Les Treize Visages de Glyn Bush
Biggabush - 13 faces of Lightning Head

Dj connu pour être derrière Rockers Hifi (avec Dj Dick), il est aussi Bigga Bush remixant David Walters, il est enfin Lightning Head et ses 13 faces sur cet album. Ce schizophrène de l’état civil a cependant des états de services élogieux, sa transgression des codes musicaux, sa perversion pour les entremêlements culturels en font un patient passionnant.

Premiers symptômes d’ébola-beat sur « Bokoor Sound Special », le virus de l’afro-beat contamine le sujet. Etat stationnaire du groove, montée de transe tribale. Pensez à arrêter la perfusion de noix de kola.

Le patient semble ailleurs depuis son voyage à Kingston. Sur « Power Of The Great » ondule anormalement du bassin, dégénérescence capillaire en dreads, se prend pour le géant vert du maïs jamaïcain…

Frémissant de groove sur « Sousaphunk », une fièvre de la Nouvelle-Oréans, très contagieuse. Laisser le patient s’épuiser sur le dancefloor…

Bigga Bush Presents « 13 Faces Of Lightning Head » (2008, Lion Head Recordings)

"Bokoor Sound Special"

"Power Of The Great"

"Sousaphunk"

Femi Remix Kuti
femi kuti - day by day remixed vol1

Digne successeur de son père, Fela Anikulapo Kuti, Femi Kuti a repris avec succès le flambeau de l’afrobeat. Son œuvre n’apporte peut-être pas de rupture aussi créatrice que le fut son paternel en son temps, on ne boude pas son plaisir. La panthère nigérienne ayant le génie fécond autant que le gène fertile, la descendance ne manque pas de griffe…

Fela a toujours été un artiste particulièrement prisé des autres musiciens à travers les genres et les pays. Femi semble aussi attirer à lui l’écoute et le respect, on se bouscule pour le remixer… Oui, autre temps, autre génération, l’ère des djs et des musiciens électros est là, le tribute est devenu numérique…

C’est déjà le deuxième album de remix pour Femi, après le remarquable « Shoki Remixed ». Sur ce nouvel opus, d’un coté quelques pointures du moment frappées de fièvre d’Ebola-beat, Chinese Man, General Etektricks… De l’autre un collectif de dj dans la mouvance de la radio KCRW, en overdose de noix de kola…

Si toutes les pistes du cd n’emportent pas ma conviction coté KCRW (à écouter cependant le superbe mix minimaliste de Garth Trinidad), il en est d‘autres à faire ronronner Bagheera… Et un feulement de plaisir pour The FolkDub Posse et leur reprise acoustique.

Femi Kuti « Day By Day Remixed vol1 » (2010, Labelmaison)

Bost and Bim "You Better Ask Yourself"

Chinese Man "Day By Day Remix"

The FolkDub Posse "Day By Day By Day"

Femi Kuti (Garth Trinidad FiyahDubb) "One Two"

La Femme, le Serpent et l’Apartheid
Glenda - Snake Dancer

Voilà une bizarrerie fruit du hasard et de la curiosité de mes recherches. Une BO aux sons afro soul extraite d’un film underground dans l’Afrique du Sud des années 70. Une histoire, basée sur des faits réels, mettant en scène une enseignante devenue danseuse érotique se produisant avec un serpent… Le décalage avec le régime de l’Apartheid ne pouvait qu’attiser ma curiosité. La jeune femme blanche subira, évidemment, les foudres du pouvoir et l’ombre de la censure.

La musique du film n’est pas en reste, parcourant sons africains, influence des BO européennes et soul-funk américaine, la partition est une subversion raciale métissant les genres. La BO, signée Zane Cronje et Charles Segal, a pourtant bien failli être perdue, jusqu’à sa redécouverte au fin fond d’un catalogue allemand… Il eut été dommage de perdre pareil trésor, je ne sais ce que vaut le film, mais la BO vaut le détour.

Il y a plus que le symbole phallique dans ce serpent et cette danseuse, il y a cette femme qui croque la pomme au goût de liberté. Saveur d’espérance, espoir de chasser le reptilien Apartheid de l’Eden Sud-africain… Un de ces pépins plantés dans la terre aride des afrikaners qui finiront par récolter la liberté d’un certain Nelson...

Glenda Snake Dancer (1976, CBS Records)

"The Hustler"

"Get It On With Music"

Gorillaz Africain
Africa Express Presents

Alors qu’Oasis nous offrait cet été une de ses ultimes esclandres, leur séparation juste avant de monter sur scène dans une pitoyable crise prépubère, Damon Albarn, leader de Blur, nous montrait la voie de la maturité. Ces titres de noblesse musicale ne sont plus à démontrer, ses excellentes productions sous Gorillaz font date.

Plus jeune le petit Damon regardait les Live Aid, ces concerts de charité pour l’Afrique, d’un œil et d’une oreille critique, trop occidental à son goût… Il avait donc pour projet de monter des sessions de rencontre entre musiciens blancs et africains. Suivront une série de concerts en Afrique et dans les grandes villes européennes.

A cette occasion sort une compilation d’artistes africains, aux morceaux choisis par les grands noms des scènes occidentales, Bjork, Norman Cook (Fatboy Slim, encore lui…), Elvis Costello, Adrian Sherwood… Somptueux parrainages pour une compilation qui ne l’est pas moins, de la kora mélodique à l’afrobeat, cet Africa Express traverse la savane des styles africains, avec pour fond, les rugissements d’un gorillaz africain…

Africa Express Presents (2009, Africa Express & Puma Creative)

Ba Cissoko « Sora » (Adrian Sherwood)

Hoony And The Bees « Psychedelic Woman » (Norman Cook)

Tony Allen « Crazy Afrobeat » (Bashy)

L’Internationale Afrobeat
Republicafrobeat

Feu Fela aurait aimé le titre de cette compilation « Republicafrobeat », rappelant au musicien son engagement politique, fondateur du mouvement « République de KalaKuta ». A l’origine du projet un festival créé par un collectif de dj espagnols tous, à l’évidence, aficionados du maestro nigérien.

Suivra une série de deux compilations aux prestigieuses collaborations, il faut dire que Fela Anikulapo Kuti n’est pas sans références. Le feulement racé de ses cuivres annonce la panthère noire de l’afro-soul-jazz, le père de l’afrobeat. Une référence, une griffe prisée de tous les musiciens.

On retrouve une vieille connaissance, esthète du beat, Fatboy Slim dans un mix autant endiablé qu’hystérique, la décoction de noix de kola devait être en libre service dans le studio… Viennent les new-yorkais de MAW , producteurs ou remixeurs de quasiment tout le monde, avec un album Tribute to Fela, leur place était acquise dans ce set. Et dans un style plus traditionnel mais dopé d’un sang neuf, Tony Allen, compagnon de route de Fela, renouvelle le genre.

L’artiste, politiquement conscient de sa notoriété aimait à dire « la musique est l’arme du future » . Dommage il a passé l’arme à gauche… Faut dire qu’être opposant notoire au Niger des juntes militaires, même avec ces cinq fruits par jour, ce n’est pas forcément bon pour la santé. Un régime alimentaire trop riche en psychotrope non plus.

Entre paradis artificiel et rêve de démocratie, de la fumée des espoirs à la cendre des illusions, l’homme s’est consumé. Reste la flamme de l’âme, écoutez-les ces nouvelles générations de musiciens reprendre les armes de Fela…

Republicafrobeat (2003, Tansur Producciones)

Fatboy Slim "First Down"

Masters At Work "Zoe"

Tony Allen "Woman To Man"

Portail Temporel
Timewarp Inc. - Groovy Booty

Peu d'informations sur ce collectif de musiciens, si ce n'est qu'ils sont d'Athènes et semblent éprouver un amour immodéré pour le funk US 70's.

Des influences donc saines pour un son à la fois moderne et vintage, qui devrait faire plaisir à tous les fans de blaxploitation et autres grooveries instrumentales.

Timewarp Inc. - "Groovy Booty" (2009, Timewarp)

"Cinemafilm"

"Dazour Cotaz"

"Afrofunk"

Le Manifeste de l’Afrobeat
SoulJazz Orchestra - Manifesto

Depuis la mort en 1997 de Fela Anikulapo Kuti, ils sont nombreux à prétendre reprendre le flambeau de l’afrobeat, la famille Kuti en tête, on a d’abord le premiers fils, Femi Kuti, suivi de Seun Kuti, le dernier… Oui l’Afrique est une grande famille, surtout chez Fela.

Mais loin du Nigeria, berceau de l’afrobeat et de la lignée Kuti, on s’intéressera aux lointains cousins canadiens d’Ottawa. La filiation peut sembler géographiquement osée mais c’est oublier que Fela, lui même, s’est inspiré en son temps du jazz et de la soul. Le son est migrateur et les musiciens d’infatigables voyageurs.

On pourrait croire que sous de si nordiques latitudes, la chaleur du groove de la jungle nigérienne soit chose inconnue. Attendez d’écouter le Manifesto de SoulJazz Orchestra pour vous convaincre du contraire. On retrouve des rythmiques entêtantes et des riffs de cuivres dont l’excellence du son à la Fela pourraient inciter les plus procéduriers des juristes à demander un test génétique post mortem de paternité…

Un manifeste qui impose ces disciples d’Ottawa comme une terre féconde de l’afrobeat, avec sa petite touche de groove d’érable… Un petit sirop à prendre à la première sinistrose.

The Soul Jazz Orchestra - "Manifesto" (2008, Do Right Music)

"Parasite"

"Interested Benevolence"

Ghana Funk
Sweet Talks

De la Funk africaine garantie 100% Ghanéenne, comme George Weah. A écouter avec le coeur et les pieds.

The Sweet Talks - "Kye Kye Pe Aware" tiré de "Ghana Soundz Vol.2 - (2004, Soundway)

I Feel Good in Cotonou

Une bombe Afro-Funk que l'on ne peut décemment pas éviter de regarder sans remuer les genoux. L'Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou sera l'un des piliers de la scène Béninoise dans les années 70 et délivre ici une prestation toute en puissance. Évidemment le chanteur est plus que fortement influencé par James Brown que ce soit au niveau du cri primal ou du jeu de jambes mais personne ne s'en plaindra.

Trois minutes de pure énergie que l'on peut retrouver sur l'excellente compilation "African scream contest" parue en mars dernier.
Montez le volume !

Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou - "Gbeti Madjro"

Afro Funk
Dr Victor Olaiya's International All Stars
Si l'Afro-Funk est un genre qui se résume souvent à Fela pour ceux qui ne veulent pas creuser plus loin le sujet, il existe un monde musical d'une richesse extrême derrière le géant. Le Nigéria connait une période musicale extrêmement faste pendant les années 70, malgré la dictature militaire.
Certes, la figure emblématique de Fela permettra le développement d'une scène et sa notoriété mondiale. Mais derrière Fela et de son presque aussi célèbre directeur musical Tony Allen, nombre de groupes Nigérians et Ghanéens, influencés comme le maitre par le Funk américain, animeront un mouvement qui étonne toujours 30 ans plus tard par sa richesse et son mélange avant l'heure des styles Africains et occidentaux.

Cette excellent compil du label Anglais Soundway n'est pas la seule sur la marché (je vous recommande chaudement l'achat des deux volumes de Ghana Soundz) mais elle est d'une qualité irréprochable et offre un portrait saisissant d'un style qui finalement n'est que le juste retour au bercail de la musique noire américaine.

Dr Victor Olaiya's International All Stars - "Omelebele" tiré de "Afro Baby - The Evolution Of The Afro-Sound In Nigeria 1970-1979" (2006, Soundway)

Oscar Sulley - "Bukom Mashie"
Ghana Soundz
Parmi les titres qui squattent habituellement les rayons du collectionneur de disques, certains sont plus égaux que d'autres. Il y a d'abord les "incontournables", morceaux généralement excellents qui deviennent ennuyeux à partir de la millionième écoute (je dois avoir cinq "Could you be Loved" de Bob Marley, quatre "Girl from Ipanema", six "Think" d'Aretha Franklin...etc).

Autre catégorie, plus rare, celle des "classiques underground". Ceux-ci se retrouvent à intervalle régulière sur des anthologies plus spécialisées mais ont l'avantage sur les premiers de n'avoir pas déja tourné sur NRJ et de n'avoir strictement aucune chance d'être massacré par la "Star Academy".

"Bukom Mashie" fait partie de cette race. On peut le retrouver sur l'excellente compile afro "Ghana Soundz" ici en exergue, mais aussi sur "Gilles Peterson in Africa" ainsi que l'éclectique "Beats and Pieces 3".
Basse afro hypnotique qui drague le sampleur, cuivres rugissants avec un parfum trés jazzy: on imagine facilement Oscar Sulley tapant le boeuf avec Fela.
A noter que si vous êtes fan du genre, "Ghana Soundz" est sans aucun doute, à l'opposé des actions Eurotunnel, un investissement au retour garanti.

It all began in Africa.

Oscar Sulley & The Uhuru Dance Band - "Bukom Mashie" tiré de "Ghana Soundz" (2004, Soundway)