Billets pour la catégorie Bande Originale de Film

Petit-déjeuner Avec Audrey
Henry Mancini - Breakfast At Tiffanys

Audrey Hepburn et sa célèbre petite robe noire, belle sortant l’aube venue de ses agapes nocturnes pour son Breakfast At Tiffany’s. Avec, pour seules cernes, les traits de sa beauté, l’actrice, trempant ses lèvres dans le café, y trouvera un goût d’Oscar. Nominée, elle restera sans consécration. Qu’importe, elle avait déjà par le passé goûté au nectar de l’Oscar. Elle ne le savait pas encore, mais elle goûtait l’arôme du mythe…

La petite robe noire en question, une Givenchy d’époque, s’est quand même vendue récemment plus de 600 000 euros, heureux fétichiste aux bourses pleines… La vente ayant eu lieu au profit d’une œuvre humanitaire, la morale est sauve.

Révélation du cinéaste Blake Edwards, Breakfast at Tiffany’s fut aussi un grand succès d’Henry Mancini, Oscar pour la BO et Grammy Awards pour la chanson « Moon River ». Un thème, un classique repris par les plus grands. Début d’une collaboration entre Audrey et Henri, jusqu’au film « Charade ».

Mon premier est la retrouvaille Hepburn & Mancini
Mon second est une BO
Mon tout est une prochaine chronique

Si Givenchy l’a habillé des plus belles étoffes, Mancini l’aura drapé de ses plus belles mélodies.

Henry Mancini « Breakfast at Tiffany’s » (1961, BMG)

"Moon River"

"Something For Cat"

"Moon River Cha Cha"

Réplicants
Vangelis - Blade Runner

Un auteur que j'ai oublié avait défini la science-fiction comme de la "philosophie populaire". Déclaration sans doute un peu pompeuse mais finalement assez vraie. A partir d'un concept scientifique, la (bonne) SF revient toujours vers l'humain, son identité et sa relation avec son environnement.

Blade Runner est un classique qui répond à cette définition. Le récit est finalement assez simple pour l'adolescent moyen américain: le héros est chargé d'éliminer de méchants androïdes à tout point ressemblant aux humains. Une trame assez éloignée du roman originel "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?" écrit en 1968 par le génial Philip K. Dick.

Cependant l'ambivalence que fait planer le réalisateur Ridley Scott sur la nature même du personnage de Deckard (humain ou robot lui-même) laisse suffisamment d'interprétations ouvertes pour que chacun se fasse son opinion et s'écarter du banal film d'effets spéciaux.
Il en faut cependant plus pour faire un film culte. Panneaux publicitaires géants, pluie incessante et néons intermittents: l'esthétique du film donne une dimension supplémentaire et désespérée au récit, bien loin des visions naïves qui peuplent la plupart des films du genre.

Bien entendu, la musique est toujours l'alter-ego indispensable de l'image. "Blade Runner" restera sans doute l'œuvre majeure de Vangelis. Ce compositeur grec aura vécu les prémices de la gloire dans les années soixante avec son groupe Aphrodite's Child, formé avec un autre hellène à la pilosité intense, sorte de Barry White athénien: j'ai nommé Demis Roussos.

Vangelis connaîtra par la suite une belle carrière à Hollywood. "Blade Runner" sera son deuxième film outre-Atlantique après "Les chariots de Feu" en 81 qui lui fera gagner un Oscar.
La musique de "Blade Runner" est sombre, synthétique mais finalement peu chargée. Une puissance émotionnelle intacte et un son finalement assez en avance sur son époque ou se mêlent nappes de synthés analogiques et mélodies de piano ou de saxophone.

Pour conclure, je vous laisse en compagnie de la scène mythique ou Rutger Hauer, un être artificiel et humain, acceptera finalement de mourir... en regrettant seulement que ses souvenirs soient perdus à tout jamais, comme des larmes dans la pluie...

Vangelis - "Blade Runner" (1982, Warner)

"Main Title"

"Memories of Green"

"Tears in Rain"

Le Groove de la Jungle
Jungle Book

Le Livre de la Jungle, un des meilleurs dessins animés, est aussi, et surtout, la plus groovy des BO de Disney. Shere Kan, le tigre, le mangeur d'homme, étant de retour, l'enfant Mowgli est emmené par la panthère Bagheera. A la recherche du village des hommes, ce parcours dans la jungle est une leçon de vie autant qu'une initiation musicale.

Il y a d'abord le poids lourd de la sélection, le colonel Hathi, avec sa marche militaire d'éléphant. Facétieux pachydermes au groove autant martial que cartoon. Vient la rencontre avec King Louie, le roi singe à la recherche du secret du feu, un swing incendiaire porté par la voix du chanteur Louie Prima. Puis vint Kaa et son sifflement, hypnotique et inquiétante berceuse d'un serpent à la langue fourchue.

C'est à mon avis, de loin, la meilleure BO de Disney. Une des rares que l'on puisse écouter sans regarder le dessin animé. Succès confirmé de génération en génération, des trois pommes aux fruits plus murs, on croque…

On frémit encore du feulement racé de cette BO, la quarantaine passée, Bagheera a conservé tout son groove.

The Jungle Book (1967, Walt Disney Records)

"Colonel Hathi's March"

"I Wan'na Be Like You"

" Trust In Me"

Budd Le Bluffeur
Roy Budd - Vigilante

Jazzman anglais devenu compositeur de musique de film, Roy Budd reste cependant d’une notoriété plutôt confidentielle. L’artiste s’est pourtant illustré avec quelques BO de film B cultes. Nous ferons donc œuvre de réhabilitation musicale.

L’homme ne manque pas de culot, pour être pris pour sa première BO, il n’a pas hésité à envoyer une cassette avec certains morceaux moins connus d’artistes reconnus… Reçu par le réalisateur, à la question de savoir quelle musique il comptait composer pour la scène finale, Roy eu cette réponse : «Il n’y a rien qui impressionne plus que du silence». «C’est merveilleux ; allez-y!» s’entendit-il répondre, j’adore…

Un bluff qui lui permettra d’emporter la mise et de rentrer à la table de jeu des grands. Il abattra par la suite quelques mains gagnantes comme ses compositions pour "Get Garter" ou "Black Windmill", sur laquelle on retrouve son influence jazzy.

Roy Budd - "Vigilante!" (2004, Sanctuary Records)

"Get Carter"

"Diamonds"

Polnareff, De Funés & Victor Hugo
Michel Polnareff

Je conçois parfaitement tout ce que peut avoir de déconcertant un tel titre de chronique, quel peut bien être le lien entre trois personnalités aussi différentes ? Et pourtant il est une oeuvre qui les a réuni. Comme à l'évidence ils n'ont pas tapé le boeuf ensemble, il faut chercher ailleurs.

Un écrivain, un acteur, un musicien ? Triptyque des plus intéressants pour le cinéma, il y a là les éléments d'une grammaire qui ne demande qu'à être mise en conjugaison. Un film donc... mais lequel ?

La Folie des Grandeurs. Libre, très libre, adaptation de Ruy Blas de Victor Hugo avec De Funés et Yves Montand. Film au succès que l'on connaît mais dont on ignore le compositeur, c'est pourtant un grand qui signe là une BO mémorable. Un choix osé du réalisateur Gérard Oury pour un Polnareff dans un rôle inattendu mais jubilatoire dans sa relecture de classiques.

Il y a d'abord le générique, aux influences "Morricone", clin d'oeil aux nombreux western spaghetti tournés dans les décors naturels d'Espagne, lieux de tournage du film. Il y a le flamenco d'un Montand transis d'un amour interdit pour la Reine, il y a le jazz d'un strip-tease d'Alice Sapritch, une morceau se cherchant entre le cauchemar et le burlesque...

Et il y a ce thème d'amour, quelques notes caressant à fleur de peau un romantisme que l'on croyait éteint. Magnifique mélodie sublimé par les arrangements de Polnareff (le "Myosotis"), la folie des grooveurs, la fièvre d'un grand...

Michel Polnareff - "La Folie des Grandeurs" (1971, Sido Music/Emarcy)

"La Folie des Grandeurs"

"Flamenco Blaze"

"Thème d'Amour"

"Thème Myosotis et Valse des Courtisanes"

Groove en Eau Trouble
Marvin Gaye - Trouble Man

Talent précoce, il chantait à 3 ans dans la chorale de son père pasteur, Marvin Gaye est un des grands noms de la Soul. On lui doit quelques standards, l’album mythique «What’s Going On ?» et le très sensuel hit «Sexual Healing». Ce qui est peut être moins connu c’est qu’à l’instar d’autres musiciens soul (Quincy Jones, Isaac Hayes, James Brown…) il s’est lui aussi essayé aux musiques de film.

En 1972 Marvin Gaye signe la superbe BO de « Trouble Man », série B de la blaxploitation dont on aura au final plus retenu la musique que le film dans la lignée d’un «Shaft» de Isaac Hayes ou d’un «Superfly» de Curtis Mayfield. En écoute deux magnifiques extraits de cette BO, un premier thème très sensuel, groovy, où la voix de Marvin opère de tout son charme, un second thème musical plus nerveux qui sent la poudre et le règlement de compte à Harlem… Ce dernier sera d’ailleurs samplé par NTM sur un de ces morceaux.

Destin tragique pour ce musicien exceptionnel qui fut tué par son propre père pasteur… Reste une œuvre à redécouvrir, notamment cette grande BO d’un petit film B.

Marvin Gaye - "Trouble Man" (1972, Motown Records)

"Trouble Man"

"T Stands For Trouble"

OSS 117 vs 007
Michel Magne OSS 117

Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117, est de retour! Sous les traits de Jean Dujardin, l'espion des 60's est ressuscité. Oublié, passé de mode, cet agent secret était la réponse française au James Bond. Grandeur Gaullienne oblige, la République Française se devait d'avoir un matricule à la hauteur des 007, fut-il espion américain, la DST n'ayant pas l'aura de la CIA... Ce sera OSS 117, étrange et fortuite rime en sept...

Le succès restera très franco-français mais donnera lieu à une série de films tirés des romans de Jean Brochet. Auteur au succès populaire de son vivant mais dont la postérité estompe l'écriture dans le grand livre de la littérature, on lui doit pourtant quelques oeuvres majeures comme "Banco à Bangkok", "Moche Coup à Moscou" ou encore "Furia à Bahia"...

Evidemment le style "franchouillard" d'OSS n'a pas su s'imposer face au flegme so british d'un 007. Les films ont pris la poussière des archives et ne sont d'ailleurs jamais rediffusés... Reste quelques BO sauvées par Stéphane Lerouge, érudit du genre, qui s'est mis en tête de sauver le patrimoine hexagonal des musiques de films en les rééditant sur le label Emarcy.

Michel Magne, compositeur des "Tontons Flingueurs", signera la plupart des partitions des OSS. On retrouve dans "Hubert Rit Jaune" le thème ully-gully (une danse très en vogue dans les 60's), utilisé par ailleurs dans les Tontons Flingueurs, mais c'est là une autre chronique. On y trouve aussi quelques morceaux intéressants tirés de la BO "Furia à Bahia", étrange écho au "Rio ne répond plus" dernièrement sorti...

En prime un remix de Roudoudou, "tribute" à OSS !

Michel Magne - "Bandes originales des films d'André Hunebelle" (1965, Sido Music/Emarcy)

"Rytmos de Amor"

"Furia à Bahia"

"Hubert Rit Jaune"

"OSS 2005" (Roudoudou remix)

Jarre de Cendres
Maurice Jarre - Lawrence d'Arabie

Maurice Jarre... Sa disparition suscitera peut-être moins d'émotion que d'autres, il  restera pourtant un de nos grands musiciens. Que l'on songe, un instant, à ces 3 Oscars obtenus, pour un frenchy en terre yankee, pas mal...

On lui doit nombre de compositions mais c'est avec "Laurence d'Arabie" qu'il obtient la consécration et son premier oscar. Une partition aux influences classiques, amour de jeunesse du compositeur, qui marque son oeuvre. Un thème lancinant et les orchestrations somptueuses du maestro apporteront leurs lettres de noblesse musicale au chef d'oeuvre de David Lean.

Au titre des Oscars il y aura eu "Dr Zhivago" et "La Route des Indes", mais à l'éclat des succès je préfère revenir sur la lueur d'un "Soleil Rouge". Autour de la star japonaise Toshiro Mofune, on retrouve Charles Bronson, Ursula Andress et Alain Delon dans un improbable western de Terence Young. La quête d’un sabre volé, cadeau de l’empereur japonais au président américain… Un western atypique  pour ses codes du genre iconoclastes et la BO de Maurice Jarre mêlant traditions de l'ouest sauvage et du soleil levant.

Et le samouraï sifflera trois fois, l'emportant dans sa danse funèbre.  Poussière tu es et poussière tu retourneras.  Quelque part dans ces dunes foulées par Peter O'Toole il est désormais un grain brillant à nul autre pareil...

Maurice Jarre - "Lawrence d'Arabie" (1963, Silva Screen Records)

"Overture"

Maurice Jarre - "Soleil Rouge" (1971, MCA)

"L'enterrement"

Tribute to Nino
Mauro Gioia - Rendez-vous chez Nino Rota

Ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’il sera chroniqué en ce site Nino Rota, l’œuvre en est si féconde et si riche, qu’il est toujours grand plaisir de se rassasier d’un tel répertoire. Une même soif qui aura poussé tous ces artistes autour du chanteur Mauro Gioia, fin connaisseur et grand collectionneur de vinyles et 78 tours du maestro. On y retrouve, entre autres, les Rita Mitsouko, la chanteuse Sharleen Spiteri (Texas) et l’actrice Maria de Medeiros.

Ce son à la Nino Rota qui ,en quelques notes, vous transposait dans l’ambiance légère et acide du film « Dolce Vita », ou dans l’air plombant du « Parrain » ou encore le glacial et sulfureux thème du « Casanova de Fellini ». Un univers musical très fellinien, image d’une Italie passée autant que fantasmée, une époque révolue aux mélodies éternelles. La puissance évocatrice de cette musique est telle que nombre de reportage, pour ne pas dire la plupart, utilise des musiques de Rota quand il s’agit de parler de l’Italie…

Ce « Rendez-vous chez Nino Rota » , titre de l’album, reste très proche de l’esprit d’origine. Pas de Dj pour remixer, pas de version déjantée à la Rita Mitsouko, les versions originales sont simplement chantées. La magie du maestro se suffit à elle même.

Un album qui est un des ultimes enregistrements des Rita Mitsouko, il est d’ailleurs dédié à Fred « Chichin », groove à son âme.

Mauro Gioia - "Rendez-vous chez Nino Rota" (2008, AMT/Because)

"Belfagor Stomp"

"E Un So Che l’Amor"

"Parla Più Piano – Parle Plus Bas"

Prison Break

Une pensée pour Patrick McGoohan, concepteur et acteur de la série culte "Le Prisonnier" qui s'est éteint hier soir. J'avais déja mentionné ici cette série à cause de son fantastique générique qui restera un classique du genre. Dans le même style, et toujours avec McGoohan, la BO de "Destination Danger" n'est pas mal non plus avec ses cuivres rutilants. L'acteur irlandais se servira d'ailleurs beaucoup de son expérience sur cette série afin d'écrire le Prisonnier.
Quelques phrases intéressantes de l'homme, extraites d'une interview de 1979:

"Chacun croit vivre dans un village différent des autres, mais en fin de compte nous sommes tous prisonniers"

"Nous sommes dirigés par le Pentagone, les agences de Madison Avenue, par la télévision. Aussi longtemps que nous acceptons cet état de fait et que nous ne nous révoltons pas, il nous faudra aller avec le courant jusqu'à la catastrophe éventuelle."

"Nous perdons notre liberté par la consommation. Tant que nous achetons leurs produits, nous sommes à la merci des publicitaires."

Le numéro 6, a enfin réussi son évasion.

Les Cœurs plus tout à fait Verts
Gainsbourg

Les chansons de Gainsbourg sont désormais inscrites au patrimoine musical et dans notre inconscient collectif, mais si vous savez, ce truc qui vous fait siffloter des airs sans même savoir d’où cela vient… Ses musiques de film restent cependant moins connues, il y a pourtant de quoi faire.

Ecoutons donc la BO des «Cœurs Verts», l’histoire de deux délinquants sortis de prison, pris entre la volonté de s’en sortir et l’appel de la rue. Un film d’Edouard Luntz sorti en 1966 qui ne franchira pas les portes de la postérité pas plus que sa musique. Quoique… Composant le thème du bal, Gainsbourg saura s’en rappeler par la suite. Son génie avait flairé qu’il tenait là quelque chose dont le potentiel dépassait ce seul film.

Ce sera le fameux et non moins sulfureux « Je t’aime moi non plus ».

Les cœurs verts sont fanés
Le fruit n’est plus vert
Mais le ver est dans le fruit
Gainsbourg a croqué la pomme

Serge Gainsbourg - "Scène de Bal" tiré de "Les Coeurs Verts" (1966, Editions Transatlantiques/Universal)

Snatch Gagnant
musique Snatch

Pour son second set, Guy Ritchie, l’ex de Madonna, nous sort en 2000 Snatch, truculent polar anglais s’il en est. L’homme s’était fait connaitre deux ans plus tôt avec « Arnaques, Crimes et Botanique ». Dans la même veine, Snatch dépeint une galerie de portraits relevés, une brochette de gueules tordues et bras cassés, plongés dans un sac d’embrouilles autour d’un fabuleux diamant.

Une œuvre jubilatoire décrivant les destins croisés de truands, petits et grands, killer et looser. On y croise un gitan boxeur maitre es arnaque, des tueurs déjantés et un trio de blacks orfèvres de la maladresse. Le cinéaste réussira même à s’entourer de pointures comme Benicio Del Torro ou Brad Pitt… Sur une réalisation nerveuse, en phase avec la psychologie de cette faune, Guy Ritchie nous sort une BO de gros calibre.

Un choix éclectique, du râle groovy de l’étranglé au son tonitruant de l’AK47, les morceaux illustrent à merveille l’ambiance à couteaux tirés de ce panier de crabes londoniens. Beaucoup de noms, si ce n’est connus, au moins pointus. On s’arrêtera sur le « Diamond » de Klint, jazz électro incisif qui sert de générique tranchant pour poser le décor et on finira avec The Specials et leur méconnu et excellent « Ghost Town », parfaite illustration de notre trio de blacks pieds-nickelés qui se croit permis de jouer dans la cour des grands.

Snatch - Bande Originale du Film (2000, Universal Soundtracks)

Klint "Diamond"

The Specials "Ghost Town"