Latino Con Soul
Mongo Santamaria -Soul Bag

Percussioniste de légende, Mongo Santamaria a été plus que d'autres membres de la grande confrérie afro-latine, influencé par la Soul et le Rythm & Blues (tendance Atlantic ou Stax plutôt que Motown). Il deviendra d'ailleurs l'un des parrains du boogaloo, mouvement New-Yorkais de fusion afro-latin-soul, ancêtre de la Salsa qui naîtra quelques années plus tard.

Cet amour de la musique noire au sens le plus large transpire dans cet album de reprises en forme d'hommages. Un excellent "Respect" au piano jazzy, puis le classique de Wilson Pickett "In the Midnight Hour" suivi d'un morceau moins connu, le "Groovin' " des Rascals (à ne pas confondre avec le groupe anglais homonyme) a l'accent plus léger. Le reste de l'album est d'ailleurs tout aussi irrésistible.

Un disque tout entier dédié aux aficionados de la pop sauce conga et des vieux parquets de danse lustrés à la sueur.
Sans aucun doute l'un de maîtres latins que je préfère, pour son talent de créateur de groove autant que la constante ouverture d'esprit à d'autres musiques qu'il montrera tout au long de son immense carrière.

Mongo Santamaría - "Soul Bag" (1968, Columbia)

"Respect"

"In the Midnight Hour"

"Groovin'"

Art Black
The Art Blakey Percussion Ensemble - Oscalypso

S'il est un nom, dont la renommée pourrait porter ombrage au grand Jack de Johnette, déjà chroniqué sur ce site, c'est celui de Art Blakey. Né au début du siècle denier et mort avant la fin du dernier millénaire, il aura apporté ses baguettes de noblesses à la batterie, ce qui n'était qu'un instrument d'accompagnement deviendra chez lui central. Le solo de batterie prend sa place dans le cercle des solistes.

Son talent le fera jouer au début avec des pointures comme Miles Davis, Par la suite, son aura attirera à lui nombre de jeunes talents dans son groupe The Jazz Messengers, Horace Silver, Kenny Dorham, Wayne Shorter, Lee Morgan, Keith Jarrett, Wynton Marsalis... Avec Art on est à bonne école.

En 1956 sort Drum Suite, un album aux influences très afro-latino, on y croise les joueurs de bongo Sabu et Candido, doigts de fée du beat latino qui donnaient le tempo à toute une génération de percussionnistes du jazz afro-cubain. Avec le pianiste Ray Briant on retrouve le contre-basssiste Oscar Pettiford à qui l'on doit ce fabuleux Oscalypso. Plus de 50 ans après, le groove de sa composition et l'énergie de la section rythmique menée part Art Blakey restent d'une incroyable jeunesse. Et c'est sans lifting électro ni liposuccion de vinyle, que du naturel.

The Art Blakey Percussion Ensemble - "Oscalypso" tiré de "Drum Suite" (1956, Columbia Records)

L’antidote à la Sauerkraut
Die Fantastischen Vier

Vous vous en souviendrez peut-être, nous vous avions récemment envoyés vous balader du côté de la Volga et de New Russia. Nous restons toujours en Europe (quoi que discutable pour la Russie, c’est ça ?), mais un peu plus proche de nous, chez nos voisins allemands. Ca tombe drôlement bien vous allez me dire parce que les Allemands, hein, c’est les champions de Noël, les décorations, les petits gâteaux, le Weihnachtsmann et tout.

Oui, bon moi et mon Deutscher passeport sommes d’accord avec vous sur ce point, mais il faudrait quand même songer à sortir de la Sauerkraut cinq minutes.
Commençons en douceur avec les bidouilleurs inclassables (hip hop allemand diront certains) que vous connaitrez surement que sont ces 4 fantastiques. Plus de 20 ans de carrière, des débuts à Stuttgart (moyen glam je vous le concède) pour s’installer à Berlin Kreuzberg (‘ahhhhhhh nous voilà rassurés’). Difficile de résumer leur parcours et leurs sons en une chronique, voici donc une petite introduction musicale outre-rhénane. Vous voyez, point de blousons en cuir ni de gueulante métalleuse donc !

Relax, c’est cool maintenant l’Allemagne.

Die Fantastischen Vier - "Tag Am Meer" tiré de "Die 4. Dimension" (1993, Columbia)

Fugue en Rap Majeur
Fugees - Blunted on Reality

Avant que ne fussent Lauryn Hill et Wycleef Jean, il était Fugees. Avec leur comparse Pras Michel, ce trio a enflammé l’univers du hip hop de quelques bombes incendiaires. Premiers faits d’arme en 1994 avec l’album Blunted On Reality, premier succès en attendant leur deuxième opus The Score qui reste un des albums rap les plus vendus au monde.

Revenons à ce premier opus, et au morceau « Vocab » dans lequel les Fugees impressionnent par leur maîtrise d’un rap acoustique et minimaliste. On sent pourtant la puissance qui se dégage de ce morceau, un son venu des tripes, des entrailles de l’âme. C’est brut, authentique mais groovy.

Que serait l’énergie sans la maîtrise ou la force brute sans le talent ? Question autant physique que métaphysique à vous rendre dépressif un Kant mais qui ne laisse pas sans voix les Fugees. La voie est dans le groove nous enseignent-ils. L’exercice n’est pas à qui braillera le plus fort ou à qui tchatchera  le plus vite, mais simplement que ça balance bien.

Assurément ce trio a la démarche chaloupée…

Fugees - "Vocab" tiré de "Blunted on Reality" (1994, Ruff House/Columbia)

Ces Hommes Venus du Froid
Writer's Block
Une bassline implacable, un rythme hypnotique et un sifflement poétique : il n'en fallait pas plus pour faire de ce morceau un tube entêtant.
Trio suédois, Peter, Bjorn and John me rappelle d'autres habitués du froid, les Canadiens de Bran Van 3000. Même mélange d'influences diverses, la rigueur en plus, avec quelques moments pop d'une rare puissance.

Sur ce morceau, "Young Folks", une voix féminine vient ajouter une dimension aérienne et nous transporte vers des horizons nouveaux, joyeux ou plus mélancoliques, sur les routes de nos vies mouvementées.

Peter Bjorn and John - "Young Folks" tiré de "Writer's Block" (2007, Columbia)

Mark Ronson et ses Amy
Mark Ronson - Version
Jeune producteur de 30 ans, Mark Ronson a les-copines-les-plus-cool-de-la-terre en 2007 (Amy Winehouse, Lily Allen) dont il a produit respectivement les derniers albums (le futur classique "Back to Black" d'Amy, "Alright, Still" de Lily).
Entre temps, il a trouvé le temps de créer un label, Allido Records, ainsi que de contribuer à la trés bonne compilation de reprises de RadioHead ("Exit Music: Songs with Radio Heads"). Avec un CV aussi impressionant à un tel age, Mark était attendu au tournant avec "Version", son deuxième album. Transformation réussie dés la première mi-temps et confirmation du statut du producteur le plus chaud du moment.

"Version" est donc un petit album produit entre amis jeunes, beaux et célèbres (comme d'habitude ce déconneur de Robbie Williams à réussi a s'incruster pendant l'apéro), mais avec un grand résultat. On retrouve le son vintage de Ronson sur des standards de genre éclectique: soul avec "Valerie", pop sur la reprise de "God Put a Smile upon Your Face" de Coldplay, le "Stop Me" de Smiths, ou encore jazzy sur l'instrumental "Inversion".

Beats hip-hop voire hip-pop, mélange de mélodies éternelles et de pré-amplis à lampe, de standards obscurs ou de tubes commerciaux planétaires (la reprise alcoolisée du "Toxic" de Britney Spears, repris par Ol' Dirty Bastard, médaillé d'or de la défonce du Wu-Tang Clan que l'on pensait porté disparu ou en vacances avec Chuck Norris) on ne sait si cet album résistera au temps mais en tout cas il sera, j'en suis certain, l'un des meilleurs de 2007. A acheter non d'urgence, mais avec confiance.

Mark Ronson - "Version" (2007-Allido/Columbia UK)

01 - "God Put a Smile upon Your Face" (Feat. Daptone Horns) - Originally by Coldplay
02 - "Oh My God" (Feat. Lily Allen) - Originally by Kaiser Chiefs
03 - "Stop Me" (Feat. Daniel Merriweather) - Originally by The Smiths
04 - "Toxic" (Feat. Tiggers and Ol' Dirty Bastard) - Originally by Britney Spears
05 - "Valerie" (Feat. Amy Windehouse)
06 - "Apply Some Pressure" (Feat. Paul Smith) - Originally by Maxïmo Park
07 - "Inversion"
08 - "Pretty Green" (Feat. Santo Gold) - Originally by The Jam
09 - "Just" (Feat. Phantom Planet) - Originally by Radiohead
10 - "Amy" (Feat. Kenna) - Originally by Ryan Adams
11 - "The Only One I Know" (Feat. Robbie Williams) - Originally by The Charlatans
12 - "Diversion"
13 - "L.S.F." (Feat. Kasabian) - Originally by Kasabian
14 - "Outversion"