Billets pour la catégorie Reggae/Ska

King des Tubes
king tubby - the man and his music

Osbourne Ruddock, alias King Tubby, fut un des principaux producteurs jamaïcains de reggae et un des créateur du dub. Au départ ingénieur du son, il a pu mettre sa maîtrise de la technique au service de sa créativité. D’abord technique, n’hésitant pas à bricoler le matériel qu’il achetait, créant quelques innovations permettant une nouvelle approche du son (réverbération, écho…). Il concevra d’ailleurs tous les circuits du Black Art Studio de Lee Scratch Perry autre grand musicien et producteur jamaîcain…

Une créativité artistique aussi, quand on connaît toutes ses productions personnelles et le gotha de musiciens passés par son studio. On venait s’y défoncer à coup de basse, planer sous les effets soniques de ce dealer de bonnes vibes.

Il a fait partie de ces quelques noms, Lee Scratch Perry, Coxonne Dod… qui ont fait le son du reggae. Mais pas seulement, en même temps qu’ils conjugaient l’alphabet musical jamaïcain au futur, ils étaient, sans le savoir, pionniers de toutes les musiques électro. Une filiation assumée par la mouvance électro qui se délecte des sons dub.

Un parcours musical retracé sur cette compilation « The Man And His Music » égrainant quelques productions de King Tubby des années 70.

King Tubby « The Man And His Music » (2010, Consart SA – Vibrations)

Bongo Herman and Bingy Bunny "Hark Of The Covenant"

Welton Irie "Give Jah The Glory"

Glen Brown and King Tubby "The Collie Man"

Harmonies On Da Beach

Quasiment inconnus en dehors de leur Jamaïque natale, le trio reggae "The Overtakers" n'est pourtant pas issu de la dernière pluie. Né en 1950, Ruben Brooks le compositeur du groupe a passé sa jeunesse à Kingston avec tous les grands de l'époque: Bob, Jimmy Cliff, Lee Perry, Gérard Lenorman. On ne pourrait rêver de meilleure éducation musicale.

Merci d'ailleurs à Haroldo pour m'avoir indiqué cette perle, filmée non pas au club Mickey de la Baule-les-Pins mais sur une plage de Kingston, avec les moyens du bord (le caméraman avait les yeux rouges). Et puis, quelle musique !

Inspirée par le son roots, la musique des Overtakers est authentique, loin des ragga boys homophobes qui sévissent dans les charts locaux, et mériterait un succès en dehors de leurs bases. J'aime particulièrement les harmonies vocales de Ruth Brooks, la femme de Ruben, qui me rappelle celles des Gladiators.

Lorsque le Ruben est en Ruth leur chant s'envole.

The Overtakers - Pampanella beat that soundbwoy

Dub Side Of The Moon
Easy Star All Stars - Dub Side Of The Moon

Troisième et dernier volet du triptyque de reprise reggae réalisé par le collectif Easy Star All Stars. En fait chronologiquement il s’agit du premier, avant Radiodread (reprise de Radiohead) et Easy Star’s Lonely Heart Dub Band (reprise des Beatles) déjà chroniqués.

L’aventure commençait donc très fort en 2OO3 avec cette reprise dub du mythique album des Pink Floyd. Il témoignait des ambitions de ce collectif qui n’avait aucune crainte de déboulonner de leur piédestal d’aussi prestigieux albums. Comme toujours on convie quelques guests, Frankie Paul, Dr Israel, Ranking Joe, The Meditations…

Il faut reconnaître que l’ambiance musicale de l’album Dark Side Of The Moon des Pink Floyd se prête bien au dub, les substances illicites sont peut-être plus exotiques, mais on plane tout autant dans une ambiance très aérienne. D’ailleurs sur le cultisime Money, le son du bandit manchot et son flot de pièces est ici remplacé par un son de briquet, les toux d’un jamaïcain et le glouglou de sa pipe à eau…

On notera tout l’à propos de ce collectif dans le choix des noms d’albums, Radiodread, Dub Side Of The Moon… Ils auraient fait de redoutables chroniqueurs…

Easy Star All Stars « Dub Side Of The Moon » (2003, Easy Star Records)

"Speak To Me Breathe (In The Air)"

"Time"

"Money"

"Any Colour You Like"

De la Genèse Jamaïcaine
Burning Spear - Studio One

Premier d’entre les premiers, en référence au titre d’un de ces albums remettant l’homme noir dans sa juste place au sein de l’histoire, il est aussi le dernier d’entre les derniers, brontosaure jamaïcain qui a toujours su rester sur le devant de la scène.

Winston Rodney, aka Burning Spear, s’il fut de la genèse du reggae, est aussi un des grands apôtres du rastafarisme. Son combat pour promouvoir l’homme noir et les valeurs rastas fut de tout temps, il est celui qui a réhabilité la mémoire de Marcus Garvey, célèbre syndicaliste américain né en Jamaïque.

C’est sur les conseils même de Bob Marley que Winston alla enregistrer ses premiers albums à Studio One à l’aube des années 70. Le prêcheur avait trouvé sa paroisse… Avec Coxone Dodd, producteur et fondateur du label, il écrirait les premières pages de son évangile musical. Une oeuvre compilée par Soul Jazz Records dans son travail d'exégèse des enregistrements de Studio One.

Un mysticisme qui s’écoute autant qu’il s’inhale avant de rejoindre la terre promise de Kingston…

Burning Spear « Sounds From The Burning Spear » (2004, Soul Jazz Records)

"Rocking Time"

"Joe Frazier"

Le Dub de Prêtre Jean
Tommy T - The Prester John Sessions

Au moyen âge était un royaume mythique brillant de ses richesses et de la bonté de son roi connu sous le nom de Prêtre Jean (Prester John). En ces temps obscurs, où les cartes étaient plus mythiques que géographiques, une certaine confusion régnait sur la localisation de son royaume. D’aucuns le situaient en Inde, quand d’autres le voyaient au Moyen-Orient ou encore en Ethiopie…

Cette contrée, autant lointaine que fascinante, enflamma l’imaginaire moyenâgeux, ses fleuves charriaient des trésors, on y trouverait la fontaine de jouvence et même les jardins de l’Eden… Plus prosaïquement les royaumes européens espéraient trouver un allié chrétien pour prendre en tenaille les musulmans… De ce royaume, nul n’en trouva trace mais il suscita nombre d’expéditions qui permirent de mieux tracer la carte du monde.

Voilà qui clos le petit cours d’histoire-géo, on peut passer au solfège…

De cette mystique géographique et historique, Tommy T en a tiré un évangile personnel, saintes écritures de partitions mêlant les genres. En sa paroisse viennent communier la tradition éthiopienne, le mysticisme enfumé du dub et la ferveur du funk…

Le tout sorti sur le label Easy Star, petite chapelle à l’acoustique plaisante où aiment à se rendre en pèlerinage vos pieux ultra chroniqueurs…

Tommy T « The Prester John Sessions » (2009, Easy Star Records)

"The Call"

"Oromo Dub"

"Tribute To A King"

Les Soldats du Roots
The Gladiators - Proverbial Reggae 

Cet album est sans aucun doute au reggae ce que "Les lacs du Connemara" est à la discographie de Michel Sardou: un de ces sommets majestueux qui jalonnent la grande chaîne musicale.

Trio dirigé par le songwriter Albert Griffiths, The Gladiators signe son deuxième opus et deuxième coup de maître avec ce bien nommé "Proverbial Reggae". Paru sur le label Virgin en 1976, à un moment ou le succès international de Saint Bob Marley à ouvert bien des portes aux groupes jamaïcains, cet album restera un diamant éternel dans la grande histoire du reggae.

A la fois puissant (présence du monstre Sly Dunbar à la batterie) et mélodique, soulignant les superbes harmonies vocales qui auraient pu naître sur les bords de la Mersey, cet album est tout simplement indispensable à tous les amateurs de Reggae roots.

En prime un version inédite et introuvable du classique "Dreadlocks The TIme is Now", digitalisée depuis une vieille cassette de mon ami Sylvano. Vous nous pardonnerez donc le son quelque peu "dégradé analogique"...

The Gladiators - "Proverbial Reggae" (1976, Virgin)

"Dreadlocks the Time is Now"

"Stick a Bush"

"We'll Find The Blessing"

"Dreadlocks The Time Is Now (Alternate Vano Version)"

Essence de Dub
Dubphonic - Relight

Rallumer le feu, c’est l’exercice de pyromane auquel se livre ce trio parisien, Dubphonic, sur son album « Relight ». Sur les fagots du trip-hop, coule l’essence du dub. Que viennent quelques étincelles électroniques et la chose s’enflamme mieux qu’un napalm musical.

Ce trio, au sein du quel on retrouve entre autre Alexis Mauri (aka Alexkid), s’est fait connaître avec quelques remix (Richard Dorfmeister, Linval Thompson) avant le succès de leur premier album. Ce deuxième opus, électro-dub aux ambiances plus trip-hop, consacre un talent hautement inflammable.

Si le bilan carbone de l’album nous est inconnu, il y a suffisamment d’énergie pour carboniser tout tympan qui se respecte. Mais du feu lent du dub, de ceux qui vous consument lentement mais sûrement…

Dubphonic « Relight » (2009, Taktic Music)

"The Only Girl On Earth" Featuring Liset Alea"

"Ricky Balboa" Featuring Mau

Jeux De Main, Jeux De Vilains
Main Thierry Henry

Je suis en voyage en Irlande depuis vendredi et c'était donc une expérience plutôt intéressante de voir le match France-Eire, depuis un petit pub dans le centre du pays ou j'étais évidemment le seul hexagonal.

Au coup de sifflet final je me suis senti honteux d'avoir gagné d'une telle manière... Autant dire que je ne me suis pas trop attardé dans les parages. Ce match représente bien tout ce que je n'aime pas dans le foot: un tirage au sort organisé par la FIFA afin que les gros ne se rencontrent pas et faire ainsi un maximum d'argent, refuser l'arbitrage vidéo à l'encontre de toute logique sportive, voir un grand joueur comme Henry laisser passer l'occasion de devenir un très grand joueur et enfin supporter la vue de Raymond Domenech exulter alors qu'il devrait prendre des vacances prolongées...

Tout cela n'est qu'un jeu évidemment mais vu l'importance inconsidérée que prend ce sport dans nos sociétés on ne peut que regretter que l'enjeu prenne le pas sur toutes les règnes élémentaires de fair-play. On entend souvent la phrase cliché "Seule la victoire est belle". Cette maxime douteuse convient sans doute à notre sélectionneur mais il en est d'autres qui aiment le sport pour la beauté du geste et l'esprit de compétition. Sans suis-je un peu idéaliste... Mais au final, l'Irlande aurait du gagner et nous renvoyer à notre médiocrité.

Mieux vaut sortir la tête haute que de vaincre sans gloire.

Clint Eastwood & General Saint - "Shame and Scandal" (1992, Shamachie)

Moise ou la Rédemption Jamaïcaine
Children Of Jah

En son temps Marcus Garvey, mythique syndicaliste américain et précurseur du panafricanisme, enjoignait l'homme noir à regarder vers l'Ethiopie. Le négus Ailé Sélassié y régnait en roi s'opposant au diktat de l'homme blanc. L'ancêtre de Berlusconi pour être plus précis, en un temps où l’Ethiopie était sous la botte italienne...

L'homme noir attend toujours son Moïse, son lion conquérant des versets bibliques, qu'aiment à rappeler les chanteurs aux yeux rougis d'un rastafarisme enfumé. Lui faudra t-il regarder vers le soleil crépusculaire de l’astre jamaicain? Peut-être…

On ira pourtant pas qualifier les Shantells d’enfants de choeurs, après un seul album le groupe se sépare en 1979 suite à l’arrestation de plusieurs de ses membres pour trafic de drogue. Le leader, ou dealer, du groupe se fera descendre par la police lors d’un cambriolage… On a connu meilleur dossier pour la canonisation.

Reste Lopez Walker et son “Send an Other Moise”, relecture embrumée des évangiles. Oui, le Nazaréen portait des dreads!

Lopez Walker « Children of Jah : the Shantells & Friends 77-79 » (1999, Blood and Fire)

"Send Another Moses"

Innocente Jeunesse
Musical Youth - Anthology

En 1982, le morceau de reggae « Pass The Dutchie » connaîtra un succès planétaire. Il ne s’agissait pourtant que d’un groupe de gamins anglais imberbes de toute dread. Le genre à se mettre minable en soirée au Champomy…

Ce qui est cocasse dans l’histoire c’est que le morceau au départ est un standard jamaïcain des plus fumeux… Le rastaman aux dreads affirmés aura reconnu le « Pass The Kutchie » des Mighty Diamonds. Et là c’est une autre histoire que nous racontent ces gastronomes du basilic jamaïcain…

On se demande d’ailleurs comment cette nation, à la nonchalance érigée en vertu cardinale, a pu sortir des champions à 9,69 comme Hussein Bolt. On a peut-être pas assez étudié le basilic… Mais on s’éloigne du sujet.

Expurgé des références enfumées de leur ancêtres, les Musical Youth nous servent une version au groove implacable. Il aura suffit de transformer un K en D pour faire d’un standard, encrassé de THC, un hit. L’alphabet jamaïcain reste décidément bien surprenant.

Musical Youth - "Pass The Dutchie" tiré de "Anthology" (1982, MCA Records)

The Mighty Diamonds "Pass The Kutchie" tiré de "Big Blunts – 11 Smokin’ Reggae Hits" (1994, Remark)

UM Podcast #22: Juanito - Babylon By Dub
Ultramagnetique Podcast - Juanito - Babylon by Dub

Amis de la glisse, bonsoir !

C'est à une invitation à planer en toute légalité pendant plus d'une heure que je vous convie, avec le deuxième podcast de mon estimé confrère et ami, le druide sonique MC Juanito.

Du classique (LKJ, Burning Spear), de l'ancien (les toujours excellents Dub Specialists de chez Studio One) mais aussi de l'inattendu avec le réjouissant mashup de l'inépuisable Shantel. Un véritable éventail de la richesse du son Dub, dont le maitre restera sans doute un vieux sorcier nommé Lee Perry.

Une faiblesse personnelle bien pardonnable pour le fantastique "Abyssinean Dub", des malheureusement inconnus Blue Asia, qui vous transportera dans un monde meilleur.

Juanito - "Babylon By Dub"
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Tracklisting:

01 – Alania – Jah Jah is Comming (DS Special Edit)
02 – Aswad – Mosman Skank
03 – Prince Far I & The Arabs – Long Life
04 – Dub Specialists – Running Dub
05 – Linton Kwesi Johnson – Reality Dub
06 – Burning Spear – All Over
07 – Djigui – Ladilikan (vocal & dub mix)
08 – Femi Kuti – Eregele (Seven Dub mix)
09 – Loop Guru – Aphrodite’s Shoe
10 – Beats International – The Invasion of the Estate Agents
11 – Rona Hartner & Dj Click vs Shantel – Inele Inel de Aur (Bucovina dub)
12 - Dub Specialists – Live in Harmony
13 – U Roy & François Kervorkian – Rootsman
14 – Rockers Hi-Fi – Transmission Central
15 – Echo Pilot – Madcircus Dub
16 - Blue Asia – Abyssinean Dub
17 - Manusound – I Have a Dream
18 – Molécule - Daims

La Lointaine Terre du Reggae
The Black Seeds - Solid Ground

Il est là bas une île aux verts pâturages et à l’herbe grasse, autant que son reggae. Il s’agit évidemment de la Nouvelle-Zélande au cas où certains se seraient égarés sur leur mappemonde…

Une terre fertile où s’épanouissent les Black Seeds dignes ambassadeurs de la république du rastafarisme. Un reggae solide, bien en terre, aux profondes racines, comme le rappelle le titre Solid Ground, du roots quoi ! On a beau aimer le plancher des vaches, la tête dans les nuages c’est bien aussi, la stratosphère jamaïcaine et ses gaz rares on aime çà à Wellington…

Vous connaissiez le tendre agneau de Nouvelle-Zélande, doux souvenir de ces dimanches Pascal en famille… Impossible d’oublier les All Black ! Mais beaucoup moins tendre comme viande, le français digère très mal… Alors à ceux fatigués de l’agneau Pascal ou des bleus à l’âme des hommes en noir, croquez donc ce kiwi aux saveurs jamaïcaines…

The Black Seeds - "Solid Ground" (2008, Sonar Kllektiv)

"Come To Me"

"Make A Moove"