L’éclat du Diamant Noir
Marvin Gaye - Whats Going On

Trop au charbon à extraire ses pépites soul formatées pour le public blanc, Berry Gordy, patron de la Motown et beau-frère de Marvin, ne cru pas en cet album… A l’écoute du premier titre proposé par Marvin Gaye « What’s Going On » il n’en voulu pas, refusant de le produire de peur de dérouter son public…

Dans l’aube des années 70, entre misère sociale et guerre au Vietnam, dans laquelle se trouvait son frère, Marvin Gaye broyait du noir. L’encre de son écriture s’en ressentait, l’œuvre serait donc plus intimiste, plus sombre, dans l’ombre du sex-symbol, chanteur sensuel et consensuel.

Traitant de guerre, de misère et même d’écologie, cet album est un tournant dans la musique soul. Les partitions et la production de Marvin Gaye ne sont pas en reste, le jazz et la soul s’y marient dans un minimalisme luxuriant. Ils auront pour enfants les fécondes intuitions du maestro qui laissait tourner les bandes en off capturant les discussions des musiciens ou une envolée de sax qui finiront sur le titre éponyme.

Mais il fallut tout son talent et la menace de ne plus rien enregistrer pour que le titre sorte. Devant l’immense succès Marvin pouvait enfin enregistrer son album.

Un an avant une autre œuvre remarquable, la BO de « Trouble Man », en 1971 sortait donc « What’s Going On », diamant noir de l’œuvre de Marvin Gaye. Des voix, des notes comme autant de carats dont la poussière du temps n’altère en rien l’éclat…

Marvin Gaye « What’s Going On » (1971, Motown)

"Whats Going On"

"Inner City Blues (Make Me Wanna Holler)"

L'ABC du Remix
Michael Jackson - The Remix Suite

Michael s’en est allé mais sa musique reste. Et il eut été étonnant qu’elle n’inspira pas quelques appétits commerciaux… On a donc jamais vu autant de cd de Michael depuis sa disparition, rééditions, best of, anthology en sont la farandole aux tintements sonnants et trébuchants.

L’époque étant au remix, culte de la jeunesse et de la modernité oblige, le mythique label Mowtown a donc convié quelques producteurs en vue du hip-hop et de la soul à reprendre le catalogue de Michael et des Jackons Five. Si tout ne m’a pas convaincu, le projet tient la route et quelques remix tiennent leurs promesses, notamment le « ABC » de Salaam Remi en étonnante version reggae.

Ultime lifting post-mortem de celui qui se voulu blanc sans jamais réussir à se départir de sa part d’ombre…

Michael Jackson « The Remix Suite » (2009, Universal-Mowtown)

Michael Jackson "ABC" (Salaam Remi Remix)

Michael Jackson "Maria You Were The Only One" (Emile Haynie Remix)

Funky Rio
Os Diagonais - Cada um na Sua

Si je possédais une machine à remonter la teuf, je choisirai volontiers (entre autres) de débarquer dans une soirée samba-funk à Rio dans les années 70. A cette époque la scène brésilienne est très influencée par le son Stax et Motown et mélange allègrement le patrimoine musical auriverde avec les syncopes de guitare et de cuivre des gringos d'amérique du nord.

Le pays est alors dirigé par une dictature d'extrême droite et afficher des sympathies pour les rythmes "occidentaux" n'est pas vraiment vu d'un bon œil par la junte en place. Le mouvement tropicalia étant déja mort en 71, c'est chez les américains que nombre de musiciens brésiliens iront chercher l'inspiration, surtout au niveau des pantalons.

C'est à cette ambience de feu que nous convie cet album de "Os Diagonais" groupe culte au Brésil et qui ne produira que deux albums. Leur leader, le compositeur Cassano, restera actif pendant toute la période 60/70. "Os Diagonais" sera un groupe clairement orienté du côté de chez James Brown, Otis Redding et consorts.

"Cada um na Sua" est le premier album du groupe, un vinyl introuvable puis un CD brièvement republié et aujourd'hui disparu de la circulation. Pour cette raison et compte tenu de sa qualité, voici un lien pour télécharger l'objet: ici. J'avoue ne pas pouvoir me passer de ce "Sai de Lado" au groove infectieux.
Il ne me reste plus qu'a trouver cette foutue machine à remonter le temps...

Os Diagonais - "Cada um na Sua" (1971)

"Sai de Lado"

"Todo Meu Amor"

"Novos Planos para o Verão"

Jackson 4
Michael Jackson

L'évènement de la journée est bien évidemment la mort hier soir de Farah Fawcett, l'une des héroïnes de la série "Drôle de Dames". Je voulais d'ailleurs poster un nouveau podcast aujourd'hui mais ce sera pour la semaine prochaine, faute de temps, au vu de l'urgence.

Trêve de plaisanterie douteuse, le roi de la pop est mort, vive le roi ! Lorsque j'étais adolescent, beau et en bonne santé, mes potes branchés écoutaient Joy Division, The Cure ou Bauhaus alors que moi, pauvre grooveur, j'étais bloqué sur Michael Jackson, en proie à tous les sarcasmes. Evidemment ce choix était bien moins "cool" vu le nombre astronomique d'albums de Thriller écoulé à cette période. J'en parle d'ailleurs toujours à mon psy.

J'ai cependant toujours été fasciné par le personnage. Probablement le seul humain a avoir été mondialement célèbre depuis sa petite enfance, il n'aura finalement pas été très étonnant qu'il soit devenu quelque peu bizarre avec l'age. D'où le choix d'une photo un peu ancienne pour illustrer cette nécrologie, du temps ou Michael était encore un peu noir et ressemblait à un habitant de cette planète. On passera sous silence les fâcheuses accusations de pédophilie, vu que l'on n'est pas trop sur si Jacko a été une victime facile pour certains afin de lui soutirer quelques millions de dollars ou alors un star-enfant perdue, jadis maltraitée par un père abusif, et dotée d'une sexualité quelque peu pervertie. Sans doute un peu des deux...

Les amateurs de musique retiendront surtout une bête de scène et un compositeur multi-instrumentiste hors-pair qui aura collaboré avec les plus grands producteurs, au premier rang desquels l'immense Quincy Jones, son père spirituel. "Off the Wall" et "Thriller" seront sans doute ses deux plus grands albums, un mélange de Funk, Soul et Disco avec une touche de Jazz qui accoucheront de multiples classiques et constituent l'un des piliers de la musique noire américaine, donc de la musique tout court.

Michael Jackson n'aura pas produit grand chose d'intéressant dans les dernières années avant sa mort mais la ligne de basse de "Billie Jean" ou l'hymne disco "Don't stop till get enough" resteront gravés à jamais, que l'on n'aime ou pas le chanteur. Et puis 750 millions d'albums vendus, c'est quand même "respect".

Finalement sa mort m'aura touché plus que je ne l'aurai pensé. Autant que la tristesse de voir un grand musicien nous quitter, sans doute suis-je aussi atteint de la nostalgie du temps qui passe...

Michael Jackson - "Don't Stop til get Enough" tiré de "Off the Wall" (1979, Epic Records)

Groove en Eau Trouble
Marvin Gaye - Trouble Man

Talent précoce, il chantait à 3 ans dans la chorale de son père pasteur, Marvin Gaye est un des grands noms de la Soul. On lui doit quelques standards, l’album mythique «What’s Going On ?» et le très sensuel hit «Sexual Healing». Ce qui est peut être moins connu c’est qu’à l’instar d’autres musiciens soul (Quincy Jones, Isaac Hayes, James Brown…) il s’est lui aussi essayé aux musiques de film.

En 1972 Marvin Gaye signe la superbe BO de « Trouble Man », série B de la blaxploitation dont on aura au final plus retenu la musique que le film dans la lignée d’un «Shaft» de Isaac Hayes ou d’un «Superfly» de Curtis Mayfield. En écoute deux magnifiques extraits de cette BO, un premier thème très sensuel, groovy, où la voix de Marvin opère de tout son charme, un second thème musical plus nerveux qui sent la poudre et le règlement de compte à Harlem… Ce dernier sera d’ailleurs samplé par NTM sur un de ces morceaux.

Destin tragique pour ce musicien exceptionnel qui fut tué par son propre père pasteur… Reste une œuvre à redécouvrir, notamment cette grande BO d’un petit film B.

Marvin Gaye - "Trouble Man" (1972, Motown Records)

"Trouble Man"

"T Stands For Trouble"

Rare Groove
Rare Earth
Passé à la postérité de par la grâce de leur tube funk devant l'éternel, "Get Ready", Rare Earth avait la particularité d'être le seul groupe Motown composé de blancs à avoir connu le succès, chose assez ironique à l'époque.

Rare Earth - "I Just Want to Celebrate (Mocean Worker)" from "Motown Remixed" (2005, Motown)

Allons Enfants
 Jackson 5
Le 14 Juillet est sans doute le jour que je hais le plus de l'année: on s'extasie devant les militaires pendant que tous les plus cons d'entre nous ont le droit de jouer avec des explosifs. Heureusement je l'ai passé à la campagne en excellente compagnie, le tout noyé sous un océan de Bourgueil.

Mais passons, pour commencer la semaine en retard une excellente reprise du standard des Jackson 5, du temps ou le cadet était toujours noir et beau.
Un vrai feu d'artifice.

Bobby Shad And The Bad Men - "I Want You Back"

Cool
Certes Carol Cool cela fait nom de marque de clopes au menthol. Mais c'est aussi une chanteuse Jamaicaine, qui délivre l'air de rien une reprise reggae tout aussi sexy que son original, le hit gay post-Motown de Diana Ross.
Carole, nom difficile à porter mais merveilleuse intreprète qui nous offre un vrai classique. Un morceau qui fait partie des rares prétendants à celui de "meilleur que l'original". A l'instar de Jean Sarkozy.
Une ballade tropicale spécialement dédicacée à la bourgeonnante scène Reggae-Dub de Neuilly.

Carol Cool - "Upside Down" tiré de "Hustle!" (2004, Soul Jazz)

Hitsville USA
Motown restera sans doute dans l'histoire de la musique comme l'une des plus impressionantes usine à tubes jamais apparue. Un peu comme Michel Berger.
En plus de ses number one à la chaine, le label sera un vivier impressionant de stars mondiales (Stevie Wonder, la tribu Jackson, Marvin Gaye, les Temptations, Smokey Robinson...). Certaines écumant toujours les charts.
Quant aux filles, si le catalogue était bien pourvu (on pense surtout à Martha and the Vandellas), une reine régnait cependant sans partage: Diana Ross.

Je vais donc utiliser les pouvoirs de celle qui aurait pu sauver Michael des enfants (en fait il parait que c'est l'inverse), pour essayer de souligner le talent incroyable des musiciens derrière les tubes Motown.
Tout d'abord la version connue du classique "Come See About Me", interprétée par la diva.
Je vous mets la vidéo parce que, même à ses débuts, Dirty Diana a déja une gueule de pop star. Et puis à l'époque si je trouve que les femmes abusaient section coiffure, elles avaient vraiment des robes d'enfer.

Diana Ross & The Supremes - "Come See About Me" (1964, Motown)

Le tout suivi de sa version instrumentale originale, morceau vraiment intéressant qui permet de percevoir toute la subtilité des musiciens de studio et la sophistication des arrangements. Le tout enregistré en une seule prise, musiciens et chanteur dans la même pièce.
Si vous êtes intéressés par la soul Motown, je ne peux que chaudement vous recommender une séance de visionage de l'excellent film "Standing in the Shadow of Motown", consacré aux Funk Brothers, musiciens de jazz le soir dans les bas-fonds de Chicago et piliers le jour de la plupart des hits produit par le label de Berry Gordy.
Dont celui-ci. En somme toute, d'excellents travailleurs.

Choker Campbell - "Come See About Me" (1963, Motown)