UM Podcast #24: LRC - I Don't Like Jazz
Lionel Regis-Constant - I Don't Like Jazz Podcast

Musique libre ayant pour seule règle absolue de ne pas utiliser l'accordéon, le Jazz m'a pris plutôt sur le tard, comme la cirrhose du foie. Sans doute son aspect parfois prétentieux, souvent technique,  de "musique pour les musiciens" me gênait plus jeune, alors que désormais j'apprécie la liberté de ses envolées, du fait qu'il ne sert à rien de l'analyser: il faut juste sentir.

Tout comme d'autres genres, le jazz s'est enrichi au fil du temps pour incorporer d'autres influences (soul, funk, électro, musique africaine). Voici donc un modeste mix de morceaux que j'aime pour leur diversité et leur amour du swing. Une mention spéciale tout de même pour l'extraordinaire générique de "Aujourd'hui Madame", qui aurait certainement mérité sa propre chronique, mais qui se sentait trop à l'aise au côté des virtuoses du Kansas City Band et de la plus parisienne des New-Yorkaises, la divine Madeleine Peyroux.

Curieusement, j'ai oublié d'incorporer Michel Jonasz dans ma playlist, mais finalement j'ai pris le parti de choisir des musiciens ne portant pas de chemises mauve à fleurs.

Je vous laisse avec cette belle phrase de Jimmy Hendrix (guitariste de blues mort d'overdose en trébuchant sur Michel Petrucciani), sans doute plus utile que toutes les analyses musicales:
"Le savoir parle mais la sagesse écoute".

LRC - "I Don't Like Jazz"
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Tracklisting:

01 - Intro
02 - U.F.O - Loud Minority
03 - Cannonball Adderley - Walk Tall
04 - Sergio Mendes - Chove Chuva
05 - Haduk Trio - Vol de Nuit
06 - E.S.T - In My Garage
07 - Louis Armstrong and Duke Ellington - Cottontail
08 - Chico Hamilton - Big Noise From Winnetka
09 - Serge Gainsbourg - Intoxicated Man
10 - Ike Turner and The Kings Of Rhythm - Camel Walking
11 - Kansas City Band - Yeah Man
12 - Jo Moutet - Aujourd'hui Madame
13 - Madeleine Peyroux - Don't Wait Too Long
14 - Mark Ronson - Inversion
15 - Phil Upchurch - The Way I Feel
16 - James Taylor Quartet - Theme From Starsky And Hutch
17 - G-Swing - I'm Crazy 'Bout My Baby
18 - Alex Reece - Jazz Master
19 - Nina Simone - Love Me Or Leave Me
20 - John Coltrane - Giant Steps
21 - Tom Waits - Closing Time

Le Duc du Big Band
Duke Ellington - The Far East Suite

Son élégance lui vaudra le surnom de « Duke », une noblesse musicale qui sied à ce grand nom du jazz. Les armoiries de son duché sont fournies, on lui doit une grande influence dans le jazz et quelques standards, dont le fameux Caravan.

En 1966, après quelques tournées au moyen et extrême orient, il enregistre « The Far East Suite » sorte de carnet de voyage musical écrit a posteriori. Une oeuvre sans teinte orientaliste, pour faire exotique, facilité indigne d’un Duke. Si la partition est sans confrontation réelle avec les sons entendus ou les musiciens rencontrés, c’est que les influences du maître passe par une écriture jazzy très personnelle.

A écouter notamment le « Blue Pepper » petit bijoux de cuivres rutilants au swing poivré.

Duke Ellington - "The Far East Suite" (1966, RCA)

"Bluebird Of Delhi"


"Blue Pepper"

Léon, l’autre…
Leon Parker
Non rien à voir avec le tueur solitaire et attachant du film, si ce n’est peut-être une même sobriété dans le jeu qui cache une puissance de feu redoutable. Ce batteur-percussionniste américain de talent, initié aux percussion à l’âge de 3 ans, a par la suite développé un jeu minimaliste.

Après son succès au sein du trio du pianiste Jacky Terrasson, Léon Parker sort en 1994 son premier album «Above & Below». On y trouve quelques standards, Duke Ellington ou Thelonius Monk…, mais pour une fois c’est une composition originale de l’artiste qui retient l’attention. Avec son « All my Life », Léon nous sort un gros calibre, un jazz qui cogne, un groove qui saigne.

Un son brut, un son authentique, minimaliste et épuré pour n’en retenir que l’essentiel, certains morceaux de l’album sont d’ailleurs uniquement composé de percussions corporelles. Une essence de jazz qui devrait aisément vous enivrer sur cet envoûtant morceau.

Leon Parker - "Above & Below" (1994, Epicure/Sony)

" All My Life "

Le Duke sous Amphétamine
Afro Art Label
Petite production sortie sur le label Afro Art, ce morceau voit pourtant grand en s’attaquant au morceau Blue Pepper de Duke Ellington. Plus qu’un simple remix, cette composition numérique s’inscrit dans la lignée des créations big beat à la Fat Boy Slim, ou l’art d’arranger un bidouillage de copier-coller de samples en bombe de dancefloor.

On notera au passage l’excellente compilation de ce petit label « Afro Art Greatest Hits », on y trouve quelques autres perles qui mériteraient une chronique…

Un Blue Pepper sévèrement pimenté à l’électro, l’harissa de groove indispensable à votre couscous dancing.

United Eye - "Afro Art Greatest Hits vol 1" (2001, Afro Art)

"Ska East Of The West"

Kansas City
Robert Altman - Kansas City
"Kansas City", bande originale du film de Robert Altman, est sans doute l'album qui m'a fait basculer du côté jazzy de la force. J'ai depuis un faible pour les big-bands, le 4/4, le whisky et le Jazz-New Orleans.
On appréciera l'album à sa juste mesure avec un peu d'histoire, c'est un peu long mais j'aime l'histoire.

Dans les années 30, Kansas City était un carrefour commercial important, à mi-chemin entre Dallas et Chicago, entre New-York et Los Angeles. Mais surtout la ville fut marquée à cette époque par un personnage légendaire: Tom Pendergast.
Politicien, homme d'affaires, il dirigea la ville d'une main de fer pendant deux décennies, par l'intermédiaire de politiciens de paille qu'il faisait élire grace à son immense fortune. Trés religieux, il passait son temps entre la politique, l'église et sa famille et, dit-on, se couchait tous les soirs à neuf heures. Il lança des grands travaux effrénés (en étant propriétaire bien sûr de la plus grosse entreprise de construction) ce qui accrut sa popularité en créant des emplois et noua de nombreux liens avec la mafia locale afin d'asseoir son pouvoir.

Les lois sur l'alcool, entre autres, n'étaient jamais appliquées. L'administration et la police étaient corrompues jusqu'à la moelle, Pendergast s'étant toujours arrangé pour qu'ils soient peu payés afin de pouvoir les diriger à coup de dollars. La ville devint réputée pour ses innombrables bars, casinos et bordels: un lieu où l'on savait s'amuser.
Kansas City, ville de toutes les débauches à une période où l'Amérique puritaine était en pleine prohibition.

Robert Altman - Kansas City

En plus des ouvriers du batiments et des mafieux, une autre catégorie connut un age d'or: celle des jazzmen. Les nombreux clubs essayaient d'attirer les meilleurs musiciens pour asseoir leur réputation, tandis que les mafieux voyaient plutôt d'un bon oeil la scène musicale se développer: ce jazz semblait un facteur positif à la consommation d'alcool...
Une tradition du jazz, toujours vivace aujourd'hui dans le hip-hop, est d'ailleurs née ici: celle des "music battles" où des musiciens s'affrontaient en direct à coup de solo devant des salles chauffées à blanc. La concurrence musicale était rude, mais saine, et cela contribua à créer un style débridé et festif, dont les représentants les plus célèbres sont Lester Young, Count Basie, Coleman Hawkins et le jeune Charlie Parker.

Gangsters, politiciens véreux, femmes, musique et alcool. Tous les ingrédients nécessaires à un bon film noir étaient présent à Kansas City et c'est cette ambiance que Robert Altman a essayé de transposer. Grand amateur de musique, il se permit de recruter la fine fleur du jazz actuel pour la bande originale du film: James Carter, Joshua Redman ou Craig Handy sont les plus connus.

L'idée centrale de l'album est simple. Plutôt que d'essayer de reproduire en studio l'ambiance des années trente, chaque morceau a été enregistré en une seule prise, en concert dans un club de la ville, afin de laisser les musiciens réinterpréter les vieux standards de l'époque avec le maximum de spontanéité. Le résultat n'en est que plus impressionant. Au lieu d'un moment de nostalgie, on se retrouve avec un set lubrique et énergique, mais aussi spirituel.

Robert Altman - Kansas City

"I Left my Baby" est un grand moment de southern blues qui rappelle que le jazz, comme le rock, doit presque tout à cette musique. "Yeah, man" est une bataille épique entre les saxs de Handy et de Redman, dans d'hallucinantes spirales cuivrées.
"Lafayette", reprise de Count "Atomic" Basie, comporte lui aussi un duel mais cette fois il s'agit des trompettes de Payton et James Zollar. C'est d'ailleurs un morceau que je recommande à ceux qui n'aiment pas trop le jazz. Impossible de ne pas être emporté par un tel ouragan de groove.
Pour finir, "Solitude" est une reprise de Duke Ellington avec des parties de basse athmosphériques de Ron Carter et Don Byron. Du dub avant l'heure.

La fin de la prohibition, la chute de Tom Pendergast (qui tombera comme Al Capone pour fraude fiscale) furent le prélude d'un assainissement des moeurs politiques: la ville voulait redevenir respectable. Le tout sera fatal à la scène nocturne et bientôt les meilleurs jazzmen quittèrent Kansas City pour New-York, et y fonder les racines du jazz moderne.

Sur place ne reste plus aujourd'hui que quelques clubs pour nostalgiques, ainsi que l'American Jazz Museum.

Kansas City Band - "Kansas City - Original Soundtrack" (1996, Verve)

01- "Blues in the Dark"
02- "Moten Swing"
03 - "I Surrender Dear"
04 - "Queer Notions"
05 - "Lullaby of the Leaves"
06 - "I Left my Baby"
07 - "Yeah, Man"
08 - "Froggy Bottom"
09 - "Solitude"

10 - "Pagin' the Devil"
11 - "Lafayette"
12 - "Solitude (Reprise)"