Billets pour la catégorie World

Mikis le Grec
mikis theodorakis - zorbas ballet

Surtout connu pour sa splendide BO de « Zorba le Grec », Mikis Théodorakis est paradoxalement trop connu pour cette œuvre au point d’en être emprisonné, un comble pour cet artiste qui aura passé de nombreuses années enfermé pour ses idéaux de liberté et de justice.

Car Mikis est de la trempe des grands, de ces génies de la musique, à l'égal de Ravi Shankar ou Miles Davis, qui ont traversé la partition du 20° siècle en y écrivant une œuvre indélébile. L’homme vaut autant que sa musique, jeune résistant sous les nazis il n’aura eu de cesse de combattre jusqu’à la dictature des colonels grecs. Un engagement qu’il paiera au prix fort de l’exil et de la prison, avant de finir député au terme de son chemin de croix.

Ses différents exils forcés ou volontaires le mèneront plusieurs fois à Paris, il y fera le conservatoire dans les années 50, développant sa fibre classique. Il y reviendra dans les 70’s en symbole de la résistance, exilé par des militaires contraints à le libérer sous la pression internationale. Pour rester dans la force du symbole, lors de ces concerts en France, il avait souvent pour chauffeur un certain François Mitterrand…

S’il est donc connu du grand public pour cette musique de film et ses thèmes traditionnels grecs, son œuvre classique reste méconnue bien que reconnue des plus fins mélomanes. L’Orchestre Symphonique de Montréal sous la baguette de Charles Dutoit s’attaque, ici, au thème de Zorba réécrit par Mikis pour ce genre d’orchestration. Il y a aussi ce thème « Danse d’amour » quelque chose entre « Pierre et le Loup » et le « Seigneurs des Anneaux »…

La Grèce brûle peut-être son argent dans un feu de paille boursier, le foyer de sa culture continue d’irradier de quelques valeurs sûres…

Mikis Theodorakis « Zorbas Ballet » (2004, Decca Music)

"Zorba"

"Dance D'amour"

Retour vers le Futur
Future World Funk volume 1

Ceci n'est qu'une parenthèse, mais rappelez-vous de "Retour vers le Futur" ? Ce film à succès des années 80 racontait les aventures d'un garçon voyageant dans le temps à l'aide d'une voiture. A la fin du film, Marty Mc Fly doit partir dans le futur afin de régler les problèmes créés par ses propres enfants, et s'envole donc pour le... 6 juillet 2010. Si vous voyez une DeLorean garée sur le parking en face de chez vous, vous savez donc qui risque d'émerger de l'habitacle.

Si les prédictions futuristiques du second volet de la trilogie sont quelque peu hasardeuses (bagnoles qui volent...) il en est une qui, en 2000, restera un pari gagnant. Russ Jones et DJ Cliffy sont un duo de DJ anglais qui se feront connaître en prenant le pari d'une musique electro-world alors balbutiante. La série des Future World Funk (il en existe 3) reste pour moi l'une des meilleures compilation de "danse globale", alors qu'il s'agit d'un genre parfois risqué.

De la D&B roumaine, du rap brésilien ou encore de la salsa japonaise: on n'a guère le temps de s'ennuyer de tant d'exotisme. Le tout est joyeusement remixé par quelques pointures (comme Steve Hillage qui officie sur le superbe "Fever" ou le remix de la Malienne Nahawa Doumbia).

Il n'y a qu'une conclusion: le futur sera mélange.

"Future World Funk vol.1" (2000, Ocho Recordings)

Stereo MC's "Fever (Steve Hillage Remix)"

Manasseh Featuring Knati "Skenga"

Nahawa Doumbia "Yankaw (Bassino Dub Mix)"

Le Mystère des Voies Bulgares
Kottarashky - Opa Hey

On connaissait la Bulgarie pour ses fameux yaourts brassés et pour être la terre natale de Sylvie Vartan… Pas de quoi exciter la communauté des grooveurs… Voilà pourtant un artiste qui devrait vous faire changer d’avis, une chronique qui devrait révolutionner votre vision de la géo-politique musicale de l’Europe de l’Est !

Kottarashky possède une sacrée collection de disques, et à l’occasion il ne dédaigne pas promener son micro dans les caves de Sofia et les campagnes bulgares. Des artères urbaines aux sentiers ruraux, les voies bulgares parcourent des paysages sonores entre flore jazz et faune électro. Une nature artificielle qui ne perd rien de sa sève gipsy.

Le sampling est une pratique parfois, ou souvent, décriée. Superposition de son il n’est qu’un vulgaire copier-coller, espoir déchu des sans talents. Mais avec Kottarashky, touche après touche, le sample confine à l’impressionnisme sonore.

Si les voies du Sampleur sont impénétrables, nous enseignent les Saintes Partitions, cette voix bulgare prêche haut et fort un groove contagieux…

Kottarashky « Opa Hey ! » (2009, Asphalt Tango Records)

"Chetiri"

"Opa Hey"

"I want you to sleep"

L’ Agapanthe Berbère
Hindi Zahra - Handmade

Cette petite fait grand bruit, toute juste fredonne-t-elle et déjà l’écho suffit-il à faire vibrer le gotha musical… Le succès drape parfois de trop frêles épaules dont la plume finit par ployer sous les ors de la consécration… Mais elle a le port altier de ceux qui ont pour seule noblesse le talent.

Elégante Hindi
Belle agapanthe du sud
Aux Berbères agapes
Fut-il plus galante berceuse

Ni folk ni jazz et pourtant mi-folk mi-jazz, son univers est un dédale sans murs où l’on se cherche dans les influences pour se retrouver dans les mélodies.

Hindi Zahra « Handmade » (2009, Oursoul Records/Blue Note)

"Beautiful Tango"

"Oursoul"

"Imik Si Mik"

"Stand Up"

Olé! EA!
EA

Une configuration linguistique qui devrait vous permettre de réaliser le plus petit score possible au Scrabble, même sur une case "mot compte triple"… ou idéal pour une improbable définition d’un mot croisé… Mais EA ! est bien plus que cela.

Digne représentant du nuevo flamenco à l’instar d’un Chano Dominguez très jazzy, ce binôme de voyelle nous propose une approche autant traditionnelle qu'ouverte, tel le magnifique « « Solo quiero que te quieras ».

Sur cet album « Oripando », expression des gitans espagnols désignant le soleil que l’on peut traduire en « bouilloire d’or », EA, cette onomatopée ibérique, ne manque pas de porter à ébullition notre alphabet musical…

EA ! - "Oripando" (1998, Tinder Records)

"Tango Alas"

"Solo Quiero Que Te Quieras"

Gros Plant Jamaïco-Nantais
Framix - Happy Animals

Quelle ne fut pas la surprise de découvrir au milieu des cépages nantais, cette vigne qui n'en était pas, cette herbe folle que certains préfèrent sécher que presser. Ce n'est peut-être pas un signe avant coureur du réchauffement climatique, mais cela chauffe déjà l'ambiance. C'est loin d'être une mauvaise herbe. Infusés, ces décibels libèrent d'insoupçonnables vertus thérapeutiques, béatitude interne et motricité chaloupée en étant les meilleurs symptômes.

Ses influences bretonnes ne sont pas évidentes à la première écoute, il a pour seul bagad et seul bagage, les visas d'un passeport jauni aux soleils lointains. C'est d'abord le rayonnement non-chaland de l'astre jamaïcain qui s'impose, irradiiant d'influence. Viennent ensuite des touches caribéenes, hawaïennes, blues, pop, comme autant de cartes postales d'une partition voguant au long cours.

Il semble que la région soit un bon terroir pour les cépages jamaïcains, il suffit de penser à Zenzile, autre grand cru du coin. Il faut croire que le breton est kool et a l'âme voyageuse, avec une prédisposition pour certaines latitudes plus embrumée que d'autres... Et si le sound-system en venait à remplacer le fest-noz, il faut bien vivre avec son temps, on ferait contre mauvaise fortune bon groove en suivant le tempo de la modernité.

Framix - "Happy Animals" (2009, Frakamix Production)

"Elephant Scratch"

"Happy Animals"

All the People Moving

Produit en collaboration avec la National Geographic Channel, en tant que projet pour la nature, voici la dernière vidéo de Macaco, groupe multi-ethnique basé à Barcelone et dont le chanteur va chez le même coiffeur que Manu Chao.

Les cinéphiles reconnaitront l'apparition du gratin du 7ème art ibérique (Javier Bardem ou l'une des égéries d'Almodovar Rosario Flores), mais aussi d'autres musiciens comme Juanes ou Juan Luis Guerra.

Un titre dont la principale qualité est de vous coller à la tête après la première écoute et de distiller une bonne humeur communicative... Et puis vu la simplicité du refrain, même ceux qui bloquaient sur les verbes irréguliers anglais se sentiront tout de suite à l'aise.

"Moving" m'a apporté un dégradé de jaune lors de ce week-end tout gris.

Macaco - "Moving" tiré de "Puerto Presente" (2009, EMI)

Ultramétissage
Métisse - Boom Boom Ba

Métisse. Voilà un nom de groupe relativement simple, mais pourtant si adapté. Car ce duo incarne idéalement le concept de métissage.

Venue de la Côte-d'Ivoire à Grenoble pendant son adolescence, Aïda de son vrai nom, a toujours évolué dans un contexte musical de part ses deux grands mères. L'une étant danseuse professionnelle, et l'autre chanteuse. Entrée à l'Université de Toulouse, elle n'abandonna pas pour autant la musique et donna quelques concerts dans la ville rose.

Métisse

C'est là qu'elle rencontra Skully. Tout comme Aïda, son contexte familial irlandais suscita en lui un penchant précoce pour la musique, qui le poussa à jouer les DJ dès 14 ans. Inspiré par la musique électronique, « Professor Skully » quitta malgré tout son groupe  « The Chapter House » né en 1985 pour venir enseigner l'anglais à Toulouse. Et c'est en 1997 que la rencontre de ces deux déracinés se fit, au détour d'une prestation scénique d'Aïda.

Assez séduit par le travail de chacun, ils décidèrent de s'associer, pour produire un métissage musical intéressant. Les morceaux relèvent d'une pointe de soul, d'electroceltic, de pop... Cette diversité a su séduire différents producteurs, comme Sony Music ou Telstar, mais c'est finalement à titre personnel que Métisse licencie et produit ses albums.

Bien leur en a pris ? Malgré de faibles ventes, ce groupe se fait connaitre petit à petit. Remarqué via une participation à la BO de la série « Dead like me » qui fait de « Boom Boom Ba » un titre récurrent, Madonna les contacte pour inscrire ce titre à la BO de son film « Next Best Thing ».

Métisse - "Boom Boom Ba"

Métisse - "Sadness"

Métisse - "Nomah's Land"

Absent du Bureau

Berlin le week-end dernier, Cambridge dans quelques heures, je suis décidément la personne la plus jet-set de mon immeuble. Toujours dans un avion et entre deux hôtesses. Remarque cela vaut mieux que l'inverse (précision pour ma femme).

Avant de vous quitter pour le pays du pudding, voila une excellente vidéo suggérée par le président de notre immense fan-club vénézuélien, le bien nommé Haroldo Rastaman.

Manu Chao en grande forme, accompagné par Amazigh Kateb (de Gnawa diffusion) et le chanteur de reggae ivoirien Tiken Jah Fakoly. Un énergétique live diffusé lors de Taratata, plutôt bonne émission de musique lorsqu'ils n'invitent pas Liane Foly.

Bon WE à tous.

Manu Chao, Amazigh Kateb et Tiken Jah Fakoly - "Politics Kills"

Nothing Without You
Nusrat Fateh Ali Khan

Considéré comme un demi-dieu dans son pays d'origine, le Pakistan, le chanteur Nusrat Fateh Ali Khan (disparu en 1997) est la référence ultime du qawwali, chant religieux soufi. La particularité de Nusrat est d'y inclure des solos vocaux d'une incroyable intensité (alors qu'il chantait toujours assis).
Star du sous-continent indien, le maitre verra sa popularité accroitre en occident par sa présence sur la BO de plusieurs films (Dead Man Walking étant le plus connu) ainsi que sa signature par le label Real World de Peter Gabriel. Son titre le plus connu de par chez nous est sans doute "Mustt Mustt" qui fut remixé en 1990 par Massive Attack ou encore sa collaboration avec le guitariste canadien Michael Brooks.

Tiré du même album, "Tery Bina" est d'une beauté triste à couper le souffle, un morceau culte pour beaucoup de musiciens sensibles aux charmes du poulet biryani. Une chanson à la fois fidèle à une certaine tradition, mais aussi d'une structure mélodique presque pop, qui tout comme les oignons, m'amène régulièrement les larmes aux yeux.

Nusrat Fateh Ali Khan - "Tery Bina (Nothing Without You)" tiré de "Mustt Mustt" (1990, Real World)

Groove d’Immigrés
Mémoire d'Immigrés

Yamina Benguigui, réalisatrice engagée, réalise en 1998 le film documentaire «Mémoires d’Immigrés». Au travers d’interviews, de père en fils, de mère en fille, elle lève un voile sur l’histoire vécue de l’immigration maghrébine. L’histoire des premiers, l’espoir ou désespoir des nouvelles générations, la quête d’identité de toute une communauté. Le couscous est-il bien un plat national comme l’affirmait un ancien ministre de l’intérieur ? Le Sidi Brahim est-il soluble dans la potée auvergnate ?

Documentaire des plus intéressants, accompagné d’une BO qui égraine quelques perles de la musique maghrébine. Des sons anciens aux modernes, des traditionnels aux déracinés, on croise sur cette route de l’immigration Dahmane El Harachi, Idir, Rachid Taha et même Enrico Macias…

Si, inch’allah, votre route devait croiser ce documentaire ou cette BO, votre curiosité comblerait vos neurones autant que vos tympans.

Mémoires d’Immigrés (1998, Bandits Production)

Dahmane El Harachi "Ya Rayah"

Idir "A Vava Inouva"

Enrico Macias "Non je n'ai pas Oublié"

Rachid Taha "Voilà Voilà"

De Brooklyn à Istamboul
Brooklyn Funk Essentials - In the Buzz Bag

Collectif de musiciens d’horizons divers, les Brooklyn Funk Essentials écument les scènes et les clubs new-yorkais, comme l’indique l’AOC de leur nom. Mais l’appellation ne saurait faire à elle seule un grand cru, il vous faudra donc plonger vos tympans dans ce breuvage.

Nul besoin d’être amateur éclairé pour noter l’étonnant mélange de cépages sur cet album « In the BuzzBag ». Un peu comme si le jus de café ricain, pour rester correct, s’acoquinait avec le café à la turc…
Nul besoin de lire dans le mare de café pour deviner tout l’intérêt de cette rencontre entre le dub groovy de brooklyn et le folklore turc, une simple écoute suffira.

What Else ? Comme dirait l’autre…

Brooklyn Funk essentials - "Istanbul Twilight" tiré de "In the BuzzBag" (1998, Musidisc)