Le Magma de Magnus
Magnus Lindgren - Batucada Jazz

Tout occupé à surveiller le ciel et ses nuages de cendres charriés du volcan finlandais Eyjafjöll, l’éruption de la scène jazz suédoise nous échapperait presque.

Il y avait bien sûr la chanteuse Lisa Edkal, le genre de fille à vous réveiller quelques volcans éteints, mais sous la neige suédoise brûlent d’autres feux. Après Oddjob et son « Clint » voici Magnus Lindgren et son « Batucada Jazz », encore une histoire de viking aux rêves trop ensoleillés.

Si le jazz et la bossa nova s’entremêlent jusqu’à l’inceste, les relations avec la batucada sont plus rares, le plaisir n’en étant que plus appréciable. Magnus reste très suédois dans ses préliminaires, on attaque jazz et c’est dans le final que l’on sent monter en lui le magma de « Batucada Jazz ». L’approche se faisant parfois plus sauvage quand il revêt sa peau d’ « Alligator » ou, quand il se lance dans une « Djungledance ».

Magnus Lindgren « Batucada Jazz » (2010, ENJA Records)

"Batucada Jazz"

"Alligator"

"Djungledance"

Clint, Ennio & Lalo
Oddjob - Clint

Une pochette sobre au design de killer, un quintet de jazz suédois reprenant les BO des films de Clint Eastwood grande époque, il ne m’en fallait pas plus pour dégainer la carte bleue…

Clint, explique Oddjob, fait partie de ces gens qui n’ont pas besoin de nom, leur prénom suffit… « Clint » est un album hommage au grand acteur, réalisateur et compositeur, particulièrement les années 60 et 70, les plus riches du point de vu des BO avec les œuvres d’Ennio Morricone ou Lalo Schifrin pour citer les plus connus.

Ce jazz scandinave, aux airs de banquise que l’on verrait bien en BO d’un bon Ingmar Bergman, s’aventure bien au sud. Le viking vient chauffer un peu le cow-boy solitaire des westerns spaghetti et la faune urbaine de l’inspecteur Harry.

La poudre parle… De celle qui vous chante un requiem, avec ses bouffées d’angoisse musicale et ses partitions pour volcan scandinave. Mais aussi de celle qui vous transporte au royaume d’Asgard béat de psychédélisme et de mélodies.

Un album complexe, mélodieux et torturé, entre banquise aride du jazz et désert gorgé de groove. Un millésime qui se bonifie à chaque écoute, pour une fois Clint accepterait bien quelques glaçons suédois dans son whisky…

Oddjob « Clint » (2010, ACT Music)

"Musical Pocket Watch" (Morricone - For A Few Dollars More)

"Ecstasy Of Gold" (Morricone - The Good, The Bad & The Ugly)

"Magnum Force Theme" (Schifrin - Magnum Force)

Rêveries Suédoises
Pacific - Reveries

Un duo suédois dont l'album s'intitule "Reveries" voila qui intrigue. On imagine des vikings francophiles, fans de Jean-Luc Godard et ayant eu la bravitude d'apprendre le français en lisant tous les discours de Ségolène Royale...

Plus sérieusement, l'influence de l'éléctro-pop made in France sur la musique de Pacific! semble tellement évidente qu'elle en devient presque délicieusement caricaturale. "Runway to Elsewhere" aurait pu facilement faire partie d'un album de Air ou de Sebastien "Eurovision" Tellier.

Léger mais non dépourvu de profondeur, cet album prendra une place de choix chez ceux qui aiment l'électronique et pensent à se faire pousser la barbe.

Pacific! - "Runway to Elsewhere" tiré de "Reveries" (2008, Reset Jr)

Buenos Aires - Göteborg
José Gonzalez

Avec la mort du président Perón en 1974, alors qu'il entamait son troisième mandat, l'Argentine connu une période d'instabilité et de grande violence politique. La veuve du président, Isabel Perón, (à ne pas confondre avec Madonna, enfin je voulais dire Evita, sa deuxième femme), reprit les rènes du pouvoir. Incapable de gérer un pays tiraillé par des guérillas d'extrême gauche et d'extrême droite, elle finit par être déposée par l'armée, qui entreprit bien évidemment de "nettoyer" le pays de ses infâmes groupes gauchistes, sous l'oeil bienveillant de Washington.
Il en résulta l'une des périodes les plus sombres du pays durant laquelle nombre d'Argentins "disparurent" ou durent quitter le pays.

C'est ainsi que les parents de José Gonzalez atterrirent en Suède en 1976. José fut bien sur élevé au biberon de la musique latine mais fourbit ses premières armes dans des groupes rock locaux. En 2003 est publié son premier album, Veneer, oeuvre néo-folk parue dans son pays d'adoption dans l'indifférence générale.
Coup de théatre deux ans plus tard lorsque le label sort l'album dans le reste de l'Europe et aux US. La scène Anglaise particulièrement adoptera rapidement l'album alors que José est toujours étudiant à Göteborg.

Une musique simple et puissante, qui recèle plus que son titre fétiche "Heartbeat" qui sera remarqué par un publicitaire, et utilisé pour une pub Sony.
Disque d'or et télé gratuite pour José.

José Gonzalez - "Veneer" (2003, Hidden Agenda)

"Heartbeats"

"Lovestain"

Pare Feu !
Coco Suma Charlotte's On Fire
Alors que les affres du monde capitaliste semblent resurgir ces derniers temps et qu'on ne connaît pas encore toutes les conséquences de cette bérézina financière, il serait grand temps que les Etats se remettent autour d'une table afin de nous pondre quelques gardes fous régulateurs sur ces marchés devenus inflammables.
A tel point que notre Charlotte en écoute est aujourd'hui en feu et mon coeur avec.

Ce titre, tiré du dernier opus du trio parisien Cocosuma, révèle le talent de leur nouvelle chanteuse made in Sweden, Amanda.
Avec un son vintage plutôt old school cette voix nonchalante et aérienne, mélancolique à souhait, a le don de coller comme un bonbon sur les arrangements de cette pop douce et sucrée.

Cocosuma - "Charlotte's on Fire" tiré de "Charlotte's On Fire EP" (2007, Third Side Record - Discograph)

Mais non Mais non ! Mais si Mais si !
The Dave Pell Singers

Si vous pensez être génétiquement adapté à la survie en milieu aquatique, du type piscine avec suédoises et Dom Perignon, ou si en épicurien de la sieste vous vous imposez des exercices quotidiens de hamac, ce disque est pour vous !

A écouter, notamment, le « mah-nà mah-nà » reprise d’un thème écrit à l’origine pour un obscur documentaire pornographique sur les mœurs suèdoises…
Plus étonnante est la vie que connaîtra ce morceau, repris par Henri Salvador (« mais non mais non »), utilisé comme générique depuis le Muppet Show, qui en fera un gros succès, jusqu’à Benny Hill en passant par Téléfoot…

J’adore ! Mais si Mais si !

The Dave Pell Singers - "Mah-Nà-Mah-Nà" (1969, Liberty Records)

01 - "Oh Calcutta"
02 - "Crystal Blue Persuasion"
03 - "Sugar, Sugar"
04 - "Ruby, Don’t Take Your Love To Town"
05 - "Put A Little Love In Your Heart"
06 - "Keem-O-Sabe"
07 - "Mah-Nà-Mah-Nà"
08 - "Laughing"
09 - "Thank God The War Is Over"
10 - "Get Together"
11 - "Honky Tonk Women"
12 - "Sweet Caroline (Good Times Never Seemed So Good)"

Ces Hommes Venus du Froid
Writer's Block
Une bassline implacable, un rythme hypnotique et un sifflement poétique : il n'en fallait pas plus pour faire de ce morceau un tube entêtant.
Trio suédois, Peter, Bjorn and John me rappelle d'autres habitués du froid, les Canadiens de Bran Van 3000. Même mélange d'influences diverses, la rigueur en plus, avec quelques moments pop d'une rare puissance.

Sur ce morceau, "Young Folks", une voix féminine vient ajouter une dimension aérienne et nous transporte vers des horizons nouveaux, joyeux ou plus mélancoliques, sur les routes de nos vies mouvementées.

Peter Bjorn and John - "Young Folks" tiré de "Writer's Block" (2007, Columbia)