La Femme, le Serpent et l’Apartheid
Glenda - Snake Dancer

Voilà une bizarrerie fruit du hasard et de la curiosité de mes recherches. Une BO aux sons afro soul extraite d’un film underground dans l’Afrique du Sud des années 70. Une histoire, basée sur des faits réels, mettant en scène une enseignante devenue danseuse érotique se produisant avec un serpent… Le décalage avec le régime de l’Apartheid ne pouvait qu’attiser ma curiosité. La jeune femme blanche subira, évidemment, les foudres du pouvoir et l’ombre de la censure.

La musique du film n’est pas en reste, parcourant sons africains, influence des BO européennes et soul-funk américaine, la partition est une subversion raciale métissant les genres. La BO, signée Zane Cronje et Charles Segal, a pourtant bien failli être perdue, jusqu’à sa redécouverte au fin fond d’un catalogue allemand… Il eut été dommage de perdre pareil trésor, je ne sais ce que vaut le film, mais la BO vaut le détour.

Il y a plus que le symbole phallique dans ce serpent et cette danseuse, il y a cette femme qui croque la pomme au goût de liberté. Saveur d’espérance, espoir de chasser le reptilien Apartheid de l’Eden Sud-africain… Un de ces pépins plantés dans la terre aride des afrikaners qui finiront par récolter la liberté d’un certain Nelson...

Glenda Snake Dancer (1976, CBS Records)

"The Hustler"

"Get It On With Music"

L’illustre Inconnu de la Folk
Rodriguez - Cold Fact

Sixto Diaz Rodriguez fait partie de ces énigmes de l’histoire musicale. Comment cet album a-t-il pu manquer son public ? Sa folk matinée de psychédélisme, de blues et soul avait pourtant de quoi séduire ses contemporains en 1970. Il a cependant bien failli passer à la trappe, au rebus des vinyles invendus…

Etonnamment c’est l’Australie et surtout l’Afrique du Sud qui l’ont sauvé de l’oubli. Etrange destin pour ce sixième enfant d’une famille mexicaine installée à Détroit. Rompant avec la culture ouvrière de ses origines, il se lance dans une carrière de songwriter. Suivront deux albums sans succès…

Plus que la fibre artistique, il avait pourtant le talent suffisant pour le succès, si ce n’est la notoriété auprès d’un certain public. Il n’en fut donc rien. Mais ses notes avaient pris leur envol et, par-delà l’Atlantique et le Pacifique, d’autres tympans sauraient en goûter la saveur. On remerciera donc l’hémisphère sud d’avoir entretenu cette petite flamme qui ne demandait qu’à connaître les feux de la rampe.

Sous la cendre du temps, encore chaudes étaient les braises de « Cold Fact », soufflez donc dessus et que fussent la lumière et la chaleur…

Rodriguez « Cold Fact » (2008, Light In The Attic Records)

"Sugar Man"

"Gommorah"

"Hate Street Dialogue"

Bring Him Back Home
Hugh Masekela

Né en Afrique du Sud en 1931, le petit Hugh Masekela apprend tout d'abord le piano mais suite à un film sur le trompettiste Bix Beiderbecke, rêve de cuivre rutilant. Il reçoit sa première trompette en cadeau des mains de l'archevêque de Johannesbourg, un ami de la famille, et intègre le brass band municipal ou il fera ses premières gammes.

Suite à l'extension des lois de l'apartheid en 1960, Hugh décide de s'exiler aux Etats-Unis, pays ou il restera 30 ans. Sans doute le premier musicien sud-africain à percer en dehors de son pays, il sera toujours fortement impliqué dans les mouvements anti-apartheid et restera en contact étroit avec sa patrie d'origine. Son morceau "Bring Him Back Home" sera un des ses plus grands succès, appelant le retour de Nelson Mandela.

Musicien avant tout féru de Jazz, Hugh Masekela infusera souvent un parfum africain dans sa musique tout en aimant les standards du genre comme cette reprise du classique "Cantaloupe Island" de Herbie Hancock. Mais j'aime surtout "Dyambo", tempête Afro-Funk semblable à celle qui mettra à genoux le gouvernement de Pieter Botha avant le retour triomphal de Mandela en 1990.

Revenu dans son pays suite à la chute de l'apartheid, le compositeur œuvre désormais à aider les jeunes musiciens de son pays : un artiste et un homme d'honneur qui n'a pas oublié que plus jeune, on lui a tendu la main.

Hugh Masekela - "Dyambo" (1971)

Hugh Masekela - "Cantaloupe Island" (1965)

Mama Afrika RIP

Disparition hier soir de Miriam Makeba, la diva sud-africaine surtout connue pour son grand tube devant l'éternel, "Pata Pata".
"Mama Afrika" comme on la surnomme passera 31 ans de sa vie en exil, de par ses prises de positions anti-apartheid, avant de pouvoir revenir dans son pays. Elle aura collaboré avec les plus grands (Dizzy Gillespie, Paul Simon entre autres) et fut la première chanteuse noire à gagner un grammy.

C'est donc une légende de la musique africaine qui s'est éteinte hier soir, en sortant de concert, mais qui aura vu finalement son rêve se réaliser avec la fin de la ségrégation.
Un peu plus de swing au paradis.

Miriam Makeba - "Pata Pata" (1956)