Funky Curry
Bollywood Funk Experience

Il n'y a pas qu'en occident que la musique de film connut un certain age d'or pendant la période 1965-1970. Ce fut aussi le cas en Inde, et en particulier à Bombay, capitale de l'industrie cinématographique du sous-continent.

Si l'Inde ne produisait pas encore des films à la chaine, de nombreux classiques furent tournés pendant cette période. Alors que les Beatles résidaient à Rishikesh dans le nord de l'Inde, à la recherche d'une sagesse perdue dans nos sociétés matérialistes, beaucoup de compositeurs indiens firent le chemin inverse et ouvrirent leur inspiration à la culture occidentale. La musique à toujours tenu un role prépondérant dans les productions indiennes, à un tel point qu'elle est souvent composée avant le tournage du film: la pellicule est au service du microphone et de la danse.

Cette compilation retrace donc la musique de films de cette époque, et permet de découvrir certains compositeurs, comme le duo Laxmikant-Pyarelal ou encore Rahul Dev Burman, qui sont des icones en Inde (ce dernier a composé plus de 300 BO !).

Un excellent instantané de groove biryani, à recommander pour ceux qui veulent épicer leur discothèque.

« Bollywood Funk Experience » (2010, Nascente)

Laxmikant-Pyarelal "Soul of Bobby" (from Bobby)

Asha Bholse & Mahendra Kapoor "Twinkle Twinkle Little Star" (from Purab Aur Pachhim)

RD Burman "Unknown Incidental Music" (from Teesri Manzil)
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Nothing Without You
Nusrat Fateh Ali Khan

Considéré comme un demi-dieu dans son pays d'origine, le Pakistan, le chanteur Nusrat Fateh Ali Khan (disparu en 1997) est la référence ultime du qawwali, chant religieux soufi. La particularité de Nusrat est d'y inclure des solos vocaux d'une incroyable intensité (alors qu'il chantait toujours assis).
Star du sous-continent indien, le maitre verra sa popularité accroitre en occident par sa présence sur la BO de plusieurs films (Dead Man Walking étant le plus connu) ainsi que sa signature par le label Real World de Peter Gabriel. Son titre le plus connu de par chez nous est sans doute "Mustt Mustt" qui fut remixé en 1990 par Massive Attack ou encore sa collaboration avec le guitariste canadien Michael Brooks.

Tiré du même album, "Tery Bina" est d'une beauté triste à couper le souffle, un morceau culte pour beaucoup de musiciens sensibles aux charmes du poulet biryani. Une chanson à la fois fidèle à une certaine tradition, mais aussi d'une structure mélodique presque pop, qui tout comme les oignons, m'amène régulièrement les larmes aux yeux.

Nusrat Fateh Ali Khan - "Tery Bina (Nothing Without You)" tiré de "Mustt Mustt" (1990, Real World)

Est-Ouest
Talvin Singh - OK

Le son "Banghra" qui atteint son apogée à la fin des années 90, fut aussi intéressant qu'il fut plutôt bref. Certains artistes comme Asian Dub Foundation se parodiant eux-mêmes musicalement tandis que le public sembla se lasser quelque peu des innombrables compils "Indo-Pakistano-Electro-Ambient-30 euros" (genre les immondes coffrets "Buddha Bar"). Il n'en reste point que ce mouvement généra quelques albums majeurs comme, entre autres, le premier Asian Dub Foundation, le "Prophesy" de Nitin Sawhney ou encore ce "OK" de Talvin Singh.

Sans doute le plus proche de la tradition, Talvin sera initié en Inde par sa grand-mère au Tabla. Habitant Londres il sera fortement inspiré par la scène Drum and Bass vibrante à cette époque sur les bords de la Tamise..

De cette double culture, Talvin Singh gardera la meilleure part: l'ouverture sur les autres et la tolérance. Deux qualités qui sont parfaitement représentées par sa musique, à la fois traditionnelle et futuriste, épicée et douce, énergique et contemplative.
Des contrastes finalement assez représentatifs de l'Inde moderne.

Talvin Singh - "Butterfly" tiré de "OK" (1998, Island)

Peace
Bindiya Chamke Gi

Un moment de paix dans la semaine.

Gunjan & Bally Sagoo - "Kahin Deep Jale Kahin Dil" tiré de "Bindiya Chamke Gi" (2004, Ishq records)

Le Tsar de la Sitar
Ravi Shankar Kremlin

La réputation de ce grand n’est plus à faire, il a influencé les Beatles comme John Coltrane, il est le joueur de sitar qui a fait connaître au monde la véritable musique indienne avant les déferlantes génétiquement modifiées, parfois altérées, du banghra et bollywood.

C’est dans cet esprit que Ravi Shankar s’envole en 1988 pour l’URSS. Point culminant de l’année indienne aux pays des soviets et de la vodka, il doit donner un concert dans l’enceinte même du Kremlin… Une véritable bouffée de liberté musicale dans la rigidité protocolaire toute soviétique de ce pays en pleine perestroïka, dont le destin n’a pas encore croisé la route de son grand homme. A l’exemple d’un Boris Eltsine que l’on aurait pu retrouver titubant et dansant devant Ravi… Au final ce sera Poutine et son clone présidentiel qui ont plongé les russes dans un coma éthylique et démocratique…

Mais revenons à Ravi, pas moins de 140 musiciens et chanteurs sur scène, indiens bien sûr, mais aussi l’Orchestre de Chambre Philharmonique de Moscou et même les chœurs du ministère de la culture, toute une époque on vous dit… Ravi Shankar compose à cette occasion une œuvre magnifique, peut-être plus accessible que d’autres, mais sans rien perdre de son authenticité. Un album que je recommande à ceux qui souhaiteraient découvrir ce grand génie.

Ravi Shankar - "Prarambh" tiré de "Inside The Kremlin" (1989, Private-BMG)

Nadia
Nittin
Le Banghra n'aura finalement accouché que d'un seul musicien majeur: Nitin Sawhney. Ce n'est d'ailleurs pas si mal.

Les petits speedés d'Asian Dub Foundation auront sans doute allumé le feu d'un mouvement jouissif et original, typiquement Anglais (ils ont envahi l'Inde pas nous).
Mais seul ce multi-instrumentiste de génie saura se sortir de tous les clichés "boite à rythme-poulet tandoori".
Sawhney a produit une oeuvre authentique et moderne à la fois, un peu comme les plans de caméra de Laurent Boutonnat sur le cul de Mylene Farmer en 1986 (avec le brouillard). Je m'égare.

Nitin Sawhney, est ici presque au sommet de son art, sur un extrait de son quatrième opus paru en 99. Il n'atteindra d'ailleurs le col musical que sur "Prophesy" l'album suivant, qui reste le classique du genre.
"Nadia" est un pur moment de légèreté dans une musique déja en apesanteur.

Nittin Sawhney - "Nadia" tiré de "Beyond Skin" (1999, Outcaste Records)

Bollywood Péplum
Cinematic Classic Film Music Remixed
A la question peut-on faire un remix électro-bollywood d’une musique de péplum, on répondra désormais par l’affirmative, car dans l’univers rien n’est impossible comme le disent si bien les frères Bogdanov. Oui une chronique musicale n’empêche pas de citer de temps à autre les grands penseurs cosmologiques de notre temps.

Bon présenté comme ça on craint le pire, genre l’improbable comédie musicale avec ses légionnaires romains en jupette safran donnant dans le disco-curry autant indigeste que kitch. Mais surprise, l’épice indou de Bombay Dub Orchestra se marie à merveille avec les pasta sauce péplum de ce remix du thème d’amour tiré du film Ben Hur…

Savoureux, exotique, une réussite de cette nouvelle cuisine mitonnant BO, électro & ethno.

Bombay Dub Orchestra Remix (feat.Sophie Solomon) - "Love Theme from Ben Hur" tiré de "Cinematic Classic Film Music Remixed" (2007 - Six Degrees Records)

Sithare Héros
Mangalam
A tous ceux qui mettent des patchs de curry depuis leur retour d’Inde pour essayer de décrocher, ou si vêtu de votre sari fushia vous pensez être Raymond Gandhi, réincarnation hexagonale du Mahatma, vous serez ravi de cette sélection.

Produit par George Harrison, lui même initié à la sithare dans les 60’s par Ravi en personne, l’album est un recueil de chants religieux dont l’excellent "Mangalam".
Et là, il est content Raymond, ce soir ce sera curry d’agneau et bière au jasmin !

Namasté Mr Ravi !

Ravi Shankar - "Mangalam" tiré de "Chants of India" (1997, Angel)