Barrissements Philharmoniques
John Barry - The Concert

Les enregistrements étaient perdus jusqu’à leur redécouverte dans les archives de Universal Japon… Pourtant ce concert de John Barry à la tête du Royal Philharmonic Orchestra au Royal Albert Hall allait marquer la carrière du musicien qui prenait conscience que sa musique était désormais reconnue pour elle même, appréciée sans besoin de la pellicule.

En 1972, succédant à Elmer Bernstein et Henry Mancini, John Barry prenait donc la baguette pour une nouvelle édition de « Filmharmonic », soirée de charité sous l’orchestration d’un compositeur. Le succès sera tel qu'il donnera lieu à l'enregistrement en studio de cet album avec le Royal Philharmonic Orchestra.

Un must absolu pour les amateurs de « B.O.nd », les œuvres majeures en orchestration philharmonique, entre montées de cuivres rutilant de groove et descente de cordes mélodiques. « The James Bond Suite » : 18 minutes où les détonations et les silencieux du Philharmonic perforent les partitions du Maestro…

John Barry « The Concert » (1972-74, Polydor UK)

"The James Bond Suite"

Ernest and Friends
Ernest Ranglin - Below The Bassline

Cette chronique aurait pu également appartenir a la catégorie reggae vu la longueur du CV du guitariste jamaïcain Ernest Ranglin dans ce domaine.

Guitariste virtuose, il fut un des pionniers du Ska, époquedorée ou il fit ses gammes avec le pianiste Monty Alexander. Pendant les années 60 le petit Ernest devint l'un des piliers de l'équipe de musiciens jouant pour le label Studio One, et collabora également avec Lee Scratch Perry ou encore Prince Buster. Pour la petite histoire, Ranglin composa également la plupart des "morceaux locaux" de la bande originale du premier James Bond, Dr No, bien que seuls les interprètes furent crédités (Byron Lee & The Dragonnaires).

Monument de la musique jamaïcaine Ernest Ranglin était cependant, et avant tout, un amoureux du Jazz. Il développera son art à Londres et enregistra de nombreux albums du genre tout au long de sa carrière.

"Below The Bassline" voit ici les influences de son île natale revenir au galop. Avec le batteur Idris Muhammad et surtout l'excellent bassiste Ira Coleman, cet album voit la fusion de deux genres majeurs de la musique se faire dans une douceur toute tropicale.

Ernest Ranglin - "Below The Bassline" (1996, Island)

"Bourbon Street Skank" (1996, Island)

"Surfin'"

On Her Majesty's Fucking Beat
Propellerheads - Decksandrumsandrockandroll

Ce mot est le cauchemar du cruciverbiste et l’inaccessible nirvana du scrabble…
Il est aussi l’un des tests les plus pervers que puisse rêver un orthophoniste en mal de supplices pour d’innocents dyslexiques…
Deckandrumsandrockandroll est surtout le meilleur album des Propellerheads.

Un album aux influences très « bondienne » avec la participation de Shirley Bassey, égérie de John Barry sur Goldfinger, Diamonds Are Forever, Moonraker. Et il y a cette reprise de On Her Majesty’s Secret Service, dans une diction toute personnelle pleine d’onomatopée électro et au phrasé si puissant.

On rendra hommage à ce duo du Big Beat, Will White et Alex Gifford, musiciens producteurs au talent certain. L’hommage ne se veut pas oraison funèbre, mais il faut bien reconnaître que depuis les Propellerheads sont aux abonnés absents…

Dommage, ils nous ont produits quelques morceaux autant nerveux qu’inspirés. Le cinéma ne s’y est pas trompé en intégrant, de ci de là, quelques uns de leurs morceaux, Matrix, Mary à Tout Prix, The Dancer, Les Indestructibles… Juste retour des choses.

Propellerheads « Deckandrumsandrockandroll » (1998, Wall Of Sound Recordings)

"Take California"

"History Repeating"

"On Her Majestys Secret Service"

On Her Majesty's Romantic Groove
John Barry - On Her Majestys Secret Service

On Her Majesty’s Secret Service fut un des James Bond les plus décriés pour être le premier sans Sean Connery. Pourtant, au-delà de Georges Lazenby, éphémère Bond, l’histoire tient la route et la BO tient ses promesses. Certes il en est de la musique comme des films, les premiers furent les meilleurs. Mais si ce n’est plus Sean, c’est encore un des meilleurs opus de la série et un grand John Barry.

C’est aussi un des James Bond les plus atypiques, le seul qui verra ce célibataire, endurci au cocktail et au plomb, tomber amoureux… Le seul de la série à connaître une fin tragique inhabituelle. Un opus qui est aussi un clin d’œil aux séries en vogue avec la délectable Diana Rigg (Chapeau Melon et Bottes de Cuir) dans l’amoureuse effarouchée et l’ineffable Telly Savalas (Kojak) dans le méchant mégalomane.

A cette occasion John Barry compose tout simplement une de ses meilleures BO. Dans le registre rutilant de cuivres, faisant écho au thème mythique de Monty Norman, le titre éponyme est un des bijoux de la couronne de l’univers des Bonds, Propellerheads ne s’y trompera pas en le remixant. Et que dire du thème romantique « We Have All The Time In The World », autre joyaux, si ce n’est qu’il est interprété par Louis Armstrong, et cela suffit.

John Barry « On Her Majety’s Secret Service » (1969, EMI/Capitol)

"On Her Majestys Secret Service"

John Barry & Louis Armstrong "We Have All The Time In The World"

007 Permis de Groover ou John Barry contre Dr Norman
James Bond

Alors que sort le dernier Bond sur les écrans, revenons sur l’histoire de cette musique qui contribua au succès de cette saga. Si l’on devait élire la meilleure BO, nul doute que James Bond serait un sérieux concurrent. La musique colle à ce point au personnage et à l’action qu’elle en est devenue une identité sonore, un des attributs de 007. Les premières notes suffisent pour que l’on sache à qui l’on a à faire !

James BondLe succès de ce thème est tel qu’il fut à l’origine d’une longue bataille juridique pour en déterminé la paternité. Lors du tournage en 1962 de «Docteur No», premier opus de la série, les producteurs font appel à Monty Norman pour composer le thème, John Barry arrangeur va le reprendre dans une version différente, plus nerveuse,  qui donnera le succès que l’on connaît. De là naît l’ambiguïté, il faudra attendre le début des années 2000 avant que la justice anglaise ne tranche définitivement en faveur de M. Norman. Ce qui ne retire rien au talent de J. Barry qui, au delà de ses arrangements, composera tous les autres thèmes forts des opus suivants.

Un thème d’une force inégalée, avec ce son de guitare et ses orchestrations de cuivres, thème mainte fois repris… Je vous propose une version qui chauffe le Beretta musical du bondophile que je suis dans une fureur gipsy band.
My name is Bond, Gipsy Bond…

Monty Norman - “Doctor No” (1962, EMI)

Fanfare Ciocarlia - “James Bond Theme” (2006, Atlantic Jaxx Recordings)

Bam Bam Bam
Fort Knox 5

Un foooormidable remix Drum and Bass du classique "Bam Bam" de Sister Nancy par les rois du downtempo groovy Fort Knox 5 (mystérieusement ils ne sont que 4 sur la photo), eux-même remixés par le duo de producteurs Thunderball (faut suivre). En tout cas, si l'on accole les mots "Thunderball" (bizarrement traduit "Opération Tonnerre" dans notre belle langue) et "Fort Knox", on reste dans un univers très James Bondien...
Un morceau qui sera le meilleur ennemi de votre caisson de graves.

The Fort Knox 5 - "Bam Bass (Thunderball Remix)" tiré de "The Foundations EP" (2003, Fort Knox Recordings)

Mignonne allons voir si la Rose Calypso est éclose
Calypso Rose

A la mignonne qui l’éconduit, Pierre de Ronsard, lui écrivit un fameux poème lui enjoignant de cueillir sa jeunesse avant que la vieillesse ne vienne faner sa fleur… Rose Calypso a peut-être passé l’âge, à 68 ans, de se faire traiter de mignonne, son talent a cependant éclot de longue date et la belle âme ne s’est point flétrie.

Cette variété de Rose pousse sous les langoureuses latitudes des îles Trinidad et Tobago, terre caribéenne sur laquelle grandira la petite baignée de musique calypso. Le calypso, une musique traditionnelle aux croisées de l’Afrique et de l’Europe, un genre qui connut un grand succès avec les voix de Harry Belafonte et même Robert Mitchum…

Rose par la suite se transplantera à New-York, une terre au climat plus froid mais au terreau fécond de métissages. Après 20 albums et plus de 800 morceaux écrits, l’artiste a pris racine et elle se porte comme une fleur. En témoigne son dernier fruit, petite douceur acoustique mêlant une écriture personnelle et quelques reprises.

Comme ce « Underneath the Mango Tree » que l’on doit à Monty Norman, bien sûr vous connaissez, c’est repris de la première BO des James Bond. Ah bon ! Mais c’est pas John Barry… Euh… Oui et non, un sombre contentieux que se chargera d’éclaircir une prochaine chronique.

Mais revenons aux effluves acoustiques de cette Rose. Une écriture aux rondeurs suaves et à l’encre nonchalante d’un soleil caribéen, une plage musicale où il fait bon se prélasser. Alors cueillez cette Rose Calypso avant que ne se fane votre âme sous les rigueurs d’un hiver autant climatique que budgétaire.

Calypso Rose (2008, Maturity Music)

"Back to Africa"

"Israel by Bus"

"Underneath the Mango Trees"

Royale au Bar
Casino Royale

Non il ne s'agit pas d'une invitation à un gang bang avec Ségolène sur le comptoir ni même d'une session privée de DSK au FMI. Le sujet est plus sérieux: des indiens qui sautent avec des parachutes en forme de Tipee, Woody Allen inventeur d'une bombe destinée à tuer tous les mâles plus grands que lui...

Évidemment il s'agit de "Casino Royale" première grande parodie de James Bond et film culte pour tous les amateurs des "swinging sixties". Des visuels psychédéliques pour un long métrage qui a certes vieilli mais toujours aussi drôle après une dizaine de verres de Jameson. Et puis il y a la musique de Bacharach...

L'intrigue n'ayant qu'un rapport assez lointain avec le roman de Fleming, le roman sera plus fidèlement adapté en 2006 pour le premier James Bond-Daniel Craig.
Une interprétation sautillante du toujours intéressant Herb Alpert, roi de l'Easy Listening tendance mariachi.

Herb Alpert and the Tijuana Brass Band - "Casino Royale" (1967)