
D'abord on ne pense qu'à l'autre. La voix bien sûr, personne n'avait chanté comme ça depuis l'autre. Cette voix de tête qui se heurte en permanence à ses limites et qui a tiré sa grandeur de ses faiblesses. Cette voix - qui finalement sera la plus grande voix féminine du jazz chanté - on croit la retrouver quasiment à l'identique soixante ans après.
A l'écoute rien ne semble avoir bougé. Que l'on ferme les yeux et on distinguerait presque Lester. Lui, "le président", sans doute assis sur un tabouret son saxophone toujours à proximité et jetant un regard ambigu sur la dame vénéneuse qu'il détesta aimer ( ou l'inverse ).
On est forcément charmé puisqu'on ne retrouve ici que des choses qui nous ont déjà tant ravies mais bon... quel intérêt à une redite, si brillante soit elle ?
Puis on glisse vers autre chose. Une curieuse croisée des chemins. Une lente dérivation vers ce qu'on pourrait vaguement assimiler à du trip-hop, un peu comme si Beth Gibbons avait vu le jour à la Nouvelle Orléans. L'album se réconcilie alors avec son époque et on acquiert la certitude de tenir là un objet rare.
Enfin il y a les nombreuses reprises, plus toutes jeunes elles non plus mais un peu plus contemporaines tout de même que "Strange Fruit" ou "Theese foolish things". Du très classique : Dylan, Cohen, Fred Neil et même Gainsbourg mais suffisamment recréées pour prolonger l'intérêt.
On en sort finalement groguis. Lay Lady Lay vit encore ! Elle a aujourd'hui un nom à écosser des petits pois dans une ferme dans la Creuse mais on s'en fout. D'ailleurs dans le Wisconsin ou l'Arkansas ça doit être le fin du fin de s'appeler Madeleine Peyroux.
Madeleine Peyroux "Between the Bars" tiré de "Careless Love" (2004, Rounder / Umgd )Madeleine Peyroux "Weary Blues" tiré de "Careless Love" (2004, Rounder/Umgd)
( Toutes mes excuses pour la piètre qualité sonore des MP3 présentés ici )
