Ibère Groove
spanish-groove

N’espérez pas hiberner cet hiver pour cause de grippe, l’ibère s’annonce chaud ! Le vaccin est là, prêt à être administré par voie acoustique. Une injection suffit, mais l’hypocondriaque du beat peut en prendre à volonté !

Une petite compilation venue nous rappeler, qu’au-delà des Pyrénées, le fuego espagnol ne se limite pas au flamenco. Sous une fin de régime franquiste, de plus en plus contesté dans les années 70, se développait une scène undergroud. Entre influence et confluence des Amériques, du nord au sud, de la soul à la bossa, une nouvelle génération de musiciens transgressaient autant les frontières que les interdits.

La grippe espagnole, en son temps, avait fait plus de 30 millions de morts… Ce groove espagnol est tout aussi contagieux et c’est tout le mal qu’on nous souhaite.

Spanish Grooves (2001, Nuevos Medios)

Augusto Alguero "Bocaccio Soul"

C Stif "Trompeta Loca"

Jordi Sabates "Ocells Del Mes Enlla Part III"

Olé! EA!
EA

Une configuration linguistique qui devrait vous permettre de réaliser le plus petit score possible au Scrabble, même sur une case "mot compte triple"… ou idéal pour une improbable définition d’un mot croisé… Mais EA ! est bien plus que cela.

Digne représentant du nuevo flamenco à l’instar d’un Chano Dominguez très jazzy, ce binôme de voyelle nous propose une approche autant traditionnelle qu'ouverte, tel le magnifique « « Solo quiero que te quieras ».

Sur cet album « Oripando », expression des gitans espagnols désignant le soleil que l’on peut traduire en « bouilloire d’or », EA, cette onomatopée ibérique, ne manque pas de porter à ébullition notre alphabet musical…

EA ! - "Oripando" (1998, Tinder Records)

"Tango Alas"

"Solo Quiero Que Te Quieras"

Vera Dominguez n'est pas Dolores !

Je tenais à vous présenter ce petit bout de femme ibérique, qui avait fait couler beaucoup d'encre virtuelle sur les forums de jeu vidéo du monde entier. Non non, rassurez vous, pas de synthétiseur, ou de bruitages geekesques ici. Mais le thème du jeu d'aventure «Runaway» (excellent au demeurant) qui a probablement été à l'origine de nombre amputations et force circoncisions, se démarquant par sa chanson plutôt rock interprétée en anglais par une femme dont les « R » sonnent singulièrement.
Combien de fois n'ai-je pas lu « ma main à couper que c'est Dolores » ou « si c'est pas Dolores O'Riordan des Cranberries, je me la coupe ».
Vera Dominguez Grand mal leur en a pris ! Car ce n'était pas Dolores, mais Vera Dominguez, alors chanteuse au sein du groupe Liquor. Espagnole de son état, Vera chante quasi exclusivement en anglais, avec un accent imperceptible mais évoquant presque de façon subliminale les consonances irlandaises, et il faut bien le reconnaître, le timbre de Dolores O'Riordan.

Elle quitta le groupe Liquor après 5 ans de collaboration pour raison familiale, avant de monter le groupe « His Haircut ». Fort de l'engouement lié au succès de « Runaway », les producteurs du jeu (Pendulo Studio) ne manquèrent pas de la solliciter entre temps pour participer au deuxième et avant dernier opus du jeu sorti en 2006.

Aujourd'hui, « His Haircut » est constitué de Vera (voix et guitare) à qui s'ajoutent Darío Bolaños (violon), Rubén Moreno (basse et guitare), Teo Pascual (batterie), et Laura Villa (clarinette et flûte). Bien moins rock que Liquor, « His Haircut » interprète des compositions personnelles écrites par Vera (et enregistrées dans son « home studio »), mais s'amuse parfois à rendre hommage à Madonna ou Metallica.

Vous pourrez découvrir sur leur espace myspace différentes chansons, un ensemble de balades relativement folk et apaisantes, ou bien ci-dessous quelques thèmes du jeu « Runaway » qui ont suscité tant d'interrogation sur le web.

Vera Domínguez - "Runaway Main Theme"

Vera Domínguez - "Le Spleen"

His Haircut "Cultural"

All the People Moving

Produit en collaboration avec la National Geographic Channel, en tant que projet pour la nature, voici la dernière vidéo de Macaco, groupe multi-ethnique basé à Barcelone et dont le chanteur va chez le même coiffeur que Manu Chao.

Les cinéphiles reconnaitront l'apparition du gratin du 7ème art ibérique (Javier Bardem ou l'une des égéries d'Almodovar Rosario Flores), mais aussi d'autres musiciens comme Juanes ou Juan Luis Guerra.

Un titre dont la principale qualité est de vous coller à la tête après la première écoute et de distiller une bonne humeur communicative... Et puis vu la simplicité du refrain, même ceux qui bloquaient sur les verbes irréguliers anglais se sentiront tout de suite à l'aise.

"Moving" m'a apporté un dégradé de jaune lors de ce week-end tout gris.

Macaco - "Moving" tiré de "Puerto Presente" (2009, EMI)

Le Pays Merveilleux où l’Herbe Chante
Lonely Drifter Karen
Ce titre n’est pas la nouvelle campagne de pub de l’office de tourisme jamaïcain, c’est l’univers de ce trio : une chanteuse autrichienne, porteuse du projet, un pianiste espagnol et un percussionniste italien. L’Europe va bien, et pas besoin d’un référendum pour approuver ce projet, l’écoute vaut approbation.

Ces considérations géopolitiques faites, on appréciera le son de ce trio aux confluences de la pop, du jazz et d’un univers poétique dont témoigne le titre de l’album « Grass is Singing ». De quoi se retrouver propulsé hymne national jamaïcain…

Mais on s’égare dans les latitudes, regagnons quelques degrés au nord pour écouter ce son plus européen mais non moins métissé. A écouter le premier morceau et son coté conte pour grands enfants pas sages sous narcotiques… Oui vraiment ce monde est fou !

Lonely Drifter Karen - "Grass Is Singing" (2008, Crammed Discs)

"This World Is Crazy"

"Salvation"

Label de Cadiz
Chano Dominguez - Hecho a mano

« Hecho a Mano », fait à la main, c’est ainsi que le pianiste Chano Dominguez intitulait et revendiquait cet album sorti en 1996. Un petit label de Cadiz, ville d’origine de l’artiste, dont il défend l’AOC musicale en opposition aux productions industrielles et formatées qui plaisent tant aux majors par leurs douces et rassurantes mélodies du profit…

On est loin des stratégies de l’industrie agroalimentaire, faire pousser des navets pour récolter de l’oseille, l’artiste n’est pas là pour nous servir la soupe ! Quand Chano prend les fourneaux en main c’est pour travailler de nobles produits avec tout son art, il n’a pas son pareil pour vous mitonner une belle pièce de flamenco aux petits oignons jazzy…

En dégustant le succulent « Jacaranda », on comprend que l’artiste est un maître du genre, toqué au guide Michelin plutôt que potée à la Maïté. Et pour suivre vous me prendrez bien un Bemsha Swing de Thelonius Monk, façon Chano ? Cela passe tout seul…

Plus qu’une une réhabilitation du travail manuel de musicien, « Hecho a Mano » est aussi la défense d’une certaine idée du bon goût selon l’artiste. Plus qu’un label, un grand cru.

Chano Dominguez - "Jacaranda" tiré de "Hecho a Mano" (1996, Nuba Records)

Chano Dominguez - "Bemsha Swing" tiré de "Hecho a Mano" (1996, Nuba Records)

Tortilla Electrique
An Der Beat
L’ibère est rude, comme le disait Goscinny, ainsi fut la tempête qui s’est abattue il y a quelques années sur les dancefloors avec ce dj « An Der Beat », espagnol comme son nom l’indique… Sur un sample de KC & The Sunshine Band, groupe disco à qui l’on doit notamment « That’s the Way (I like it) », cet espagnol nous cuisine une petite spécialité maison à se tortiller la nuit venue sous les lights de votre club préféré.

Le temps est passé depuis KC, le disco s’est fait house mais le coté sunshine est toujours là accompagné d’un beat autant accrocheur que ravageur, en témoigne cet « Iknuf » en écoute. Un titre dont l’écriture et la consonance ont longtemps troublé mes repères linguistiques jusqu’à la révélation, à l’envers on lit funki… Je pencherai donc plus pour une facétie artistique qu’une écriture cabalistique.

Quand on sait que le disque est sorti sur le label « Minifunk reccords », la boucle est bouclée, les signes annonciateurs ne trompent pas, ce soir le beat sera sur le dancefloor…

An Der Beat - "Recicla Ho EP" (2000, Minnifunk Recordings)

"Iknuf"

A Ecouter sur les Grandes Ondes
Los Ultimos Dias del AM
Radio Zumbido est malheureusement introuvable sur les ondes, inutile de vous exciter avec le tuner, et pour cause il s’agit d’un groupe. Enregistré entre l’Espagne et le Guatemala, l’oeuvre est assez barrée et bariolée, du latino, de l’électro, et un « je ne sais quoi » de Manu Chao.

A écouter tout particulièrement le dubbesque « aparicion ». A croire que les musiciens au fin fond de leur studio guatémaltèque, perdus dans les fumées narcotiques de leurs créations, ont vu apparaître le messie Bob. Apparition, inspiration, la frontière est ténue, mais ce souffle jamaïquain fait merveille dans le morceau. On retrouve un peu l’esprit de l’album Strange Cargo Hinterland du musicien électro William Orbit, un des producteurs de Madonna.

Une radio à sélectionner dans vos favoris.

Radio Zumbido - "Los Ultimos Dias del AM" (2002, Palm Pictures) "El Hampa"

"Aparicion"

Décapage Post-Mortem
28 Semaines Plus Tard

Ce mercredi matin, profitant d'un trou dans mon emploi du temps de ministre, je suis allé voir "28 Semaines plus tard", un film de zombie anglais (produit par Danny Boyle et Alex Garland), mis en scène par un espagnol (Juan Carlos Fresnadillo) et suite de "28 jours plus tard" (mis en scène par Danny Boyle... Vous suivez ?).

Mis à part une mise en scène épatante (quoi qu'épileptique, parfois, et un final un peu long), une histoire banale remise en perspective (l'amour et les liens familiaux) et la confirmation que l'Espagne et l'Angleterre sont vraiment les nouveaux leaders mondiaux des films "de genre" (je pourrais développer mais ça risque de faire long), c'est surtout l'harmonie image/musique qui m'a transportée.

Le score de John Murphy, collaborateur de longue date de Danny Boyle, reprend le thème du film précédent pour transcender les sentiments et l'action, captiver le spectateur et faire ressortir l'essence même d'une scène. Ainsi, la course de Robert Carlyle dans un champ poursuivi par une horde de morts-vivants devient vraiment un moment angoissant et désespéré, d'une beauté graphique et acoustique que je n'avais pas eu l'occasion de goûter depuis bien longtemps.

Un bon film, donc, transcendé par une excellente bande originale, à déconseiller cependant aux esprits sensibles (il y a tout de même de l'hémoglobine, c'est un film de zombies...). Et vivement la semaine prochaine, avec la sortie de "Control", biopic de Ian Curtis. Encore un mort bien vivant.

Bande Annonce du Film: ici

John Murphy - "28 Weeks Theme" (2007, Fox)