Duel #4 - Scarlett Johansson vs Tom Waits
Tom Waits vs Scarlett Johansson

Une reprise contre la version originale. Un combat inégal ? Non, car ces interprétations sont bien différentes.

Honneur aux dames avec tout d'abord Scarlett Johansson, plutôt bonne actrice, et surtout très bonne. Les lectrices me pardonneront cette petite digression due à un excès momentané de testostérone. Le concours ne se déroulera donc pas au niveau plastique...

La miss était donc plus qu'attendue au tournant lorsqu'elle sort son premier disque "Anywhere I lay My Head". Les mauvaises langues durent se taire devant cet album de reprises de... Tom Waits, impeccablement produit et plein de guests de bon goût (Bowie entre autres).

Quant à Tom Waits, je ne l'ai découvert véritablement qu'il y a quelques années, lorsque je suis véritablement tombé amoureux de son premier album "Closing Time".  Mais celui-ci mérite une future chronique...

Alors la belle et la bête ? Non, seulement deux artistes qui ont le talent de bien faire ce que l'on n'attends pas d'eux.

Scarlett Johansson - "Anywhere I lay My Head" tiré de "Anywhere I lay My Head" (2008, Rhino)

Tom Waits "Anywhere I lay My Head" tiré de "Rain Dogs" (1985, Island)

Ernest and Friends
Ernest Ranglin - Below The Bassline

Cette chronique aurait pu également appartenir a la catégorie reggae vu la longueur du CV du guitariste jamaïcain Ernest Ranglin dans ce domaine.

Guitariste virtuose, il fut un des pionniers du Ska, époquedorée ou il fit ses gammes avec le pianiste Monty Alexander. Pendant les années 60 le petit Ernest devint l'un des piliers de l'équipe de musiciens jouant pour le label Studio One, et collabora également avec Lee Scratch Perry ou encore Prince Buster. Pour la petite histoire, Ranglin composa également la plupart des "morceaux locaux" de la bande originale du premier James Bond, Dr No, bien que seuls les interprètes furent crédités (Byron Lee & The Dragonnaires).

Monument de la musique jamaïcaine Ernest Ranglin était cependant, et avant tout, un amoureux du Jazz. Il développera son art à Londres et enregistra de nombreux albums du genre tout au long de sa carrière.

"Below The Bassline" voit ici les influences de son île natale revenir au galop. Avec le batteur Idris Muhammad et surtout l'excellent bassiste Ira Coleman, cet album voit la fusion de deux genres majeurs de la musique se faire dans une douceur toute tropicale.

Ernest Ranglin - "Below The Bassline" (1996, Island)

"Bourbon Street Skank" (1996, Island)

"Surfin'"

Jah, Janus & Aswad
Aswad Live and Direct

Janus, est le dieu romain des passages, ouvertures et portes, oui même l'Eden Palace a besoin de son portier. Le temps a passé, la modernité mécréante s'est détournée de Janus et ses portes, lui préférant Otis et ses ascenseurs... Janus aux deux visages, l'un tourné vers le passé l'autre vers l'avenir, symbole du passage, la langue en fera une dualité.

Tous les chemins menant à Rome, Aswad y aura donc croisé Janus... Car il est étonnant de voir un groupe présenter deux visages aussi opposés du reggae. Dans le stras du succès et des plateaux télé, il y a d'abord Aswad quand ressort en eux leurs vieux démons d'UB40... Mais dans l'ombre de petites salles aux boiseries brunies des exhalations enfumées de générations de jamaïcains, il y a l'autre face d'Aswad. Plus sombre c'est sûr; et pourtant si lumineuse...

Enregistré en 1983 au carnaval de Nottinghill, rien que ça, ce "Live & Direct" offre donc d'emblée quelques solides garanties. On y retrouve le meilleur d'Aswad, notamment sur ce "Rockers Medley", pur moment de "live" où la puissance de la section rythmique n'a d'égale que le feu des cuivres.

En écoutant ce morceau d'anthologie on se dit que l'on a trop chargé en Janus, on a le métabolisme groggy et la mythologie groovy. Et dans l'épaisse fumée du mysticisme jamaïcain, Jah nous ouvre toutes grandes les portes...

Aswad - "Live & Direct" (1983, Island Records)

"Rockers Medley"

"Love Fire"

Tremblement de Basse
Bomb The Bass - Clear

Nom d'emprunt du producteur londonien Tim Simenon (peut-être un cousin groovy de Georges "Maigret" Simenon), Bomb The Bass a marqué le début des années quatre vingt dix de quelques singles ravageurs comme "Beat Dis".

Premier single de son troisième album (sans doute le meilleur), "Bug Powder Dust" est un mélange électro hip-hop du meilleur gout, porté de bout en bout par une hypnotique boucle de basse, composée originellement par le bassiste américain de Jazz Alphonso Johnson (précision pour les fans de Weather Report)..

Bomb the Bass feat. Juystin Warfield - "Bug Powder Dust" tiré de "Clear" (1994, Island)

Est-Ouest
Talvin Singh - OK

Le son "Banghra" qui atteint son apogée à la fin des années 90, fut aussi intéressant qu'il fut plutôt bref. Certains artistes comme Asian Dub Foundation se parodiant eux-mêmes musicalement tandis que le public sembla se lasser quelque peu des innombrables compils "Indo-Pakistano-Electro-Ambient-30 euros" (genre les immondes coffrets "Buddha Bar"). Il n'en reste point que ce mouvement généra quelques albums majeurs comme, entre autres, le premier Asian Dub Foundation, le "Prophesy" de Nitin Sawhney ou encore ce "OK" de Talvin Singh.

Sans doute le plus proche de la tradition, Talvin sera initié en Inde par sa grand-mère au Tabla. Habitant Londres il sera fortement inspiré par la scène Drum and Bass vibrante à cette époque sur les bords de la Tamise..

De cette double culture, Talvin Singh gardera la meilleure part: l'ouverture sur les autres et la tolérance. Deux qualités qui sont parfaitement représentées par sa musique, à la fois traditionnelle et futuriste, épicée et douce, énergique et contemplative.
Des contrastes finalement assez représentatifs de l'Inde moderne.

Talvin Singh - "Butterfly" tiré de "OK" (1998, Island)

Le Son de la Mangouste Caribéenne
Mangu

Mangu, né à St Domingue, élevé dans le bronx, était donc fortement prédisposé au mariage du rap et des sons latino. Il concrétise ses rêves de métissage musical en 1998 avec l’album éponyme Mangu.

Sur une reprise d’un morceau de Willy Colon, « Calle Luna, Calle Sol », Mangu assène son style, une ivresse qui se cherche entre le whisky yankee et le rhum cubain… On retrouve même, sur ce morceau, Johnny Pacheco, flûtiste, salsero, cofondateur du label Fania. Un parrainage qui vous pose un filleul…

Mangu - "Calle Luna, Calle Sol" tiré de "Mangu" (1998, Island Records)

La Rédemption à Coup de Tricky
Maxinquaye

Né sous le ciel gris de Bristol, le petit Adrian Thaws aka Tricky ne fut pas épargné par les Cieux. Orphelin de père à la naissance il verra à l’âge de 4 ans sa mère se suicider… On comprend mieux le coté dark du personnage et l’obscure beauté de sa musique.

Grandir à Bristol n’est pas chose facile, on peut choisir entre les conneries et la musique, Tricky choisira les deux… Malgré un séjour en prison, sa carrière de rappeur musicien grandira à l’ombre des studios, il y fréquente un collectif qui deviendra Massive Attack. Une collaboration importante sur les deux premiers albums et c’est le clash.

Face au succès de Massive Attack, le coté rebelle et anti-système du petit Adrian se réveille. Tricky s’émancipe dans une carrière solo. Son premier album, Maxinquaye, est un succès qui impose le personnage. Il a donné le nom de sa mère à cet album… geste autant freudien que romantique.

On retrouve sur cet album Hell is Around the Corner, un classique de Tricky sur un sample du fameux Ike’s Rapp d’Isaac Hayes. Une version plus underground, plus noire, sobre et sombre l’univers de Tricky s’offre entrailles ouvertes aux profondeurs de l’âme.
L‘homme a collaboré avec de nombreux artistes, curiosité de l’autre qui lui aura offert une longévité jusqu’à cet album sorti à la rentrée, mais ce sera là l’objet d’une chronique à venir...

Tricky - "Maxinquaye" (1995, Island)

"Hell is round the Corner"

"Overcome"

Petit Projet entre Amis
The Lodger

Question : que se passe-t-il quand vous quittez la colloc’ de votre grand copain de toujours qui, au passage, est aussi le leader de votre groupe qui marche plutôt pas mal voir même sacrément bien, Supergrass par exemple ?

Bon, bien sûr vous vous dites : on commence à se faire vieux, et qui va descendre les poubelles hein ? Tant pis, vous vous saoulerez la gueule tout seul. Sauf que lorsque Danny Goffey (au poste de batteur chez Supergrass et fiston de l’équivalent British de Dominique Chapatte) quitta le nid qu’il partageait depuis belle lurette avec Gaz Coombes pour s’installer avec sa belle (Pearl Lowe, ladite aurait par ailleurs fricoté avec Jude Law le beau, vous suivez ?), les choses tournèrent au vinaigre dans la grande famille des labels indie de Londres.

On murmura tout l’été 98 que Supergrass c’était fini, et pour preuve, non seulement Danny ne sortait plus les cadavres de bière de Gaz le soir avant de se coucher, mais en plus il avait enregistré un opus drôlement réussi avec sa belle.

Un "à coté" qui emprunte bien sûr un peu de Supergrass, mais dont la présence de Pearl Lowe rajoute une délicieuse pointe de conte de fées sur fond de piano désaccordé, un brin désuet, et surtout une belle indolence rétro parfaite pour accompagner ces dernières journées estivales.

Ça tombe à pic, un nouveau glacier vient ouvrir en bas de chez moi et je dois descendre les poubelles.

Lodger - "Walk In The Park" (1998, Island Records)

"I'm Leaving"

"Safe"

"Stepped On"

Enfin Lundi
Stereo Mc's Retroactive
Un petit mot pour remercier tout ceux qui sont passé à notre soirée de Vendredi 13. Je pense qu'a part le réveil du lendemain tout s'est bien passé dans le groove et les désastres footballistiques !
Par contre je crois que mon absorption de bière blanche m'a fait oublier l'appareil photo, donc vous échapperez à la galerie de clichés compromettants...

On se rattrappe donc de cet incroyable manque d'infos à scandales par un vieux mais toujours gigotant morceau des anglais de Stereo MCs, en pleine forme eux aussi.

Stereo MCs - "Two Horse Town" tiré de "Retroactive" (2003, Island)

We are Rockers
film Rockers
Un des plus gros succès de Reggae Roots, "Satta Massagana" composé par les Abyssininans en 1969, a été repris par un nombre incalculable de musiciens. Ma version préférée est celle des Abyssinians eux-mêmes, utilisée pour le générique du film "Rockers".

La scène est tournée dans les montagnes, ou se sont réfugiés beaucoup de Rastas, que le gouvernement de l'époque persécute comme des fauteurs de trouble. Percus lancinantes, harmonies vocales et longueur de cheveux d'une intensité religieuse: on est dans l'ambiance.

The Abyssinians - "Satta Massagana" tiré de "Rockers" (1980, Island)

Sorti en 78, "Rockers" est un film Jamaicain sans grand intérêt scénaristique (un mec cherche sa moto volée) mais fascinant à bien des égards. Tout d'abord un style cinématographique près des gens, le film était d'ailleurs un documentaire à l'origine, qui nous plonge dans le Kingston des pauvres, le monde des petits commerces, des musiciens, des flics et des voleurs.

Sorte de Ken Loach au soleil pendant la grève des scénaristes, le réalisateur s'attarde sur la musique mais sans omettre de porter un regard critique sur la situation du pays. Les flics sont aussi véreux que les gangsters tandis que le gouvernement ne fait rien.
Il faut dire qu'a l'époque la situation économique était explosive, la récession des années 70 rendant l'inégalité entre la population et une haute bourgeoisie coloniale trés riche insupportable. Le pouvoir laissa ainsi les gangs s'installer à Kingston, trop heureux que les pauvres s'égorgent entre eux.

The Maytones - "Money Worries" tiré de "Rockers"

L'intérêt majeur de cette oeuvre culte est cependant d'avoir pour invités le gratin de la scène Reggae de l'époque. La liste des "guest-star" est impressionante: Junior Marvin, Burning Spear, The Heptones, Gregory Isaacs, Lee Scratch Perry...
Il ne manque bien sur que Tonton David, malheureusement trop jeune à l'époque, pour avoir toute la fine fleur, enfin la fine herbe, du Reggae Roots 70's.
Certaines scènes resteront des classiques, comme celle ou Burning Spear chante a capella un vibrant "Jah No Dead" sur une plage isolée par la nuit.
Une collection de perles Reggae, la plupart inédites, qui constituent une anthologie nécessaire du genre. Puis qu'il faut choisir, je n'ai jamais voulu résister à la basse sombre et à la voix déchirante de Junior Byles sur le sublime "Fade Away". Le cri des plus démunis contre le paquet fiscal.

Un fim indispensable pour tous les amateurs de Reggae avec du sens.

Junior Byles - "Fade Away" tiré de "Rockers"

Retour aux Archives
Archive Londinium
S'il est rare (et plutôt risqué) de définir un genre de musique avec seulement 2 albums, cela est sans doute possible dans le cas du Trip-Hop.
Coincé entre les deux monuments que sont le "Dummy" de Portishead et le présent "Londinium" d'Archive, le genre s'éteindra par la suite quelque peu, peut-être par manque de challengers. Certes le son trip-hop a connu un certain retour récemment sous d'autres étiquettes (on pense à Zero 7). Mais nul ne semble reprendre le flambeau porté trés haut par ces deux groupes anglais.

Si Portishead sera le groupe de loin le plus populaire des deux, grâce à sa charismatique chanteuse Beth Gibbons, Archive reste sans doute celui avec une place particulière dans le coeur des amateurs du genre. Est-ce par faiblesse pour le Poulidor de l'Equipe ? Pas seulement.

Dans un style sans doute moins dramatique que le duo neurasthénique de Bristol, Archive possède une grâce propre, sans doute plus opératique et mélodiquement riche. Avec leur premier album "Londinium", Archive réussira en 96 ce que beaucoup d'alchimistes du son continuent à rechercher en 2008: la rencontre des Dieux de la Pop avec le Panthéon électronique.
Un album indispensable.

Archive - "Nothing Else" tiré de "Londinium" (1996, Island Records)

Les Charmes Discrets de la Dépression
Nick Drake - Pink Moon
Rêvons un instant qu'il me soit donné d'apposer mon étiquette perso sur les disques en rayon. Vous savez les stickers de plus en plus envahissants qui maculent généreusement les galettes qui se veulent incontournables. Quelque part entre les petites clefs dorées de télérama et l'effarant « écouté et approuvé par les inrocks » ( j'attendais justement ton autorisation duc .. ), je collerais sur les albums de Nick Drake un très préventif « neurasthéniques s'abstenir »

Il faut dire que la production de Nick Drake si éphèmère qu'elle fut, était sérieusement plombée par une profonde ... mélancolie. Trois malheureux albums, c'est tout. Autant d'échecs commerciaux. La reconnaissance ne sera que posthume et encore elle sera toute relative.
Comme d'autres, il ne sera adulé que par ses pairs et quelques initiés. La postérité ne le sauve pas réellement. Elle est conne la postérité.

Trois albums sublimes en fait, trois fulgurances étranges, décalées par rapport à leur époque (début 70), qui ne se rattachent à aucun mouvement contemporain. Du très produit : « Bryter Later » (on avait d'ailleurs à l'occasion convoqué un certain John Cale aux arrangements, lequel s'était déjà affranchi du rôle étriqué de bassiste d'un groupuscule souterrain New-Yorkais à mon avis largement surestimé) au chef d'oeuvre dépouillé « Pink Moon » sur lequel il posait son timbre doux et velouté accompagné de sa seule guitare (pas manchot soit dit en passant).

Rien d'étonnant à ce que cet élégant jeune homme tire finalement sa révérence de son plein gré en 1974.
Fin de la dépression. Rideau. Restent trois albums à (re)découvrir.

Nick Drake - "Cello Song" tiré de "Five Leaves Left" (1969, Island Records)

Nick Drake - "From the Morning" tiré de "Pink Moon" (1974, Island Records)