Billets pour la catégorie Bande Originale de Film

Barrissements Philharmoniques
John Barry - The Concert

Les enregistrements étaient perdus jusqu’à leur redécouverte dans les archives de Universal Japon… Pourtant ce concert de John Barry à la tête du Royal Philharmonic Orchestra au Royal Albert Hall allait marquer la carrière du musicien qui prenait conscience que sa musique était désormais reconnue pour elle même, appréciée sans besoin de la pellicule.

En 1972, succédant à Elmer Bernstein et Henry Mancini, John Barry prenait donc la baguette pour une nouvelle édition de « Filmharmonic », soirée de charité sous l’orchestration d’un compositeur. Le succès sera tel qu'il donnera lieu à l'enregistrement en studio de cet album avec le Royal Philharmonic Orchestra.

Un must absolu pour les amateurs de « B.O.nd », les œuvres majeures en orchestration philharmonique, entre montées de cuivres rutilant de groove et descente de cordes mélodiques. « The James Bond Suite » : 18 minutes où les détonations et les silencieux du Philharmonic perforent les partitions du Maestro…

John Barry « The Concert » (1972-74, Polydor UK)

"The James Bond Suite"

Funky Curry
Bollywood Funk Experience

Il n'y a pas qu'en occident que la musique de film connut un certain age d'or pendant la période 1965-1970. Ce fut aussi le cas en Inde, et en particulier à Bombay, capitale de l'industrie cinématographique du sous-continent.

Si l'Inde ne produisait pas encore des films à la chaine, de nombreux classiques furent tournés pendant cette période. Alors que les Beatles résidaient à Rishikesh dans le nord de l'Inde, à la recherche d'une sagesse perdue dans nos sociétés matérialistes, beaucoup de compositeurs indiens firent le chemin inverse et ouvrirent leur inspiration à la culture occidentale. La musique à toujours tenu un role prépondérant dans les productions indiennes, à un tel point qu'elle est souvent composée avant le tournage du film: la pellicule est au service du microphone et de la danse.

Cette compilation retrace donc la musique de films de cette époque, et permet de découvrir certains compositeurs, comme le duo Laxmikant-Pyarelal ou encore Rahul Dev Burman, qui sont des icones en Inde (ce dernier a composé plus de 300 BO !).

Un excellent instantané de groove biryani, à recommander pour ceux qui veulent épicer leur discothèque.

« Bollywood Funk Experience » (2010, Nascente)

Laxmikant-Pyarelal "Soul of Bobby" (from Bobby)

Asha Bholse & Mahendra Kapoor "Twinkle Twinkle Little Star" (from Purab Aur Pachhim)

RD Burman "Unknown Incidental Music" (from Teesri Manzil)
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Sisyphe et les Horodateurs
Lalo Schifrin - Cool Hand Luke

Le film, « Luke la Main Froide », s’ouvre sur une scène jubilatoire. La nuit tombée, sur une avenue quelconque, Paul Newman, ivre mort, décapite consciencieusement et méthodiquement une série d’horodateurs… Passe une patrouille de police peu amène à goûter son humour de vandale urbain. Ce sera le bagne et les travaux forcés, toujours ce soucis de la rééducation par le travail… Et l’occasion pour le réalisateur, Stuart Rosenberg, de dénoncer le régime carcéral américain.

Le cinéaste n’hésitait pas à citer Albert Camus dans sa relecture du mythe de Sisyphe… Pour autant que soit absurde l’épreuve sans fin de monter en haut de la colline ce rocher qui retombe toujours, où de construire à la pelle une route dans une plaine sans fin, jamais l’homme ne désespère face aux punitions des dieux ou de l’administration pénitentiaire…

Des horodateurs à Sisyphe, il ne fallait rien de moins que le génie de Lalo Schifrin pour illustrer l’audacieux parti pris du cinéaste. Une très belle BO ponctuée de magnifiques partitions. A commencer par le thème principal, tout en légèreté à la guitare, mais où les orchestrations viennent draper cette mélodie de quelques sombres nappes musicales.

Toujours ce mélange des styles et ce grand sens de l’orchestration chez Lalo, notamment sur le thème de « Egg Eating Contest », un concours du plus gros mangeur d’œufs durs… Il faut bien tuer le temps en prison… Une curiosité pour ceux qui se demanderaient comment il convient d’illustrer musicalement un concours du plus gros mangeur de zygote…

Lalo Schifrin « Luke la Main Froide (Cool Hand Luke)» (1967, Aleph Records)

"Cool Hand Luke"

"The Chase"

"Egg Eating Contest"

Amicalement
Freebidou - Amicalement Votre

Amicalement vôtre... Une série britannique des années 70 restée culte mettant en scène un couple de riches oisifs épris de justice: l'homme d'affaire new-yorkais Danny Wilde et le noble anglais Lord Sinclair.

La série, appelée "The Persuaders" de l'autre côté de la Manche est restée célèbre grâce à ses répliques ciselées, son humour très british mais surtout pour son générique, composé par un John Barry en grande forme.

Le trio parisien néo-musette Freebidou nous offre ici une revisite de ce thème, ou nos deux compères prendraient l'apéro dans un rade du 18ème arrondissement. Avec un whisky écossais sans aucun doute.

Freebidou - "Amicalement Vôtre" tiré de "Après l'orage" (2008, Chant du Monde)

La Soif Du Groove
Mancini - Touch of Evil

En 1958 le sulfureux Orson Welles réalise « Touch Of Evil », sorti en France sous le nom de « La Soif Du Mal ». On lui doit l’une des plus somptueuses embrouilles médiatiques pour avoir fait croire en 1938 à une partie de l’Amérique que leur pays était envahi par les martiens… Le génie de sa mise en scène aura transformé une simple diffusion radiophonique de « La Guerre des Mondes » en pur moment d’hystérie collective, obligeant les autorités, jusqu’à la Maison Blanche, à publier des démentis…

L’homme exhale donc un parfum de génie et de soufre. Une ambiance qui sied à cette histoire de flic véreux (joué par Orson Welles) essayant d’éliminer son collègue mexicain (Charlton Heston) qui l’a démasqué.

Pour donner une texture musicale à ce polar sous l’implacable soleil du sud, Henry Mancini nous livre une partition aux influences très latines. Welles souhaitait une BO en totale harmonie avec le film, une musique vivante s’adaptant au contexte, ambiance d’orchestre, son de radio, juke-boxe, une approche très novatrice pour l’époque. Entre mambo fiévreux et ambiance de bar, Mancini nous compose une partition qui nous enivre plus sûrement qu’une tequila frelatée d’un tripot mexicain malfamé.

Si ce n’est la soif du mal, on pourrait donc craindre un mal de crâne.
Erreur, même frelaté, Mancini ne sert que des grands millésimes !

Henri Mancini « Touch Of Evil » (1958, Challenge Records)

"Touch Of Evil"

"Borderline Montuna"

"Tana's Theme"

UM Podcast #29 : Juanito - French Touch Connection
French Touch Connection Podcast

Rien à voir avec la nouvelle génération de dj en vogue, et pourtant, eux aussi ont contribué à l’aura musicale hexagonale…

Si cela a la saveur des années soixante et soixante-dix, le patchouli prend vite un goût de Tabasco… La sélection ressemble à une de ces partitions perforées pour orgue de barbarie, perforée à coup d’AK47… Voilà pour la musique, pour les paroles on retrouve la gouaille d’un Audiard, une ponctuation à coup de silencieux, l’accent tonique étant mis sur le Beretta…

Un florilège de BO françaises
Des noms connus, aux morceaux oubliés
Des films mythiques, aux navets mystiques
Cela fleure bon la poudre et l’alcool frelaté…

De la schnouf dans le groove!
Du rififi dans le mix!

Juanito - "French Touch Connection"
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Tracklisting:

01 - Dernier domicile connu - François De Roubaix (Dernier Domicile Connu, 1969)
02 - Je n’avais qu’un seul mot à lui dire - Serge Gainsbourg et Michel Colombier (Anna, 1966)
03 - Route de nuit - Michel Magne (Les Tontons Flingueurs, 1963)
04 - Adieu l’ami - François De Roubaix (Adieu l’Ami, 1969)
05 - Ne nous fâchons pas - Bernard Gérard (Ne Nous Fâchons Pas, 1965)
06 - Joe - Michel Magne (De La Part Des Copains, 1970)
07 - Le crocodile porte-clé - Bernard Gérard (Des Vacances En Or, 1970)
08 - Olivier - Francis Lai (La Leçon Particulière, 1968)
09 - Cadavres en série - Serge Gainsbourg (Le Pacha, 1968)
10 - Les cadences infernales - Vladimir Cosma (La Zizanie, 1978)
11 - Yacht - François De Roubaix (L’homme Orchestre, 1970)
12 - Tamouré - Michel Magne (Les Tontons Flingueurs, 1963)
13 - Chewing-gum attack - Vladimir Cosma (Rabbi Jacob, 1973)
14 - Youkoun-Koun - Georges Delerue (Le Corniaud, 1965)
15 - La scoumoune - François De Roubaix (La Scoumoune, 1972)
16 - Play Dirty - Michel Legrand (Enfants de Salauds, 1968)
17 - Flirt à Cocody - Michel Magne (Le Gentleman De Cocody, 1963)
18 - Générique - Michel Magne (Mélodie En Sous-sols, 1963)
19 - La dame dans l’auto - Michel Legrand (The Lady in a Car with Glasses and a Gun, 1970)
20 - Cine Qua Pop - Michel Magne (Tout Le Monde Il Est Beau, Tout Le Monde Il Est Gentil, 1970)
21 - Nues dans l’eau - Georges Garvarentz (Sapho, 1970)
22 - Pop Mod - Claude Bolling (Le Magnifique, 1973)
23 - Soirée Jerk chez les Dumonceau - Michel Legrand (Tendre Voyou, 1966)
24 - Haschisch Party - Georges Garvarentz (Un Beau Monstre, 1970)
25 - Danger - Serge Gainsbourg et Jea-Claude Vannier (Cannabis, 1970)
26 - New Délires Again - Serge Gainsbourg et Michel Colombier (Manon 70, 1968)
27 - Largo - Bach, Michel Magne et les Swingles Singers (Galia, 1965)
28 - Dernier domicile connu (autre version) - François De Roubaix (Dernier Domicile Connu, 1969)

La Femme, le Serpent et l’Apartheid
Glenda - Snake Dancer

Voilà une bizarrerie fruit du hasard et de la curiosité de mes recherches. Une BO aux sons afro soul extraite d’un film underground dans l’Afrique du Sud des années 70. Une histoire, basée sur des faits réels, mettant en scène une enseignante devenue danseuse érotique se produisant avec un serpent… Le décalage avec le régime de l’Apartheid ne pouvait qu’attiser ma curiosité. La jeune femme blanche subira, évidemment, les foudres du pouvoir et l’ombre de la censure.

La musique du film n’est pas en reste, parcourant sons africains, influence des BO européennes et soul-funk américaine, la partition est une subversion raciale métissant les genres. La BO, signée Zane Cronje et Charles Segal, a pourtant bien failli être perdue, jusqu’à sa redécouverte au fin fond d’un catalogue allemand… Il eut été dommage de perdre pareil trésor, je ne sais ce que vaut le film, mais la BO vaut le détour.

Il y a plus que le symbole phallique dans ce serpent et cette danseuse, il y a cette femme qui croque la pomme au goût de liberté. Saveur d’espérance, espoir de chasser le reptilien Apartheid de l’Eden Sud-africain… Un de ces pépins plantés dans la terre aride des afrikaners qui finiront par récolter la liberté d’un certain Nelson...

Glenda Snake Dancer (1976, CBS Records)

"The Hustler"

"Get It On With Music"

Joyeux Noel !
L'étrange noel de Monsieur Jack

Je vous souhaite à tous un excellent noël, une période commémorative de l'anniversaire du petit jésus. Un moment propice à la magie des enfants, l'excès de cholestérol, aux cadeaux partagés et aux engueulades familiales.

Quoi de plus approprié que la bande son de "L'étrange Noel de Monsieur Jack" ? Probablement l'un des meilleurs contes de Noël qui nous ait été jamais offert, empreint de toute la créativité graphique de Tim burton et dont l'excellente BO fut composée par le bien nommé Danny Elfman au sommet de sa forme.

Une pensée pour les dindes quand même, qui passent un sale moment.

Danny Elfman - "A Nightmare Before Christmas" (1993, Disney Records)

What's This?

"Sally's Song"

"Jack's Lament"

Le Mystère Du Grand Mix
Blake et Mortimer

Inconditionnel de cette bande-dessinée créée par Edgar P. Jacobs, je me devais de chroniquer cet album concept. Le projet consistait à créer la BO fictive des aventures de nos deux héros au flegme so british.

Des courses poursuites groovy aux ambiances techno-industrielles des bases secrètes, la sélection se propose d’illustrer l’univers du dessinateur, un collector pour tout fan qui se respecte. Éclectique, parfois inégal, l’album recèle cependant quelques perles dont une reprise du mythique « Whole Lotta Love » de Led Zeppelin avec un brass band très soul de King Curtis.

By Jove ! What a mix, n’est-il pas?

PS: pour les fans je recommande le dernier Blake et Mortimer "La Malédiction des Trente Deniers", nouvel opus entre complot nazi et malédiction des trente deniers de Judas...

Blake et Mortimer -“Alerte Sonique!” (2001, Warner)

The Marketts "Out Of Limits"

Jean Jacques Perrey "EVA" (Fatboy Dub)

King Curtis " Whole Lotta Love"

On Her Majesty's Romantic Groove
John Barry - On Her Majestys Secret Service

On Her Majesty’s Secret Service fut un des James Bond les plus décriés pour être le premier sans Sean Connery. Pourtant, au-delà de Georges Lazenby, éphémère Bond, l’histoire tient la route et la BO tient ses promesses. Certes il en est de la musique comme des films, les premiers furent les meilleurs. Mais si ce n’est plus Sean, c’est encore un des meilleurs opus de la série et un grand John Barry.

C’est aussi un des James Bond les plus atypiques, le seul qui verra ce célibataire, endurci au cocktail et au plomb, tomber amoureux… Le seul de la série à connaître une fin tragique inhabituelle. Un opus qui est aussi un clin d’œil aux séries en vogue avec la délectable Diana Rigg (Chapeau Melon et Bottes de Cuir) dans l’amoureuse effarouchée et l’ineffable Telly Savalas (Kojak) dans le méchant mégalomane.

A cette occasion John Barry compose tout simplement une de ses meilleures BO. Dans le registre rutilant de cuivres, faisant écho au thème mythique de Monty Norman, le titre éponyme est un des bijoux de la couronne de l’univers des Bonds, Propellerheads ne s’y trompera pas en le remixant. Et que dire du thème romantique « We Have All The Time In The World », autre joyaux, si ce n’est qu’il est interprété par Louis Armstrong, et cela suffit.

John Barry « On Her Majety’s Secret Service » (1969, EMI/Capitol)

"On Her Majestys Secret Service"

John Barry & Louis Armstrong "We Have All The Time In The World"

Braziu Bebel
Georges Delerue - L'homme De Rio

La chanteuse brésilienne Bebel Gilberto mériterait sa chronique, son heure viendra… Mais il s’agit ici de notre Bebel national, Belmondo dans l’homme de Rio de Philippe de Broca. Un de ces grands films d’aventure, ce n’est plus Tintin, ce n’est pas encore Indiana Jones mais c’est un peu des deux.

La course haletante d’Adrien (Bebel), jusqu’au Brésil pour sauver Agnès (Françoise d’Orléac), est aussi la quête d’un fabuleux trésor. De Broca illustre ces aventures de quelques scènes mythiques, le vol de la statuette au musée de l’Homme (on pense à Hergé et l’Oreille Cassée…) la voiture rose à étoiles vertes, la course poursuite dans une Brasilia, capitale fantomatique en construction…

Le grand Georges Delerue, qualificatif tout juste suffisant pour cet homme aux deux Oscars et trois Césars, venait d’achever un de ces chef-d’œuvres, la BO du Mépris de Godard. De la Nouvelle Vague aux films populaires, la palette du maestro est riche.

C’est ainsi qu’il compose à cette occasion une magnifique BO parcourant le répertoire brésilien. Depuis l’incontournable «batucada », entre fièvre et ferveur de la rue, jusqu’au superbe « chant des pêcheurs » (une reprise) en passant par le « bowling brésilien », partition enjouée de Tontons Flingueurs en villégiature à Rio…

Georges Delerue « L’Homme de Rio » (Le Brésil Au Cinéma) (1963/2009, Emarcy/Universal)

"Batucada Générique"

"Chant Des Pêcheurs"

"Bowling Brésilien"

"Chorando Sim"

Jazz Sous Injections
Elmer Bernstein - The Man With The Golden Arm

Elmer Bernstein, à ne pas confondre avec Leonard Bernstein (West Side Story), fut un compositeur autant doué que généreux, il laisse derrière lui plus de 250 compositions… On retiendra quelques standards, Les Dix Commandements, Les Sept Mercenaires, La Grande Evasion, Les Blues Brothers… Il y aura eu aussi Y a-t-il Un Pilote Dans l’Avion ou SOS Fantomes, être prolixe vous mène parfois loin, trop loin…

Mais il y a The Man With The Golden Arm… Petit bijoux de BO jazz. Le grand Otto Preminger y filme Frankie Machine (Frank Sinatra) en « bad boy », un rôle de composition évidemment… Destin brisé d’un homme héroïnomane qui tente, après une cure de désintoxication, une carrière de batteur. Ses mauvaises fréquentations et ses vieux démons seront autant de couacs dans sa partition. Un film au thème sulfureux pour l’Amérique puritaine des années 50, mais qui vaudra à Frank Sinatra d’être nominé aux Oscars.

Elmer Bernstein compose un thème puissant, une des premières BO jazz du cinéma. Un succès qui ne doit rien au hasard, le talent est là, les collaborations aussi, Le jazzman Shorty Rogers aux arrangements, et d’autres, Bud Shank, Pete Candoli…

A mesure que Frankie Machine s’injecte son poison
Elmer sent couler en lui le fluide du jazz
Et l’oreille se prend son « fix » de notes…
On en redemande…

Elmer Bernstein « The Man With The Goden Arm » (1955/2006, Fresh Sound Records)

"Frankie Machine"

"The Fix"

"Return Of The Man"