Clint, Ennio & Lalo
Oddjob - Clint

Une pochette sobre au design de killer, un quintet de jazz suédois reprenant les BO des films de Clint Eastwood grande époque, il ne m’en fallait pas plus pour dégainer la carte bleue…

Clint, explique Oddjob, fait partie de ces gens qui n’ont pas besoin de nom, leur prénom suffit… « Clint » est un album hommage au grand acteur, réalisateur et compositeur, particulièrement les années 60 et 70, les plus riches du point de vu des BO avec les œuvres d’Ennio Morricone ou Lalo Schifrin pour citer les plus connus.

Ce jazz scandinave, aux airs de banquise que l’on verrait bien en BO d’un bon Ingmar Bergman, s’aventure bien au sud. Le viking vient chauffer un peu le cow-boy solitaire des westerns spaghetti et la faune urbaine de l’inspecteur Harry.

La poudre parle… De celle qui vous chante un requiem, avec ses bouffées d’angoisse musicale et ses partitions pour volcan scandinave. Mais aussi de celle qui vous transporte au royaume d’Asgard béat de psychédélisme et de mélodies.

Un album complexe, mélodieux et torturé, entre banquise aride du jazz et désert gorgé de groove. Un millésime qui se bonifie à chaque écoute, pour une fois Clint accepterait bien quelques glaçons suédois dans son whisky…

Oddjob « Clint » (2010, ACT Music)

"Musical Pocket Watch" (Morricone - For A Few Dollars More)

"Ecstasy Of Gold" (Morricone - The Good, The Bad & The Ugly)

"Magnum Force Theme" (Schifrin - Magnum Force)

Polnareff, De Funés & Victor Hugo
Michel Polnareff

Je conçois parfaitement tout ce que peut avoir de déconcertant un tel titre de chronique, quel peut bien être le lien entre trois personnalités aussi différentes ? Et pourtant il est une oeuvre qui les a réuni. Comme à l'évidence ils n'ont pas tapé le boeuf ensemble, il faut chercher ailleurs.

Un écrivain, un acteur, un musicien ? Triptyque des plus intéressants pour le cinéma, il y a là les éléments d'une grammaire qui ne demande qu'à être mise en conjugaison. Un film donc... mais lequel ?

La Folie des Grandeurs. Libre, très libre, adaptation de Ruy Blas de Victor Hugo avec De Funés et Yves Montand. Film au succès que l'on connaît mais dont on ignore le compositeur, c'est pourtant un grand qui signe là une BO mémorable. Un choix osé du réalisateur Gérard Oury pour un Polnareff dans un rôle inattendu mais jubilatoire dans sa relecture de classiques.

Il y a d'abord le générique, aux influences "Morricone", clin d'oeil aux nombreux western spaghetti tournés dans les décors naturels d'Espagne, lieux de tournage du film. Il y a le flamenco d'un Montand transis d'un amour interdit pour la Reine, il y a le jazz d'un strip-tease d'Alice Sapritch, une morceau se cherchant entre le cauchemar et le burlesque...

Et il y a ce thème d'amour, quelques notes caressant à fleur de peau un romantisme que l'on croyait éteint. Magnifique mélodie sublimé par les arrangements de Polnareff (le "Myosotis"), la folie des grooveurs, la fièvre d'un grand...

Michel Polnareff - "La Folie des Grandeurs" (1971, Sido Music/Emarcy)

"La Folie des Grandeurs"

"Flamenco Blaze"

"Thème d'Amour"

"Thème Myosotis et Valse des Courtisanes"

Le Son des Siciliens
Le Clan des Siciliens

Ennio Morricone, cela sonne comme un Smith & Wesson, un son que reconnaîtra le professionnel, fut-il du colt ou de la note. Sur cette BO on retrouve toute l’excellence du maestro transalpin, un univers, une identité sonore forgée dans ces mythiques westerns, une mélodie à vous faire dresser l’épiderme.

Ennio MorriconeUne musique comme une immersion dans le Milieu, on ressent l’adrénaline de celui qui sort le flingue et on sent perler la goûte de sueur de celui qui va prendre le pruneau… Pour raconter cette histoire de vengeance sicilienne, Henri Verneuil s’entoure d’un trio de fines gâchettes, Jean Gabin, Lino Ventura et Alain Delon… La seule et unique rencontre de ces trois géants, on ose à peine imaginer les soirées après les tournages.

Un thème marquant, presque obsédant, sans cesse utilisé, qui habille ce grand film d’une musique sur mesure. On est chez un tailleur italien du meilleur goût, mais pas le genre à vous confectionner un deux-pièces en alpaga, ici on fredonne plutôt le costar six-pièces en sapin…

En prime la maison est heureuse de vous offrir ce remix du thème par Red, habillé dans une coupe plus moderne chez l’excellente griffe ESL, le label des Thievery Corporation, autres grands couturiers du son.

Ennio Morricone - "Le Clan des Siciliens" (1969, CAM-Century Music Italiana)

Red - "Eighteenth Street Lounge – The Soundtrack" (1999, ESL)