitre restera sans doute un vieux sorcier nommé Lee Perry.

Une faiblesse personnelle bien pardonnable pour le fantastique "Abyssinean Dub", des malheureusement inconnus Blue Asia, qui vous transportera dans un monde meilleur.

Juanito - "Babylon By Dub"
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Tracklisting:

01 – Alania – Jah Jah is Comming (DS Special Edit)
02 – Aswad – Mosman Skank
03 – Prince Far I & The Arabs – Long Life
04 – Dub Specialists – Running Dub
05 – Linton Kwesi Johnson – Reality Dub
06 – Burning Spear – All Over
07 – Djigui – Ladilikan (vocal & dub mix)
08 – Femi Kuti – Eregele (Seven Dub mix)
09 – Loop Guru – Aphrodite’s Shoe
10 – Beats International – The Invasion of the Estate Agents
11 – Rona Hartner & Dj Click vs Shantel – Inele Inel de Aur (Bucovina dub)
12 - Dub Specialists – Live in Harmony
13 – U Roy & François Kervorkian – Rootsman
14 – Rockers Hi-Fi – Transmission Central
15 – Echo Pilot – Madcircus Dub
16 - Blue Asia – Abyssinean Dub
17 - Manusound – I Have a Dream
18 – Molécule - Daims

La Lointaine Terre du Reggae
The Black Seeds - Solid Ground

Il est là bas une île aux verts pâturages et à l’herbe grasse, autant que son reggae. Il s’agit évidemment de la Nouvelle-Zélande au cas où certains se seraient égarés sur leur mappemonde…

Une terre fertile où s’épanouissent les Black Seeds dignes ambassadeurs de la république du rastafarisme. Un reggae solide, bien en terre, aux profondes racines, comme le rappelle le titre Solid Ground, du roots quoi ! On a beau aimer le plancher des vaches, la tête dans les nuages c’est bien aussi, la stratosphère jamaïcaine et ses gaz rares on aime çà à Wellington…

Vous connaissiez le tendre agneau de Nouvelle-Zélande, doux souvenir de ces dimanches Pascal en famille… Impossible d’oublier les All Black ! Mais beaucoup moins tendre comme viande, le français digère très mal… Alors à ceux fatigués de l’agneau Pascal ou des bleus à l’âme des hommes en noir, croquez donc ce kiwi aux saveurs jamaïcaines…

The Black Seeds - "Solid Ground" (2008, Sonar Kllektiv)

"Come To Me"

"Make A Moove"

Aux Armes
Gainsbourg - Aux Armes Et Caetera

Le 14 Juillet est sans doute le jour que je déteste le plus de l'année. Sans doute parce que je ne suis pas pompier.

J'avoue toujours appréhender ces hordes obscures qui lancent des explosifs à la figure des badauds. Et puis le pire de la banlieue prend possession de la la capitale pendant la nuit, brulant quelques voitures pour conjurer le sort qui leur fera retourner dans leur ghetto au petit matin et au pôle emploi le jour suivant, ou leur CV sera mis en fin de pile pour cause de nom à consonance arabe.
Mais le cynisme m'égare, sans doute les choses sont-elles plus simples et pacifiques en dehors de Paris...

Je laisse donc la parole à notre ami Serge, fils d'immigré juifs russes, et dont l'interprétation jamaicaine de notre hymne national porte plus haut les valeurs de la France éternelle que tous les discours de Nicolas Sarkozy ou les défilés militaires.

Serge Gainsbourg - "Aux Armes etc" tiré de "Aux Armes Et Caetera" (1979, Universal)

La Dynamique du Reggae
The Dynamics Reggae

Au départ l’histoire lyonnaise de quelques gars qui reprennent des standards en Reggae, jusqu’à la signature d’un premier album sur un label Allemand. On peut certes leur reprocher de faire plus dans la reprise que dans la composition originale. J’entends déjà les, « trop facile les reprises !» et autres « comment peut-on oser profaner l’intouchable ? ». Mais l’iconoclaste est un cocktail dans lequel je trempe volontiers mes lèvres gourmandes de sons nouveaux.

Un rugissement qui retentit dans la savane française de quelques classiques pop rock, de Led Zep à Prince en passant par Herbie Hancock. Plutôt sympa et assez réussi cette relecture jamaïcaine de standards, notamment le « Whole Lotta Love » autant emporté qu‘enfumé…

Au final une association de lyonnais plus groove-fêteurs que malfaiteurs…

The Dynamics - "Version Excursions" (2007, Groove Attack)

"Girls and Boys"

"Whole Lotta Love"

"Rockit"

Shaft in Kingston
Cedric Brooks

Un des piliers du label Studio One, Cedric "Im" Brooks posera son sax sur un nombre innombrable de titres de ska au cours des années soixante et soixante-dix. Ici en écoute, une reprise du célèbre théme de Shaft d'Isaac Hayes avec cette inimitable touche Jamaicaine qui ravira sans doute à la fois les afficionados de funk et de culture hydroponique.

Cedric "Im" Brooks - "Shaft" tiré de "Studio One Funk" (2004, Soul Jazz)

Jah, Janus & Aswad
Aswad Live and Direct

Janus, est le dieu romain des passages, ouvertures et portes, oui même l'Eden Palace a besoin de son portier. Le temps a passé, la modernité mécréante s'est détournée de Janus et ses portes, lui préférant Otis et ses ascenseurs... Janus aux deux visages, l'un tourné vers le passé l'autre vers l'avenir, symbole du passage, la langue en fera une dualité.

Tous les chemins menant à Rome, Aswad y aura donc croisé Janus... Car il est étonnant de voir un groupe présenter deux visages aussi opposés du reggae. Dans le stras du succès et des plateaux télé, il y a d'abord Aswad quand ressort en eux leurs vieux démons d'UB40... Mais dans l'ombre de petites salles aux boiseries brunies des exhalations enfumées de générations de jamaïcains, il y a l'autre face d'Aswad. Plus sombre c'est sûr; et pourtant si lumineuse...

Enregistré en 1983 au carnaval de Nottinghill, rien que ça, ce "Live & Direct" offre donc d'emblée quelques solides garanties. On y retrouve le meilleur d'Aswad, notamment sur ce "Rockers Medley", pur moment de "live" où la puissance de la section rythmique n'a d'égale que le feu des cuivres.

En écoutant ce morceau d'anthologie on se dit que l'on a trop chargé en Janus, on a le métabolisme groggy et la mythologie groovy. Et dans l'épaisse fumée du mysticisme jamaïcain, Jah nous ouvre toutes grandes les portes...

Aswad - "Live & Direct" (1983, Island Records)

"Rockers Medley"

"Love Fire"