Bring Him Back Home
Hugh Masekela

Né en Afrique du Sud en 1931, le petit Hugh Masekela apprend tout d'abord le piano mais suite à un film sur le trompettiste Bix Beiderbecke, rêve de cuivre rutilant. Il reçoit sa première trompette en cadeau des mains de l'archevêque de Johannesbourg, un ami de la famille, et intègre le brass band municipal ou il fera ses premières gammes.

Suite à l'extension des lois de l'apartheid en 1960, Hugh décide de s'exiler aux Etats-Unis, pays ou il restera 30 ans. Sans doute le premier musicien sud-africain à percer en dehors de son pays, il sera toujours fortement impliqué dans les mouvements anti-apartheid et restera en contact étroit avec sa patrie d'origine. Son morceau "Bring Him Back Home" sera un des ses plus grands succès, appelant le retour de Nelson Mandela.

Musicien avant tout féru de Jazz, Hugh Masekela infusera souvent un parfum africain dans sa musique tout en aimant les standards du genre comme cette reprise du classique "Cantaloupe Island" de Herbie Hancock. Mais j'aime surtout "Dyambo", tempête Afro-Funk semblable à celle qui mettra à genoux le gouvernement de Pieter Botha avant le retour triomphal de Mandela en 1990.

Revenu dans son pays suite à la chute de l'apartheid, le compositeur œuvre désormais à aider les jeunes musiciens de son pays : un artiste et un homme d'honneur qui n'a pas oublié que plus jeune, on lui a tendu la main.

Hugh Masekela - "Dyambo" (1971)

Hugh Masekela - "Cantaloupe Island" (1965)

Count Et La Reine Gitane
Count Basie - Afrique

En 1970, Count Basie reformait un Big Band de Jazz sous l’orchestration d’Oliver Nelson. Ces grandes formations avaient connu leur heure de gloire et des lendemains qui déchantent à se diluer dans les reprises des succès rock du moment. Count Basie, lui-même, dû licencier son Big Band…

Le succès du maestro lui permit cependant de renouveler l’expérience et de réunir autour de son nom quelques jeunes talents du moment, Eddie « Lockjaw » Davis, Hubert Laws… Une odyssée musicale qui revisite quelques compositions jazz du moment aux influences parfois africaines. Cela donnera « Afrique » un des meilleurs albums du grand Count.

Le « Hobo Flats » est un blues rutilant de cuivres au service du piano de Count et de l’harmonica de Buddy Lucas, un son à vous coller une canicule dans le bayou. Et quand, sur « Gypsy Queen », la reine gitane rentre dans l’arène, la formation s’enflamme autour du jeu tout en retenue du maestro et de la flutte mélodique de Hubert Laws.

On ne saura jamais quelle était cette belle Gypsy Queen qui affola la partition de ce big band. Ce qui est sûr, c’est qu’en comparaison, les Gypsy King font pale figure. Rois déchus aux soirées campings pour seul royaume…

C’est sûr, cette Gitane-là, on la fume jusqu’à la dernière bouffée.

Count Basie « Afrique » (1971, BMG)

"Hobo Flats"

"Gypsy Queen"

Gorillaz Africain
Africa Express Presents

Alors qu’Oasis nous offrait cet été une de ses ultimes esclandres, leur séparation juste avant de monter sur scène dans une pitoyable crise prépubère, Damon Albarn, leader de Blur, nous montrait la voie de la maturité. Ces titres de noblesse musicale ne sont plus à démontrer, ses excellentes productions sous Gorillaz font date.

Plus jeune le petit Damon regardait les Live Aid, ces concerts de charité pour l’Afrique, d’un œil et d’une oreille critique, trop occidental à son goût… Il avait donc pour projet de monter des sessions de rencontre entre musiciens blancs et africains. Suivront une série de concerts en Afrique et dans les grandes villes européennes.

A cette occasion sort une compilation d’artistes africains, aux morceaux choisis par les grands noms des scènes occidentales, Bjork, Norman Cook (Fatboy Slim, encore lui…), Elvis Costello, Adrian Sherwood… Somptueux parrainages pour une compilation qui ne l’est pas moins, de la kora mélodique à l’afrobeat, cet Africa Express traverse la savane des styles africains, avec pour fond, les rugissements d’un gorillaz africain…

Africa Express Presents (2009, Africa Express & Puma Creative)

Ba Cissoko « Sora » (Adrian Sherwood)

Hoony And The Bees « Psychedelic Woman » (Norman Cook)

Tony Allen « Crazy Afrobeat » (Bashy)

L’Internationale Afrobeat
Republicafrobeat

Feu Fela aurait aimé le titre de cette compilation « Republicafrobeat », rappelant au musicien son engagement politique, fondateur du mouvement « République de KalaKuta ». A l’origine du projet un festival créé par un collectif de dj espagnols tous, à l’évidence, aficionados du maestro nigérien.

Suivra une série de deux compilations aux prestigieuses collaborations, il faut dire que Fela Anikulapo Kuti n’est pas sans références. Le feulement racé de ses cuivres annonce la panthère noire de l’afro-soul-jazz, le père de l’afrobeat. Une référence, une griffe prisée de tous les musiciens.

On retrouve une vieille connaissance, esthète du beat, Fatboy Slim dans un mix autant endiablé qu’hystérique, la décoction de noix de kola devait être en libre service dans le studio… Viennent les new-yorkais de MAW , producteurs ou remixeurs de quasiment tout le monde, avec un album Tribute to Fela, leur place était acquise dans ce set. Et dans un style plus traditionnel mais dopé d’un sang neuf, Tony Allen, compagnon de route de Fela, renouvelle le genre.

L’artiste, politiquement conscient de sa notoriété aimait à dire « la musique est l’arme du future » . Dommage il a passé l’arme à gauche… Faut dire qu’être opposant notoire au Niger des juntes militaires, même avec ces cinq fruits par jour, ce n’est pas forcément bon pour la santé. Un régime alimentaire trop riche en psychotrope non plus.

Entre paradis artificiel et rêve de démocratie, de la fumée des espoirs à la cendre des illusions, l’homme s’est consumé. Reste la flamme de l’âme, écoutez-les ces nouvelles générations de musiciens reprendre les armes de Fela…

Republicafrobeat (2003, Tansur Producciones)

Fatboy Slim "First Down"

Masters At Work "Zoe"

Tony Allen "Woman To Man"

Art Black
The Art Blakey Percussion Ensemble - Oscalypso

S'il est un nom, dont la renommée pourrait porter ombrage au grand Jack de Johnette, déjà chroniqué sur ce site, c'est celui de Art Blakey. Né au début du siècle denier et mort avant la fin du dernier millénaire, il aura apporté ses baguettes de noblesses à la batterie, ce qui n'était qu'un instrument d'accompagnement deviendra chez lui central. Le solo de batterie prend sa place dans le cercle des solistes.

Son talent le fera jouer au début avec des pointures comme Miles Davis, Par la suite, son aura attirera à lui nombre de jeunes talents dans son groupe The Jazz Messengers, Horace Silver, Kenny Dorham, Wayne Shorter, Lee Morgan, Keith Jarrett, Wynton Marsalis... Avec Art on est à bonne école.

En 1956 sort Drum Suite, un album aux influences très afro-latino, on y croise les joueurs de bongo Sabu et Candido, doigts de fée du beat latino qui donnaient le tempo à toute une génération de percussionnistes du jazz afro-cubain. Avec le pianiste Ray Briant on retrouve le contre-basssiste Oscar Pettiford à qui l'on doit ce fabuleux Oscalypso. Plus de 50 ans après, le groove de sa composition et l'énergie de la section rythmique menée part Art Blakey restent d'une incroyable jeunesse. Et c'est sans lifting électro ni liposuccion de vinyle, que du naturel.

The Art Blakey Percussion Ensemble - "Oscalypso" tiré de "Drum Suite" (1956, Columbia Records)

L’Afro Jack
Jack de Johnette & Foday Musa Suso - Music from the Hearts of the Masters

Métronome aérien du tempo jazzy, le batteur Jack De Johnette pratique un style léger et subtil, un Chivas hors d’âge plus qu’un Jack Daniels… Ajoutez-y un soupçon de Foday Musa Suso et votre millésime se trouvera quelques cépages africains dans ses racines, un malt corsé au soleil africain.

L’arôme est essentiellement africain, Foday en tissant le décor de ses mains agiles sur les cordes de sa kora. Ce griot ne chante pas mais sa musique raconte bien des histoires… Il se dit même, en de lointaines savanes, que les neiges du Kilimanjaro auraient fondu d’avoir pleuré devant tant de beauté...

Tout le talent de Jack ne sera pas de trop pour atteindre de tels sommets. Cet homme là ne frappe pas ses instruments, il en caresse les peaux en de doux et nerveux frissons rythmiques. La finesse de son jeu accompagne à merveille la cora. Puisant aux racines de leurs inspirations, nos deux compères se redécouvrent une parenté culturelle, une négritude musicale dans une somptueuse communion.

Je me revois encore hésiter à acheter cet album, ce mariage entre la batterie et la kora, je craignais que ce ne soit quelque peu frustre, aride. Pauvre ignorant, je ne savais pas encore que je tenais là un des meilleurs albums de ma collection…

Jack de Johnette & Foday Musa Suso - "Music from the Hearts of the Masters" (2005, Golden Beams Productions)

"Ocean Wave"

"Rose Garden"

Les Folles Soirées du Vicomte
Soel - Memento

Soel est le nom d'artiste du trompettiste guinéen Pascal Ohsé, compositeur bourlingueur qui a fini par poser ses valises à Paris. Il y rencontrera un autre habitué des pseudonymes en la personne de Ludovic Navarre, plus connu sous le sobriquet jazzy de St Germain.

Ce dernier est donc le producteur de ce premier opus aux teintes soul, funk et jazz.
Des couleurs musicales sans doute ramenées de voyages entre l'Europe et l'Afrique...

Soel - "Le Vicomte" tiré de "Memento" (2003, Warner Jazz)

Vibration à l’Unisson
Kangaba

Ce disque est le fruit de l’union du jazzman David Neerman joueur de vibraphone et de Lansiné Kouyaté africain orfèvre du balafon (l’ancêtre africain, en bois, du vibraphone). Ces deux là se sont bien trouvés, nul doute qu’ils ont perçu l’un l’autre les bonnes vibes de leur karma musical.

Frappé au métal ou au bois, les vibrations forgent et sculptent un son personnel marqué par les influences de la culture mandingue (ethnie ouest-africaine) et une touche d’impro jazzy. L’album est d‘ailleurs sorti sur le petit label No Format, un nom comme un slogan, ce n’est pas une raison sociale mais un manifeste musical ; l’ouverture et l’intégrité artistique comme business-plan…

Cet album ne révolutionnera peut-être pas la musique, il offrira cependant quelques plages de rencontre entre le vibraphone et le balafon. Une onde lancée par dessus les eaux comme un pont entre nord et sud. Juste de quoi énerver Brice, ministre de l’identité nationale qui rêve de rapatrier tous les balafons égarés sous le soleil mandingue…

Kouyaté & Neerman – Kangaba (2008, No Format)

"Djanfa Magni"

"Touma"

Retour au Bercail
Kora Jazz Trio
Sublime morceau de Jazz que je n'oserai appeler Afro-Jazz, encore moins de l'horrible appellation non contrôlée d'Ethno-Jazz, de peur d'étiqueter à tort ce moment de bonheur musical.
Ce trio africain ignore les frontières et marie le Jazz US avec le son de l'Afrique de l'ouest avec un talent qui frise le génie (n'ayons pas peur des mots). Les trois musiciens sont ici enregistrés d'une seule traite, à l'ancienne, comme leur glorieux ainés Monk ou Charlie Parker.

Présentons l'équipe: Abdoulaye Diabaté est un pianiste Sénégalais dont le jeu transpire l'amour des anciens. Sa simplicité est celle des meilleurs et sur ce morceau il est le lit harmonique sur lequel ses deux comparses viennent se prélasser.
Moussa Cissoko est lui aussi Sénégalais, et assure une percussion presque discrète, aussi mélodique que rythmique.
Pour finir, Djeli Moussa Diawara est un virtuose guinéen de la Kora (sorte de harpe africaine). L'homme possède aussi une voix chaude et puissante qu'il utilise ici pour un chant simple et mélancolique, presque pop. Un surdoué. Son frère est aussi un artiste connu, puisqu'il s'agit de Mory Kanté (rappelez vous "Yéké Yéké").

L'ancêtre du Jazz est le blues qui lui-même vient d'Afrique.
Grace au Kora Jazz Trio il est tout simplement rentré à la maison.

Kora Jazz Trio - "Dadiou" tiré de "Part 2" (2005, Celluloid)

Percussions 2007
Quantic
Même si l'Afro-Jazz est toujours en deuil de Fela, des tentatives intéressantes de mélange Afro-Electro ont insuflé du renouveau dans le genre. Un bel exemple ici avec un remix de l'inépuisable Quantic.

The Ogyatanaa Show Band - "Disco Africa" (Quantic Remix) tiré de "One Off's and B-Sides"

Ethio-Jazz
Mulatu Astatqé
Malheureusement plus connue pour ses guerres fratricides avec l'Erythrée et ses famines cycliques que pour les gloires de la civilisation nubienne, l'Ethiopie recèle un trésor musical caché avec sa scène jazz des années soixante dix. Ce genre limité dans le temps et géographiquement, mais non par son intérêt musical, est dominé par la figure emblématique de Mulatu Astatqé.
Fils d'une riche famille éthiopienne, Mulatu part étudier à Londres mais bifurque trés rapidement vers la musique. Aprés sa période anglaise ou il s'ouvre à la musique latine et des caraïbes, il file à New-York ou il tombe amoureux du Jazz et plus encore du latin-Jazz.

Après avoir passé une dizaine d'années en Occident, Mulatu rentre enfin au bercail ou il tentera d'imposer un nouveau style, l'Ethio-Jazz, mélange de musique traditionelle locale et de Jazz. Sa stature immense dans son pays contribuera à créer une scène vibrante et bientôt avortée mais qui produira nombre de groupes intéressants pendant une dizaine d'années.

Le morceau "Yègellé Tezeta" est l'un des rares morceau d'Ethio-Jazz a être un peu connu, grâce à sa présence sur la bande originale du film de Jim Jarmusch "Broken Flowers". Cependant les fans de jazz préfèreront l'achat de l'excellente compilation "Ethiopiques 4" qui couvre un plus grand choix de morceaux du genre. Comme je ne suis pas chien, je vous joins également "Emnete" mon morceau préféré de Mulatu, seulement disponible sur la compil "Juke Joints 2" des allemands de Boozoo Bajou, et qui, à mon avis, symbolise a lui seul l'essence de l'Ethio-Jazz.

Enjoy

Mulatu Astatqé - "Yègellé Tezeta" tiré de "Ethiopiques vol. 4" (Buda Musique)

Mulatu Astatqé - "Emnete" tiré de "Juke Joint 2 - Boozoo Bajou" (K7, 2006)